Dans les cimetières de Brazzaville, les tombes sont recouvertes de moustiquaires

par admin9775

Un phénomène nouveau qui gagne du terrain au Congo : dans les cimetières de Brazzaville, nombreuses sont les tombes qui sont recouvertes de moustiquaires. Les parents des disparus disent protéger les gerbes de fleurs qui ornent ces tombes, mais souvent emportées par le moindre coup de vent qui souffle. Au départ, ce n’était pas une affaire de moustiquaires.

Première sortie nord de la capitale congolaise. Juste après la bretelle qui dessert le célèbre quartier Congo-Chine, sur la gauche, c’est une succession de cimetières essentiellement privés. Les hautes herbes dominent les lieux. Les tombes entretenues, donc bien visibles, sont recouvertes de moustiquaires.

Nadia, la quarantaine révolue, a pour travail la vente des objets funéraires. Elle nous explique ce décor. « La moustiquaire est installée après la construction de la pierre tombale pour protéger les gerbes de fleurs. C’est pour éviter qu’elles s’éparpillent quand il y a du vent. Ceux qui s’arrêtent à l’étape de la dalle, sans faire la pierre tombale, n’ont pas la possibilité de mettre la moustiquaire », affirme-t-elle.

La veille d’un week-end à la morgue de l’hôpital de Talangaï, tout de noir vêtu, Kevin Bandenga, un fonctionnaire, est venu assister à la levée de corps d’un membre de sa famille. Il trouve normale la présence des moustiquaires sur les tombes.« Après la construction de la pierre tombale, on a l’habitude de laisser des gerbes de fleurs dessus. Pour moi, je pense que la moustiquaire sert à protéger ces gerbes. C’est tout. Je ne vois pas d’autre explication. Sur d’autres plans, je ne pourrais pas expliquer, parce que la moustiquaire n’a rien à voir avec les esprits », justifie-t-il.

« C’est un fait qui nous écœure »

Médecin-chef du Programme national de lutte contre le paludisme, le docteur Jean-Mermoz Youndouka est plutôt choqué. « Oui ! Ça nous indigne parce que, comme j’ai l’habitude de dire à ce sujet, nos ancêtres n’ont certainement pas besoin des moustiquaires, mais de nos prières pour les accompagner. Donc, c’est un fait qui nous écœure. Je précise ici qu’il ne s’agit pas des moustiquaires du Fonds mondial (de lutte contre le paludisme, la tuberculose et le Sida) qu’on retrouve dans les cimetières », fait-il remarquer.

Habib Ndeko est gardien dans un cimetière. Nous l’avons rencontré ce matin devant une borne fontaine où il remplit des bidons. L’eau qu’il récupère va être utilisée par les ouvriers qui construisent les pierres tombales. Selon ce gardien à la barbe abondante, au départ, les gerbes de fleurs étaient plutôt protégées par des filets.

« Avant, on mettait des filets. Mais la méthode a changé parce que les pêcheurs volaient ces filets pour aller pratiquer leur activité. Le filet coûte 10 000 francs CFA, au moins. Or, quand il se fait voler une semaine après son installation, c’est une perte énorme. Par contre, avec 1 000 ou 1 500 francs, on peut facilement trouver une moustiquaire sur le marché », explique le gardien.

Brazzaville et ses environs connaissent un réel problème d’espaces. Les inhumations se font désormais dans le district d’Ignié, à 45 kilomètres de la capitale.

RFI via CONGO PUB Online

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