Après Kinshasa et Dallas, l’événement « Level up », initié par le réseau Makutano, fondé par la Congolaise Nicole Sulu, a été organisé à Bruxelles le 21 mai, en présence de l’ambassadeur de la République démocratique du Congo (RDC) en Belgique, Christian Ndongala, d’une délégation venue de Kinshasa et de plusieurs Congolais de la diaspora qui ont manifesté un grand intérêt pour les opportunités d’investissement dans leur pays d’origine.  

La thématique de l’événement « Back to the future », ont indiqué les organisateurs, est une invitation au retour en RDC, lancée aux entrepreneurs et aux investisseurs de la diaspora.  

Présent à cette journée d’affaires, l’entrepreneur malien, Mossadeck Bally, fondateur et CEO du groupe hôtelier panafricain Azalaï, l’un des Keynote speakers du panel « Créer son entreprise en RDC et en Afrique », a relevé trois éléments clés inspirés de sa propre expérience comme conseils à donner aux entrepreneurs. Le premier, a-t-il fait savoir, est que l’entrepreneuriat est avant tout un parcours que l’on doit construire. Deuxièmement, a-t-il indiqué, en lieu et place d’attendre des financements, il faut commencer par ses propres moyens. « Un banquier mise sur vous si vous avez risqué  votre propre argent et éprouvé votre business model », a déclaré l’entrepreneur. Le troisième élément évoqué est que l’argent public est également important pour accompagner les start-up dans leur développement. En termes de financement de projets, Mossadeck Bally a indiqué que l’Afrique est le continent le moins financé car seuls 20% des besoins en financement son satisfaits, contrairement aux Etats-Unis où ce chiffre est de 150% et en Europe où c’est 100%.

RDC : un écosystème en constante évolution

Pour sa part, Anthony Nkinzo, directeur général de l’Agence nationale pour la promotion des investissements (Anapi), a fait savoir que la RDC attend de sa diaspora l’investissement car l’écosystème est en constante évolution. « Si hier, il était difficile de créer son entreprise, parce que c’était un parcours du combattant, aujourd’hui, il y a un guichet unique en matière de création d’entreprises. Aujourd’hui, l’Etat congolais présente différents secteurs dans lesquels les entreprises peuvent se mettre en place : énergie, infrastructures, tourisme, NTIC, santé, etc. Donc, aujourd’hui, la diaspora peut bénéficier d’un cadre qui est en train de se mettre en place et qui va se parfaire avec le concours et l’apport de cette diaspora », a-t-il déclaré.

Un grand programme sur l’entrepreneuriat

En outre, a fait savoir le directeur général de l’Anapi, le code des investissements de la RDC permet aux petites et moyennes entreprises (PME) qui ont un coût d’investissement entre 10 000 et 200 000 américains d’être agréées au Code des investissements. Bien plus, a-t-il, indiqué, il existe aujourd’hui un grand programme sur l’entrepreneuriat congolais avec la mise en place du Programme national de l’entrepreneuriat au Congo, de l’Agence nationale pour le développement de l’entrepreneuriat congolais, la loi sur l’entrepreneuriat congolais qui devrait être votée cette année afin de permettre aux PME d’obtenir des facilités, la mise en place du fonds de garantie de l’entrepreneuriat grâce auquel l’Etat congolais se porte comme caution auprès d’une banque commerciale en faveur des PME. Néanmoins, a-t-il précisé, il existe trois niveaux de contrôle, celui de l’Etat, de la banque commerciale qui met les fonds à disposition et celui des associés.

Des crédits allant de 1000 à 350 millions de dollars

Pour ce qui est du financement des projets en RDC, Célestin Mukeba, directeur général de la banque Equity/BCDC, a indiqué que la banque dispose de six milliards de dollars pour financer des projets dans les pays où elle est opérationnelle, notamment en RDC, où elle finance des projets et des entreprises déjà constituées, avec des crédits allant de 1 000 à 350 millions de dollars.

En outre, a fait savoir Célestin Mukeba, en termes d’affaires, les rendements sont très élevés en RDC, notamment dans le secteur de l’immobilier. « Les rendements en RDC sont de plus de 100 % », a-t-il confié.

Répondant aux affirmations selon lesquelles les banques ne financeraient pas des projets en RDC, Célestin Mukeba a réfuté ces allégations  en soutenant que les banques financent les entreprises, même si le taux de pénétration bancaire dans le pays est très faible. « Aujourd’hui, on est autour de sept millions de comptes bancaires pour une population de près de cent millions d’habitants. C’est déjà un handicap car beaucoup de personnes ne sont pas dans le circuit bancaire et ne bénéficient pas de financements. Nous devons accélérer l’inclusion financière pour qu’il y ait beaucoup plus de personnes qui puissent avoir accès aux services bancaires. C’est l’effort que nous sommes en train de mener et nous avons l’ambition d’atteindre 25 millions de clients », a indiqué le directeur général d’Equity RDC.

Des produits adaptés pour la diaspora

Pour ce dernier, le financement est disponible pour ceux qui ont déjà accès aux services financiers, notamment les personnes issues de la diaspora, pour qui la banque propose des produits adaptés et spécifiques. Célestin Mukeba a invité les entrepreneurs à oser s’approcher des banques, précisant que tant pour les membres de la diaspora que pour les Congolais résidant en RDC, il existe des facteurs qui vont aider à accélérer les financements, notamment les assurances qui réduisent le taux de risque bancaire, le fonds de garantie que l’Etat met en place pour les PME et le fait que la banque souscrit aussi à des fonds de garantie auprès de la Banque mondiale ou des institutions telles que Proparco, ce qui permet à la banque de financer sans forcément avoir besoin d’hypothèques. « Il faut que les gens s’approchent des banques pour jouir de ces facilités », a indiqué Célestin Mukeba.

Le taux d’intérêt lié au risque pays

Pour ce qui est du taux d’intérêt, a-t-il dit, la différence entre le RDC et la Belgique est le risque pays et d’autres facteurs qui influent sur le taux, par exemple le risque opérationnel et l’environnement (Accès à l’électricité et à l’internet ). Néanmoins, a indiqué Célestion Mukeba, au Congo, ceux bénéficient de financements à ces taux ont aussi des marges beaucoup plus élevées que les marges bénéficiaires que l’on peut trouver en Belgique. « Ce qui est plus risqué et plus cher aussi, mais cela ne doit pas être une barrière. Au moment où la diaspora congolaise hésite à prendre des financements au Congo, il y a d’autres communautés travaillant au Congo qui prennent ces crédits, investissent et développent leurs entreprises », a fait savoir le directeur général d’Equity RDC.

Pour sa part, Marcellin Paluku, directeur de la banque des particuliers chez Ecobank RDC, a conseillé les entrepreneurs de maîtriser d’abord la qualité de leur offre et la source de remboursement, avant de chercher des crédits auprès des banques. « Quand cette offre est claire, pertinente, viable et rentable, il est très facile d’obtenir des financements. On demande parfois aux personnes qui viennent chercher des financements de nous fournir trois ans de bilan, mais il est difficile de trouver des personnes qui fournissent trois ans de bilan » , a-t-il expliqué, invitant les entrepreneurs de la diaspora, avant tout, à structurer leur business au Congo et à maîtriser leur environnement, avant de chercher des crédits auprès des banques. Cette structuration et cette maîtrise de l’environnement, a-t-il ajouté, passent par des indicateurs chiffrés très clairs comme le bilan, la fiscalité, la maîtrise du risque logistique ou encore la conformité. « Quand nous savons vers où vous allez, nous pouvons venir en appui afin de vous permettre d’aller vers une plus grande échelle », a indiqué Marcellin Paluku.

Convention contre la double imposition

La question du sort fiscal de la diaspora a également été abordée, notamment par Godelive Elisabeth Lonji, inspectrice des impôts à la direction générale des impôts et coordonnatrice de la cellule d’études fiscales. Ainsi, a-t-elle fait savoir, toutes les personnes ne sont pas soumises aux mêmes impôts en RDC. La Belgique et la RDC ayant signé une convention préventive contre la double imposition, les membres de la diaspora congolaise de Belgique, par exemple, qui sont résidents fiscaux en Belgique et qui auraient des activités commerciales en RDC, ne peuvent pas être imposés doublement. Cette convention ne concerne que la RDC et la Belgique et pas les résidents fiscaux d’autres pays tels que la France ou les Etats-Unis . « L’impôt est un instrument de souveraineté. Les deux pays sont régis par la convention qui permet l’échange d’informations, la mutualisation des efforts et l’engagement des poursuites en cas de fraude », a déclaré Godelive Elisabeth Lonji.

Pour Mukota Muteba Mbayo, expert-comptable et membre de l’Ordre national des experts-comptables de la RDC, cette convention préventive contre la double imposition est un garant qui permet de ne pas être imposé deux fois et permet aussi, pour ceux qui ont des entreprises en RDC, et qui veulent rapatrier des fonds en Belgique, de bénéficier d’une taxation réduite en ce qui concerne les dividendes.

L’après-midi de l’événement « Level Up by Makutano » a été consacré aux « Ateliers Corners Tell me more » consacrés au networking entre les différents participants la diaspora congolaise de Belgique et les membres du réseau Makutano qui regroupe plus de 600 membres actifs issus des secteurs public et privé ainsi que de la société́ civile.

Par Patrick

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