Alors que la République démocratique du Congo est confrontée à une crise sécuritaire, politique et institutionnelle persistante, Carbone Beni et Jean-Jacques Lumumba proposent de clarifier les objectifs et la méthode d’un éventuel dialogue national. Dans une tribune commune publiée lundi 17 août 2026, les deux acteurs de la société civile saluent l’ouverture du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo en faveur d’un dialogue inclusif, tout en appelant à ne pas confondre ce processus avec les négociations engagées à Doha.
Président du mouvement social Patriotes en Action pour l’Émergence de la République (PACTE), Carbone Beni, et président du Collectif Restitution Afrique (RAF), Jean-Jacques Lumumba estiment que les deux démarches doivent répondre à des problématiques différentes, mais complémentaires.
Doha consacré à la crise sécuritaire
Pour les deux signataires, le processus de Doha doit demeurer prioritairement consacré à la dimension sécuritaire de la crise congolaise et aux négociations avec l’AFC/M23.
Ils appellent à la poursuite de ce processus avec des garanties, des conditionnalités et l’implication des partenaires internationaux. La cessation des hostilités, la protection des populations civiles, le désarmement et la restauration de l’autorité de l’État figurent, selon eux, parmi les objectifs prioritaires de ces négociations.
À l’inverse, le dialogue national devrait s’attaquer aux causes internes qui fragilisent la République, notamment les fractures politiques, institutionnelles, sociales et économiques, ainsi qu’aux interrogations liées à l’avenir démocratique du pays.
Les deux acteurs préconisent donc de mener les deux processus simultanément, mais en maintenant une séparation claire de leurs missions.
Ils mettent notamment en garde contre toute confusion susceptible de transformer le dialogue politique en mécanisme de légitimation de la violence armée.
« Le dialogue national ne doit pas devenir un moyen de banaliser la rébellion armée ou de transformer la prise des armes en mode d’accès à la représentation politique », préviennent-ils.
Refuser un dialogue réduit au partage du pouvoir
Carbone Beni et Jean-Jacques Lumumba se déclarent favorables au dialogue national, mais refusent qu’il reproduise les mécanismes de précédentes conférences politiques centrées essentiellement sur le partage des responsabilités.
Ils saluent dans ce contexte les démarches entreprises par la CENCO et l’ECC pour rapprocher les différentes positions et contribuer à la recherche d’une issue politique aux fractures qui traversent le pays.
Pour eux, l’enjeu dépasse largement la recomposition des institutions.
« Si le dialogue consiste simplement à redistribuer des fonctions, recomposer des équilibres politiques, calmer momentanément les tensions ou préparer les prochains positionnements électoraux, nous aurons manqué l’essentiel », écrivent-ils.
Les deux signataires défendent ainsi un dialogue destiné à refonder le pacte national, plutôt qu’à redistribuer les cartes du pouvoir.
Une démarche qui doit partir de la base
Autre proposition majeure de leur tribune : l’adoption d’une méthode « ascendante ».
Selon eux, la réflexion sur l’avenir du pays ne peut être concentrée à Kinshasa et limitée aux acteurs de la classe politique. Les populations des différentes provinces doivent pouvoir exprimer directement leur perception des crises qui affectent la République.
Ils souhaitent notamment que les Congolais puissent identifier eux-mêmes les principales fractures du pays, faire connaître leurs difficultés, leurs attentes et leurs priorités.
« Les Congolais de toutes les autres parties du pays doivent pouvoir dire eux-mêmes ce qu’ils considèrent comme les principales fractures de la République, leurs difficultés, leurs attentes et leurs priorités », soutiennent-ils.
Le sommet national devrait ensuite prendre en compte cette expression du terrain pour déterminer les réponses politiques, institutionnelles et sociales appropriées.
Une inclusivité fondée sur la représentativité
Pour Carbone Beni et Jean-Jacques Lumumba, un dialogue véritablement inclusif ne doit pas nécessairement réunir plusieurs milliers de participants.
L’essentiel, selon eux, est que les principales composantes de la Nation soient réellement entendues et que les personnes appelées à participer aux discussions disposent d’une représentativité et d’une légitimité réelles.
Ils défendent ainsi une conception de l’inclusivité fondée davantage sur la représentativité que sur le nombre de participants.
« Le dialogue peut donc être sélectif dans sa représentation tout en demeurant national dans sa légitimité : moins de représentation de convenance ; davantage de représentation réelle du pays », affirment-ils.
Vers un nouveau pacte national
Les deux signataires souhaitent enfin que le dialogue aboutisse à des résultats concrets. Ils refusent qu’il se termine par une simple déclaration politique sans mécanisme de mise en œuvre.
Ils plaident pour un pacte national assorti d’engagements précis, d’un calendrier, de responsabilités clairement définies et de mécanismes de suivi.
Dans leur conception, le processus de Doha devrait contribuer à restaurer la paix et l’autorité de l’État, tandis que le dialogue national aurait pour mission de reconstruire la confiance entre les Congolais et de revoir les règles qui régissent leur coexistence politique et institutionnelle.
La proposition de Carbone Beni et Jean-Jacques Lumumba inscrit ainsi le débat sur le dialogue national dans une perspective plus large : non pas une nouvelle négociation de partage du pouvoir, mais une démarche destinée à reconstruire la confiance, corriger les fractures internes et refonder le pacte national congolais.
Par Marius Bopenga
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