Royaume-Uni: Liz Truss dévoile un gouvernement très droitier et issu de la diversité

par admin9775

La Première ministre britannique Liz Truss a dévoilé mardi 6 septembre la composition de son gouvernement. La nouvelle leader du Royaume-Uni a fait le choix de noms parfois peu connus mais loyaux, et surtout en accord avec sa ligne très droitière en matière politique et très libérale en économie. Pour la première fois de son histoire, le Royaume-Uni ne compte pas d’homme blanc aux quatre postes les plus importants de son gouvernement.

Après avoir été reçue par la reine Elizabeth II, Liz Truss, la troisième femme à diriger le pays après Margaret Thatcher et Theresa May, a annoncé son gouvernement. Pour la première fois, aucun des trois principaux portefeuilles du cabinet – Finances, l’Intérieur et Affaires étrangères – n’est ainsi occupé par un homme blanc.

Kwasi Kwarteng est ainsi promu au poste de ministre des Finances, au moment où le pays traverse sa plus grave crise économique depuis des décennies. Premier afro-britannique nommé Chancelier de l’Échiquier, c’est un libéral pur jus en matière d’économie, défenseur des baisses d’impôts et de l’économie de marché.

Les travailleurs britanniques, les « pires fainéants du monde » selon Kwasi Kwarteng

De lourdes tâches attendent l’ancien Secrétaire d’État aux affaires, à l’énergie et à la stratégie industrielle. Kwasi Kwarteng va devoir sortir le Royaume-Uni d’une grave crise économique liée au Brexit et à la flambée des prix de l’énergie, depuis l’invasion russe en Ukraine.

Fils d’immigrés du Ghana arrivés dans la région Londonienne dans les années 1960, cet ami et voisin de Liz Truss est le premier chancelier afro-britannique du pays. C’est aussi un libéral, adepte des impôts faibles et de l’économie de marché, dans la lignée de Margaret Tchatcher. Il a d’ailleurs été co-signataire du livre Britannia Unchained qui prônait un État au périmètre réduit et qualifiait les travailleurs britanniques de « pires fainéants du monde ».

Pur produit de l’élite, ce diplômé d’Eton, de Cambridge et de Harvard, attaché à l’indépendance de la banque d’Angleterre, devra mettre en œuvre la baisse d’impôts promise par Liz Truss dans le but de redonner du pouvoir d’achat aux ménages et soulager les entreprises. Il pourrait aussi imposer un gel des tarifs de l’énergie qui ont doublé en un an et doivent continuer à grimper.

Fan de cricket, Kwasi Kwarteng a tenté de rassurer les marchés dans une interview donnée au Financial Times : il mènera une « politique responsable » et s’attaquera, une fois le choc énergétique passé, dit-il, à réduire la dette du PIB britannique. Celle-ci est pourtant la plus faible de tous les pays du G7 après l’Allemagne.

Suella Braverman, une anti-« woke » à l’Intérieur

À l’Intérieur, Suella Braverman. Cette ancienne avocate de 42 ans, d’origine indienne par ses parents, est une élue très conservatrice qui devra désormais s’atteler au dossier des migrants qui arrivent illégalement sur les côtes britanniques. Le précédent gouvernement souhaitait les envoyer au Rwanda, un plan qu’elle soutient ardemment.

Elle est admirée à droite pour ses attaques contre l’idéologie « woke », qui dénonce les injustices subies par les minorités, mais dont les supposés excès sont devenus la bête noire des conservateurs du monde entier.

Un Brexiter à la diplomatie voulu par Liz Truss

James Cleverly, nommé à la tête de la diplomatie britannique après deux années comme secrétaire d’État aux Affaires étrangères, puis un bref passage comme ministre de l’Éducation, a été un fervent soutien de Liz Truss durant sa campagne et est un partisan du Brexit.

Il va devoir relever le défi de travailler pour Liz Truss qui souhaite mener elle-même la politique étrangère de la Grande-Bretagne. Car dans les rangs des conservateurs, on murmurait que Liz Truss voudrait rester ministre des Affaires étrangères même si elle occupe désormais le 10 Downing Street, la résidence du Premier ministre.

En nommant James Cleverly à la tête de la diplomatie, la nouvelle chef du gouvernement britannique a en tout cas choisi une personnalité d’une loyauté à toute épreuve. Issu d’une famille modeste de Londres, ce partisan du Brexit a rapidement gravi les échelons du parti conservateur. Élu pour la première fois au Parlement en 2015, il devient vice-président des tories en 2018 puis quelque mois plus tard co-président.

En tant que secrétaire d’État au sein du ministère des Affaires étrangères, James Cleverly a suivi pendant deux années les sujets brulants du moment : le statut post-Brexit de l’Irlande du Nord, les conséquences de la guerre en Ukraine et surtout les futures relations entre le Royaume-Uni d’un côté et la Russie et la Chine de l’autre.

La mère de ce réserviste de l’armée de 53 ans est originaire de Sierra Leone. Outre la guerre en Ukraine, il aura la difficile tâche de gérer la confrontation avec l’Union européenne sur le statut post-Brexit de l’Irlande du Nord. Et le nouveau ministre des Affaires étrangères a d’ores et déjà annoncé que son gouvernement adoptera une ligne dure face à Moscou et Pékin.

Une amie proche de Liz Truss et anti-IVG à la Santé

Après avoir présenté comme l’une de ses priorités le redressement du service public de santé, affaibli par dix ans d’austérité et la pandémie, Liz Truss a nommé Therese Coffey, une amie proche, ministre de la Santé avec le titre de vice-Première ministre.

Therese Coffey est notoirement anti-IVG. Elle a voté plusieurs fois contre l’élargissement de l’accès à l’interruption volontaire de grossesse, rappelle notre correspondante à Londres, Émeline Vin. La nouvelle ministre de la Santé a proposé de renforcer les évaluations psychologiques préalables à l’IVG, en 2010, rejeté la décriminalisation en Irlande du Nord, puis l’accès à l’avortement à domicile pendant la pandémie.

Les positions anti-choix de cette catholique pratiquante inquiètent les associations de défense de l’IVG, qui estiment que Therese Coffey fait passer ses convictions avant les recommandations cliniques et l’intérêt des femmes. Plus tôt cet été et alors que Therese Coffey était pressentie pour le gouvernement Truss, cette comptable de formation avait assuré qu’elle ne reviendrait pas sur les lois en vigueur. C’est trop peu pour les associations. Elles craignent que Coffey n’accorde pas les moyens nécessaires aux centres, déjà à flux tendu, qu’elle n’aide pas à renforcer l’accès très limité des Nord-Irlandaises à l’IVG. Enfin, elles considèrent que le Royaume a désormais l’obligation de se placer en défenseur du droit de choisir dans le sillage de l’abolition de Roe v. Wade aux États-Unis

Échappant au jeu de chaises musicales, Ben Wallace, très populaire, est maintenu à la Défense, poste clé en raison de la guerre en Ukraine dont Londres est l’un des principaux soutiens.

Le visage de l’exécutif britannique a radicalement changé en quelques années. Le pays a eu son premier membre du gouvernement noir en 2002, sous le gouvernement travailliste de Tony Blair. Et en 2010, son premier ministre musulman sous le conservateur David Cameron

Élite issue d’universités de prestige

Si ce gouvernement semble se tourner davantage vers la diversité ethnique, avoir étudié dans les écoles et universités de l’élite semble toujours être incontournable.

Kwasi Kwarteng est passé par le collège d’Eton, l’école secondaire – pour garçons – attitrée de la famille royale et de l’aristocratie du monde entier, où sont passés David Cameron et Boris Johnson avant lui, avant d’aller à Cambridge.

C’est également dans cette université prestigieuse qu’a étudié Suella Braverman. James Cleverly a été éduqué lui aussi dans le privé, avant d’entrer dans l’armée.

« C’est sur l’origine sociale qu’il faut vraiment progresser. (…) Nous avons besoin de davantage de politiques qui viennent d’un milieu social ordinaire, estime Rob Ford, professeur de Sciences politiques à l’université de Manchester. Mais l’origine ethnique compte, complète-t-il. On entend des gens issus des minorités dire : « Ils (les politiques, ndlr) ne nous représentent pas ». Il est donc important d’avoir des gens autour de la table qui partagent ces expériences de discrimination ou de racisme ».

RFI avec AFP via CONGO PUB Online

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