RDC : cartes Visa du Trésor, Jules Alingete contredit Jean-Claude Masangu et relance la polémique

L’affaire des cartes Visa adossées au compte général du Trésor public prend une nouvelle tournure. Après les explications de l’ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), Jean-Claude Masangu Mulongo, sur le fonctionnement de ce dispositif, l’ancien inspecteur général des finances Jules Alingete apporte une version nettement différente, évoquant des dépenses de luxe, des retraits en espèces et des cartes restées actives après le départ de leurs bénéficiaires.

Alingete met en avant les conclusions de l’audit

À l’origine de l’audit de la BCC couvrant la période 2010-2020, Jules Alingete conteste les explications de Jean-Claude Masangu, qui avait présenté ces cartes comme un moyen de faciliter les missions officielles des hautes autorités de l’État.

Selon les constats qu’il rapporte, des retraits d’espèces auraient été effectués à Kinshasa, tandis que certaines cartes auraient servi à régler des achats dans des supermarchés de la capitale et des commerces de luxe en Europe, notamment Weston et Louis Vuitton.

L’ancien patron de l’Inspection générale des finances (IGF) s’interroge également sur la présence présumée d’épouses et de maîtresses du gouverneur et du vice-gouverneur en fonction au moment de l’audit parmi les bénéficiaires du dispositif.

« À quel titre officiel » détenaient-elles ces cartes Visa ?, questionne-t-il, remettant ainsi en cause la justification de certaines attributions.

Plus de 5 millions de dollars de dépenses pour certains bénéficiaires

Jules Alingete avance que certains détenteurs auraient dépensé plus de 5 millions de dollars en cinq ans, tandis que d’autres auraient engagé plus de 100 000 dollars en un seul mois.

« S’agissait-il toujours de frais de mission ? », s’interroge-t-il.

Selon l’ancien inspecteur général des finances, ces dépenses suscitent d’autant plus de questions que les bénéficiaires percevaient également des frais de mission versés par le Trésor public par l’intermédiaire des comptables publics.

Il affirme par ailleurs que plus de 50 cartes Visa étaient encore opérationnelles en 2021, alors que certains de leurs détenteurs avaient quitté leurs fonctions depuis janvier 2019. Parmi les personnes citées figure Barnabé Kikaya, ancien collaborateur de Joseph Kabila.

Ces éléments, tels que rapportés par Alingete, soulèvent des interrogations sur le contrôle des dépenses, les conditions d’utilisation des cartes et les procédures prévues pour leur désactivation à la fin des fonctions officielles.

Les explications de Masangu restent au centre du débat

Invité du Space animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, Jean-Claude Masangu avait expliqué que le dispositif avait été instauré autour de 2002 afin de permettre aux responsables publics d’effectuer des déplacements officiels décidés parfois dans l’urgence.

Selon lui, les cartes, émises au nom de la BCC plutôt qu’à celui du gouvernement, devaient couvrir exclusivement les frais de transport, d’hébergement et de restauration. Il avait également évoqué des plafonds mensuels, dont un montant de 15 000 dollars pour certains bénéficiaires, ainsi que le retrait immédiat de la carte en cas d’utilisation abusive.

Le mécanisme aurait été étendu en 2003 à certains responsables de la formule politique « 1+4 », comprenant les quatre vice-présidents de la transition et leurs collaborateurs. Masangu avait précisé avoir restitué sa propre carte lors de son départ de la BCC en 2013.

L’ancien gouverneur n’avait toutefois pas indiqué le nombre total de cartes délivrées durant son mandat et avait déclaré ne pas être en mesure de commenter la période postérieure à 2013.

Des responsabilités à établir

Les révélations attribuées à Jules Alingete remettent ainsi au premier plan la question de la gestion des cartes bancaires financées par le Trésor public. Elles soulèvent notamment des interrogations sur l’identité des bénéficiaires, la nature des dépenses engagées et le maintien en activité de cartes après la cessation des fonctions de leurs titulaires.

Pour autant, les constats rapportés et les accusations formulées ne suffisent pas, à eux seuls, à établir la responsabilité pénale de chaque personne citée. Celle-ci doit être déterminée à partir des pièces de l’audit, des autorisations de dépenses et, le cas échéant, des conclusions d’une enquête judiciaire.

L’enjeu est désormais de déterminer qui a autorisé ces opérations, qui en a bénéficié et si les règles applicables aux dépenses publiques ont été respectées. Si des irrégularités ou des infractions sont établies, les responsabilités devront être engagées conformément à la loi.

Par Pascal Kabeya
CONGO PUB Online

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