ENTRETIEN. La Chine « n’a pas les moyens d’envahir Taïwan », elle cherche à « impressionner »

par admin9775

La mobilisation de la Chine autour de Taïwan est inédite. Pour la chercheuse Valérie Niquet, le pays mène une « guerre psychologique » visant à dissuader les partisans de l’indépendance de l’île. Mais le pays de Xi Jinping s’expose à de vives réactions, notamment des États-Unis.

Alors qu’elle devait stopper ses manœuvres militaires autour de Taïwan dimanche 7 août 2022, la Chine a finalement annoncé ce lundi 8 août les reprendre, sans préciser de date de fin. Ces exercices ont été entamés en réaction à la visite, mardi 2 et mercredi 3 août à Taïwan, de Nancy Pelosi, numéro trois des États-Unis en tant que présidente de la Chambre des représentants.

Quelles sont les motivations de la Chine ? Jusqu’où peut-elle aller ? Valérie Niquet, spécialiste de l’Asie au sein de la Fondation pour la recherche stratégique et auteure de Taïwan face à la Chine aux éditions Tallandier, livre ses réflexions sur les récents événements.

En quoi ces exercices militaires sont-ils inédits ?

Ce n’est pas vraiment inédit. Il y a déjà eu des exercices autour de Taïwan en 1995-96 avec le même motif : faire pression sur Taïwan et les États-Unis. La Chine voulait empêcher la visite de Lee Teng-hui [alors à la tête de Taïwan] aux États-Unis. Elle avait déjà réalisé des tirs à munitions réelles à cette période. Là, la Chine passe à un niveau supérieur, avec des tirs plus près des côtes, plus de tirs, plus de bateaux, plus d’avions… En traversant la ligne médiane du détroit de Taïwan aussi. C’est cette mobilisation qui est inédite.


Alors qu’elle devait stopper ses manœuvres militaires autour de Taïwan dimanche 7 août 2022, la Chine a finalement annoncé ce lundi 8 août les reprendre, sans préciser de date de fin. Ces exercices ont été entamés en réaction à la visite, mardi 2 et mercredi 3 août à Taïwan, de Nancy Pelosi, numéro trois des États-Unis en tant que présidente de la Chambre des représentants.

Quelles sont les motivations de la Chine ? Jusqu’où peut-elle aller ? Valérie Niquet, spécialiste de l’Asie au sein de la Fondation pour la recherche stratégique et auteure de Taïwan face à la Chine aux éditions Tallandier, livre ses réflexions sur les récents événements.

En quoi ces exercices militaires sont-ils inédits ?

Ce n’est pas vraiment inédit. Il y a déjà eu des exercices autour de Taïwan en 1995-96 avec le même motif : faire pression sur Taïwan et les États-Unis. La Chine voulait empêcher la visite de Lee Teng-hui [alors à la tête de Taïwan] aux États-Unis. Elle avait déjà réalisé des tirs à munitions réelles à cette période. Là, la Chine passe à un niveau supérieur, avec des tirs plus près des côtes, plus de tirs, plus de bateaux, plus d’avions… En traversant la ligne médiane du détroit de Taïwan aussi. C’est cette mobilisation qui est inédite.

Pourquoi ces exercices interviennent-ils maintenant ?

La Chine réalise toujours ces exercices pendant l’été. Ce n’est pas extraordinaire que ça arrive en juillet. La Chine était opposée à la visite de Nancy Pelosi à Taïwan [considérant que l’île appartient à son territoire]. Elle avait menacé de riposter donc il fallait montrer des conséquences importantes. La Chine cherche à impressionner. Elle espère que, pour les prochaines visites, ils hésiteront. La politique agressive de la Chine nuit à son image et les gens ne comprennent pas pourquoi Taïwan est mise à l’écart alors que c’est une démocratie. L’île reçoit beaucoup de visites et la Chine a voulu y mettre un coup d’arrêt.

La venue de Nancy Pelosi est-elle un prétexte pour la Chine ?

Nancy Pelosi est un personnage important. C’était une visite très importante. Mais les Chinois ont gonflé leur réaction.

Combien de temps ces manœuvres peuvent-elles durer ?

La Chine voit que ses exercices n’ont pas débouché. Elle ne peut pas faire beaucoup plus, mais sa stratégie doit se poursuivre. Jusqu’à quand ? Des voies maritimes et aériennes sont bloquées. C’est ennuyeux pour Taïwan, mais aussi pour la Chine, pour ses importations et exportations. Si ces manœuvres durent, la Chine s’expose aussi à des réactions vives de Taïwan ou des États-Unis, avec une présence américaine plus forte.

Quelles sont les capacités militaires de la Chine ?

La Chine a considérablement augmenté ses capacités. Elle a des bateaux. Son aviation fait des progrès. Elle a des capacités de missiles très importantes. Tous ces moyens font peur. C’est la différence avec la situation de 1995-96, où les États-Unis pouvaient riposter avec très peu de pertes. Aujourd’hui, la Chine pourrait infliger des pertes. Par contre, l’armée chinoise n’a pas les moyens d’envahir Taïwan. Elle n’a pas suffisamment de logistique. Il lui faudrait traverser la mer sous les frappes américaines. La Chine a quand même les moyens de faire peur. C’est une guerre psychologique.

Quelle est la position de Taïwan face à cette situation ?

Taïwan a des capacités militaires. C’est une île grande comme la Belgique mais avec une armée deux fois plus importante que celle de l’Ukraine, par exemple. Son armée est moderne et mieux entraînée que celle de la République populaire de Chine. Elle est d’ailleurs exclusivement préparée à une attaque chinoise. L’armée taïwanaise a les moyens d’arrêter une invasion chinoise. Et les États-Unis ont un engagement. Ils doivent fournir des armes à Taïwan pour lui garantir des capacités importantes.

Justement, comment les Occidentaux réagissent-ils ces derniers jours ?

Le soutien à Taïwan est unanime. Cela ne va pas améliorer l’image de la Chine. Elle a notamment suspendu le dialogue avec les États-Unis sur le changement climatique. Le pire serait que Pékin réussisse à faire peur. Il est trop tôt pour dire si c’est le cas. Ce qui est sûr, c’est que la Chine s’enfonce encore plus dans son image avec cette attitude agressive.

Les réactions des Occidentaux pèsent-elles dans les choix de la Chine ?

L’économie chinoise ne va pas bien du tout. La Chine a besoin, surtout en ce moment, du monde extérieur. La Chine est vulnérable aux sanctions. Plus que la Russie, car elle est plus intégrée. Elle n’est donc pas capable de se replier sur elle-même.

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