Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, a multiplié les déclarations politiques samedi 24 octobre 2026, lors d’une rencontre avec les députés nationaux et les sénateurs de l’Union sacrée de la Nation, à la Cité de l’Union africaine. De Joseph Kabila à la question constitutionnelle, en passant par le dialogue national, la guerre dans l’Est et la gestion de l’épidémie d’Ebola, le chef de l’État a abordé plusieurs dossiers sensibles.
Tshisekedi qualifie Joseph Kabila de « peureux »
Quelques jours après la création du Front de résistance nationale (FRN) par son prédécesseur, Joseph Kabila, Félix Tshisekedi a vivement critiqué l’ancien chef de l’État.
« Pour le peu que j’ai eu à le pratiquer, je peux vous assurer que Joseph Kabila est un peureux. Et là, il doit se demander s’il a fait un bon choix », a déclaré le président congolais devant les parlementaires de sa majorité.
Cette sortie intervient dans un contexte de tensions politiques accrues, marqué par les prises de position de l’ancien président et la recomposition des forces opposées au pouvoir de Kinshasa.
Évoquant également les relations avec le Rwanda, Félix Tshisekedi a accusé son homologue Paul Kagame d’avoir consacré plusieurs décennies à dégrader l’image de la RDC sur la scène internationale, tout en affaiblissant ses institutions et sa crédibilité. Il affirme que cette dynamique a été freinée et que le pillage des ressources naturelles congolaises est désormais plus difficile.
Dialogue national : une équipe annoncée dès la semaine prochaine
Le chef de l’État a annoncé la mise en place, dès la semaine prochaine, de l’équipe chargée de préparer le dialogue national. Celle-ci comprendra notamment une coordination nationale, des coordinations provinciales et des superviseurs dans les provinces.
Le dispositif devrait également bénéficier de deux cofacilitateurs désignés par l’Union africaine, un homme et une femme, a précisé Félix Tshisekedi.
Devant les élus de l’Union sacrée, il a appelé sa majorité à expliquer à la population les objectifs de cette démarche, alors que certains acteurs politiques soupçonnent le dialogue de pouvoir servir de cadre à une modification de la Constitution favorable au maintien du président au pouvoir.
Félix Tshisekedi a rejeté cette interprétation, présentant le dialogue comme un moyen de ramener le pays à une certaine « normalité » institutionnelle et de permettre à l’État de fonctionner conformément aux normes.
Constitution : « Cette Constitution, je ne l’aime pas »

Le président de la République a également exprimé ouvertement ses réserves à l’égard de la Constitution actuelle, tout en renvoyant à sa majorité la responsabilité de décider d’une éventuelle modification.
« Cette Constitution, je ne l’aime pas, et vous le savez », a-t-il déclaré.
Poursuivant son intervention, il aurait affirmé que la décision de toucher au texte fondamental relevait de la responsabilité des parlementaires.
« Vouloir la changer ou la toucher, c’est votre responsabilité », a-t-il ajouté.
Félix Tshisekedi a également évoqué l’échéance de 2028, déclarant : « Si, en 2028, vous refusez, je m’arrête là. »
Il a justifié sa position par la mission qu’il estime devoir accomplir à la tête du pays, notamment la remise de la RDC « sur les rails » et l’instauration d’une paix véritable et durable.
Ces déclarations interviennent alors que toute éventuelle révision constitutionnelle suscite des divergences au sein de la classe politique. Les interrogations portent notamment sur ses objectifs, ses conséquences institutionnelles et le respect des limites du mandat présidentiel. Dans un pays confronté à une crise sécuritaire persistante et à d’importantes attentes sociales, la perspective d’une telle réforme demeure particulièrement sensible.
Ebola : les élus du Nord-Kivu dénoncent une riposte « calamiteuse »
La gestion de l’épidémie d’Ebola a également été abordée au cours de la rencontre. Des élus du Nord-Kivu ont interpellé Félix Tshisekedi, dénonçant une riposte qu’ils jugent « calamiteuse », alors que les contaminations et les décès continueraient d’augmenter.
Ils ont demandé au chef de l’État de s’impliquer personnellement dans la gestion de cette urgence sanitaire. Leur intervention aurait été largement applaudie par d’autres parlementaires présents dans la salle.
En réaction, Félix Tshisekedi aurait recadré les élus de l’Union sacrée, jugeant inacceptable que des membres de la majorité s’attaquent publiquement entre eux. Sans citer directement le ministre d’État chargé de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi, il aurait insisté sur la nécessité de régler les différends en interne.
Selon les informations rapportées, le président estime que les griefs fondés peuvent lui être soumis afin qu’il tranche, plutôt que d’être exposés publiquement.
Cette mise au point intervient alors que la députée de la majorité Hermione Bolumbe a déposé une motion de défiance contre Muhindo Nzangi, sur fond de soupçons de détournement de 57 millions de dollars américains. Ces accusations restent à établir dans le cadre des procédures appropriées.
Soutien de la majorité et appel à la loyauté
Au cours de cette rencontre, les députés et sénateurs de l’Union sacrée ont réaffirmé leur soutien au chef de l’État dans la défense de l’intégrité territoriale et de la souveraineté nationale. Ils ont également adressé des messages d’encouragement aux Forces armées de la RDC (FARDC) et aux patriotes Wazalendo.
Prenant la parole au nom des parlementaires, le président du Sénat, Sama Lukonde, a résumé leurs interventions autour de trois messages : soutien au président, loyauté envers son leadership et solidarité face à la guerre.
« Vous n’êtes pas seuls face à cette guerre d’agression », a-t-il assuré à Félix Tshisekedi.
Le chef de l’État s’est dit « très ému et très touché par cette manifestation de soutien exceptionnelle », avant de remercier les élus et de leur adresser un message de moralisation.
Cette rencontre aura ainsi mis en évidence plusieurs lignes de tension au sommet de la vie politique congolaise : la confrontation avec Joseph Kabila, le débat sur l’avenir constitutionnel, la préparation du dialogue national et les désaccords au sein même de la majorité sur la gestion des crises sécuritaire et sanitaire.
Par Pascal Kabeya
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