Plus d’un mois après les violences survenues lors du sit-in organisé le 12 juin 2026 par la Coalition Article 64 (C64) devant le Palais du Peuple à Kinshasa, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH-RDC) a rendu les conclusions de son enquête. Si l’institution indique n’avoir trouvé aucune preuve suffisante permettant de confirmer les allégations de décès avancées à la suite de cette manifestation, elle affirme en revanche avoir établi des « motifs raisonnables de croire » que plusieurs violations des droits humains ont été commises.
Une enquête de trois semaines et 157 auditions
Mise en place à la suite des événements, la commission spéciale d’enquête de la CNDH a travaillé du 22 juin au 14 juillet 2026. Durant cette période, elle a mené 157 auditions et entretiens auprès de victimes, témoins, responsables politiques, autorités administratives, policiers, personnels de santé et observateurs indépendants.
Au total, 135 victimes, dont 131 hommes et quatre femmes, ont été entendues afin de reconstituer le déroulement des faits et d’établir les responsabilités.
Selon la Commission, ces investigations ont permis de confronter les différentes versions des événements et de vérifier les informations largement relayées dans l’opinion publique au lendemain des affrontements.
Les décès annoncés n’ont pas été confirmés
S’agissant du bilan humain, la CNDH indique que les chiffres avancés publiquement par certains responsables de l’opposition n’ont pu être corroborés par les éléments recueillis au cours de l’enquête.
Le rapport précise notamment qu’une personne présentée comme décédée a été retrouvée vivante à l’hôpital militaire du Camp Lufungula.
Dans un autre cas, les investigations n’ont pas permis d’établir avec certitude le décès d’un militant également annoncé comme victime des violences.
En conséquence, la Commission estime qu’aucun élément de preuve suffisant ne permet, à ce stade, de confirmer l’existence de décès directement liés à cette manifestation.
De nombreuses violations des droits humains documentées
Si les allégations de décès n’ont pas été confirmées, les enquêteurs affirment en revanche avoir recueilli des éléments concordants faisant état de plusieurs violations des droits fondamentaux.
La CNDH évoque notamment des arrestations et détentions arbitraires, des atteintes à l’intégrité physique, des actes d’extorsion, des spoliations, des destructions de biens, des actes de vandalisme visant des sièges de partis politiques, ainsi que des traitements susceptibles d’être qualifiés de cruels, inhumains ou dégradants.
Pour la Commission, ces faits nécessitent des investigations judiciaires approfondies afin d’établir les responsabilités individuelles.
Des témoignages mettent en cause la « Force du Progrès »

Le rapport fait également état de plusieurs témoignages attribuant certains actes de violence à des individus présentés comme appartenant à la Force du Progrès, un mouvement proche de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).
Sans imputer directement ces agissements au parti présidentiel, la CNDH recommande néanmoins à l’UDPS de prendre les mesures nécessaires pour prévenir et condamner tout acte de violence commis par des personnes se réclamant de ce mouvement.
Une montée des tensions avant les affrontements
Dans son analyse des événements, la Commission estime que plusieurs facteurs ont contribué à la détérioration de la situation.
Elle relève notamment que le maintien du sit-in devant le Palais du Peuple, malgré les sites alternatifs proposés par les autorités provinciales, ainsi que la présence de groupes aux positions antagonistes, ont favorisé un climat de forte tension.
La CNDH souligne toutefois que ce contexte ne saurait, en aucune manière, justifier les violations des droits humains constatées au cours de cette journée.
Des versions toujours opposées

Le rapport met également en évidence les profondes divergences entre les différents protagonistes.
Les responsables de la Coalition Article 64 soutiennent que plusieurs de leurs militants ont été blessés lors de la dispersion du sit-in et attribuent une partie des violences aux membres de la Force du Progrès.
De son côté, la Police nationale congolaise affirme n’avoir utilisé que des moyens non létaux pour rétablir l’ordre. Les responsables policiers reconnaissent que des coups de feu ont été entendus au cours des affrontements, tout en assurant qu’ils ne provenaient pas des unités officiellement déployées sur les lieux.
Des recommandations aux autorités
À l’issue de son enquête, la Commission nationale des droits de l’homme formule une série de recommandations destinées aux pouvoirs publics.
Elle appelle le Gouvernement à renforcer les capacités de la Police nationale congolaise en matière de maintien de l’ordre, à interdire toute participation de civils aux opérations de sécurité et à prévenir la création de groupes exerçant illégalement des missions sécuritaires.
La CNDH recommande également la mise en place d’un cadre permanent de concertation réunissant les autorités publiques, les partis politiques, la société civile et la Commission elle-même afin de prévenir les tensions lors des manifestations publiques.
Enfin, elle invite les autorités judiciaires à ouvrir des enquêtes indépendantes pour identifier et poursuivre les auteurs des violations documentées, quelle que soit leur appartenance politique, rappelant que la protection des droits fondamentaux demeure une obligation qui s’impose à tous les acteurs.
Par Marius Bopenga
CONGO PUB Online





