La création à Goma du Front pour la refondation de la Nation (FRN), dirigé par l’ancien président Joseph Kabila, provoque des remous au sein du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Plusieurs cadres et militants annoncent leur départ ou prennent leurs distances avec l’ancien chef de l’État, dans un contexte de tensions politiques et sécuritaires accrues.
Après India Omari et Aristote Ngarime, qui ont exprimé leur prise de distance avec les orientations de Joseph Kabila, Patrick Nkanga Bekonda et Allegra Fosh Ngalula ont également annoncé leur démission du PPRD.
Patrick Nkanga quitte le parti après vingt ans d’engagement

Rapporteur du bureau politique du PPRD, Patrick Nkanga Bekonda a annoncé, dans un communiqué signé transmis lundi, la fin de son engagement au sein du parti pour des raisons de convenance personnelle.
Il décrit une décision « lourde et pénible » et indique vouloir prendre du recul avant de définir une nouvelle orientation politique.
Militant du PPRD depuis 2006, il rappelle avoir dirigé la ligue des jeunes avant d’occuper les fonctions de rapporteur du bureau politique. Il affirme avoir défendu, au sein du parti, l’objectif d’une reconquête démocratique du pouvoir, aussi bien lorsque le PPRD était au gouvernement que lorsqu’il est passé dans l’opposition.
Pour la suite, Patrick Nkanga dit vouloir contribuer, avec d’autres compatriotes, à la construction d’une alternative de gouvernance fondée sur les idées et les valeurs patriotiques, pacifiques et républicaines.
Son communiqué ne cite toutefois ni Joseph Kabila ni le FRN et n’établit pas explicitement de lien entre son départ et la création de ce nouveau mouvement.
Allegra Fosh Ngalula refuse toute initiative de déstabilisation

De son côté, Allegra Fosh Ngalula, vice-présidente de la ligue des jeunes du PPRD, a annoncé sa démission avec effet immédiat dans une lettre datée du 12 octobre 2026 et adressée aux instances dirigeantes du parti.
Elle affirme se désolidariser de toute initiative susceptible de perturber la paix, de déstabiliser les institutions ou de compromettre la sécurité de la population congolaise.
Elle insiste sur son attachement aux voies démocratiques et précise ne vouloir être associée, directement ou indirectement, à aucune action de cette nature. Elle demande aux responsables du PPRD de prendre acte de sa décision et de mettre à jour leurs registres.
Avant sa démission, Allegra Fosh Ngalula avait notamment exercé les fonctions d’assistante de la présidente nationale de la ligue des femmes et de responsable adjointe du département de l’emploi et du travail.
India Omari et Aristote Ngarime prennent leurs distances

Les départs et prises de distance concernent également d’autres figures du parti. India Omari, cadre du PPRD et soutien de Joseph Kabila, a déclaré que la fidélité à ses convictions l’obligeait à se dissocier des orientations qui s’éloignent de ses principes.
Depuis Kinshasa, où il réside, Aristote Ngarime a lui aussi annoncé son départ du PPRD.
Ces décisions interviennent alors que Joseph Kabila vient de prendre la tête du Front pour la refondation de la Nation, une structure politico-militaire créée à Goma et réunissant notamment des responsables de l’AFC/M23. Le mouvement affirme vouloir mettre fin à ce qu’il qualifie de « tyrannie » du président Félix Tshisekedi, sans exclure le recours à la force.
L’APDM réclame la dissolution du PPRD

La création du FRN a également suscité une réaction de Moussa Mondo, autorité morale de l’Alliance des patriotes démocrates pour le mouvement (APDM), qui avait quitté le PPRD depuis plusieurs années.
Dans une déclaration, il qualifie la création du mouvement de « non-événement », estimant qu’elle confirme, selon lui, les accusations précédemment formulées contre Joseph Kabila au sujet de son rôle présumé dans la déstabilisation de la RDC.
L’APDM réclame la dissolution immédiate du PPRD, qu’elle présente désormais comme une vitrine politique d’une rébellion, et appelle la population à soutenir Félix Tshisekedi.
Un parti confronté à des choix politiques majeurs
La multiplication des départs et des prises de distance intervient à un moment charnière pour le PPRD, confronté à la nouvelle orientation politique et militaire annoncée par son ancien président.
Si les motivations de chaque démissionnaire ne sont pas identiques ou explicitement liées au FRN, les déclarations d’India Omari et d’Allegra Fosh Ngalula témoignent de réserves concernant les orientations qu’ils ne souhaitent plus soutenir.
Reste à savoir si cette série de départs se poursuivra et quelles conséquences elle aura sur l’organisation et l’avenir politique du PPRD.
Par Marius Bopenga
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