RDC : Jean-Claude Masangu révèle les dessous des cartes bancaires des hautes autorités et défend son bilan à la BCC

Après plusieurs années de silence, l’ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), Jean-Claude Masangu Mulongo, est revenu sur deux sujets majeurs de son passage à la tête de l’institution. Invité du Space live animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, il a expliqué le fonctionnement des cartes bancaires mises à la disposition de certaines hautes autorités pour leurs missions officielles, avant de défendre son bilan économique et monétaire.

Des cartes bancaires pour les missions officielles

Jean-Claude Masangu affirme que le dispositif avait été instauré pour permettre aux responsables publics d’effectuer leurs déplacements officiels sans être confrontés à des difficultés de prise en charge financière, notamment lorsque les missions étaient décidées dans l’urgence.

« On a instauré des cartes bancaires au nom de la Banque centrale du Congo et non pas au nom du gouvernement », a-t-il précisé. Selon lui, le choix de la BCC répondait à un souci de crédibilité institutionnelle.

Ces cartes servaient notamment à couvrir les frais de transport, d’hébergement et de restauration. L’ancien gouverneur insiste sur le fait qu’elles ne constituaient pas un moyen de paiement sans limites.

« Ce n’est pas pour acheter des cravates ou des chemises », a-t-il déclaré, soulignant que tout usage abusif devait entraîner la désactivation immédiate de la carte.

Les plafonds variaient selon les bénéficiaires. Masangu a notamment évoqué une limite de 15 000, sans préciser explicitement la devise dans les propos rapportés. Les dépenses étaient imputées au compte du Trésor après autorisation.

Un dispositif étendu sous la formule « 1+4 »

Mis en place autour de 2002, le système aurait été étendu en 2003 aux quatre vice-présidents et à certains de leurs collaborateurs, dans le cadre de la formule politique dite « 1+4 ». Le président de la République et le ministre des Finances figuraient également parmi les bénéficiaires.

Selon Jean-Claude Masangu, le dispositif était réservé aux responsables effectuant régulièrement des déplacements officiels. À la fin de leurs fonctions, les détenteurs devaient restituer leurs cartes, qui étaient ensuite bloquées et détruites.

L’ancien gouverneur affirme avoir lui-même rendu la sienne lors de son départ en 2013. Il n’a toutefois pas communiqué le nombre total de cartes délivrées durant son mandat, indiquant ne pas pouvoir se prononcer sur la période postérieure à son départ.

« Le Congo d’aujourd’hui est beaucoup plus solide »

Au cours de cette intervention, Jean-Claude Masangu a également défendu son appréciation de l’évolution de l’économie congolaise. Pour étayer son propos, il a préféré comparer la situation actuelle à celle de 1997, année de sa nomination à la tête de la BCC, plutôt qu’à celle de 2013, lorsqu’il a quitté ses fonctions.

« Le Congo d’aujourd’hui est beaucoup plus solide que le Congo que moi j’ai trouvé lorsque j’ai été nommé gouverneur de la Banque centrale en 1997 », a-t-il affirmé.

Il a notamment évoqué la maîtrise de l’inflation, qu’il situe aujourd’hui à 3,5 %, contre un taux de 611 % à l’époque qu’il décrit. Ces chiffres, avancés par l’ancien gouverneur, n’ont pas été accompagnés dans les propos rapportés de précisions sur les périodes exactes et les indicateurs utilisés.

Masangu a également mis en avant l’évolution du système bancaire, l’accroissement des réserves de change, qu’il estime désormais supérieures à 8 milliards de dollars, ainsi que la croissance du produit intérieur brut.

« Nous sommes passés d’une économie de 15 milliards de dollars de PIB. Aujourd’hui, on est à 120 milliards de dollars », a-t-il déclaré.

L’ancien responsable a par ailleurs rappelé l’allégement de la dette extérieure congolaise obtenu dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). En juillet 2010, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international avaient annoncé un allégement de 12,3 milliards de dollars pour la RDC.

Masangu revendique l’introduction du mobile money

Enfin, Jean-Claude Masangu a revendiqué un rôle déterminant dans l’introduction du mobile money en République démocratique du Congo, qu’il situe autour de 2010-2011, sous le pilotage de la Banque centrale.

« Je suis à l’origine de l’introduction du mobile money en RDC vers 2010-2011, sous le pilotage de la Banque centrale », a-t-il affirmé.

À travers cette intervention, l’ancien gouverneur est revenu sur certaines pratiques de gestion des missions officielles tout en présentant les indicateurs qu’il considère comme les principales avancées économiques et monétaires enregistrées depuis son arrivée à la tête de la BCC en 1997.

Par Pascal Kabeya
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