Iran: Mojtaba Khamenei, un nouveau guide suprême dans les pas de son père

par admin9775

Alors que l’Iran est toujours la cible des bombardements israélo-américains, l’Assemblée des experts a désigné, ce dimanche 8 mars, Mojtaba Khamenei, fils de l’ancien chef d’État tué au premier jour de la guerre, comme nouveau guide suprême.

Aux premières heures du jour, ce dimanche, RFI indiquait qu’un consensus s’était dégagé au sein de l’Assemblée des experts, et qu’un nom – qui avait été « évoqué par le grand Satan », c’est-à-dire les États-Unis – avait émergé. Il devenait ainsi de plus en plus certain qu’il s’agissait de Mojtaba Khamenei, dont le nom avait été prononcé récemment par Donald Trump dans un entretien au site Axios. Selon les médias iraniens, Mojtaba Khamenei a été élu avec 90% des voix lors d’une réunion secrète des membres de l’Assemblée des experts dans la ville sainte de Qom, précise notre correspondant à Téhéran, Siavosh Ghazi.

Et bien que le président américain ait déclaré que si ce dernier était nommé, « il serait tué comme son père », Mojtaba Khamenei, 56 ans, a jusqu’à présent survécu à la campagne de bombardements aériens conduite par les États-Unis et Israël contre l’Iran.

Ce dernier était ⁠considéré comme un possible successeur ​d’Ali Khamenei, après des années passées à nouer d’étroites relations avec les Gardiens de la Révolution et à consolider son influence ​au sein de l’institution cléricale iranienne.

Son nom circulait avec plus d’insistance encore depuis la mort d’un autre potentiel candidat, l’ancien président Ebrahim Raïssi, tué ‌dans un accident d’hélicoptère en 2024.

Intransigeant et apprécié des Gardiens de la Révolution

Ce religieux de rang intermédiaire, qui se présente comme ​le « gardien » de la ‌pensée de son père, s’est toujours opposé aux partisans d’un dialogue avec l’Occident dans le cadre des efforts visant à freiner ⁠les ambitions nucléaires iraniennes. 

Ses relations avec le Corps des Gardiens de la Révolution (CGRI), l’armée idéologique du régime, lui donnent un pouvoir accru au sein de l’appareil politique et sécuritaire iranien. « Il jouit d’un fort soutien ‌au sein du CGRI, en particulier parmi les jeunes générations radicalisées », estime Kasra Aarabi, spécialiste du CGRI au sein de l’United ⁠Against Nuclear Iran, une organisation basée aux États-Unis.

Pour ses détracteurs au sein du régime, ‌Mojtaba Khamenei n’a pas les qualifications religieuses requises pour devenir guide suprême. Sa nomination irait également à l’encontre de la volonté des fondateurs de la République islamique de rompre avec la tradition dynastique de la monarchie des chahs.

Visé par des sanctions américaines

Né en 1969 à Machhad, Mojtaba Khamenei a vu pendant son enfance son père se mobiliser aux côtés de l’ayatollah Rouhollah Khomeini contre le régime du chah. Mojtaba Khamenei ​a combattu pendant la guerre Iran-Irak (1980-88) et effectué des études religieuses aux séminaires de Qom, épicentre de la théologie chiite.

Il porte le titre d’hodjatoleslam, inférieur à celui d’ayatollah dans la hiérarchie religieuse chiite, et le turban noir du sayyed, descendant direct du prophète Mahomet. Il n’a jamais occupé de position ​officielle au sein du gouvernement de la République islamique. On a pu le voir à des rassemblements en faveur du régime, mais il ne s’est ​que rarement exprimé en public – notamment après le décès de son père.

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Mojtaba Khamenei est visé depuis 2019 par des sanctions du département du Trésor américain, qui ​a estimé, à l’époque, qu’il représentait le guide suprême « à titre officiel même s’il n’a jamais été élu ni nommé à un poste gouvernemental », hormis son travail au sein du cabinet de son père.

Mojtaba Khamenei, affirmait encore le ​Trésor américain, s’est vu confier certaines prérogatives par son père et entretient d’étroites relations avec le commandant de la force Al-Qods du CGRI, chargée des opérations extérieures, et les Bassidji, milice religieuse affiliée aux Gardiens, « pour promouvoir les objectifs régionaux de déstabilisation et les objectifs intérieurs d’oppression de son père ».

En début d’année, le média américain Bloomberg a révélé, dans une enquête, que Mojtaba Khamenei est à la tête d’un empire financier, « s’étendant du transport maritime dans le golfe Persique aux comptes bancaires suisses, en passant par l’immobilier de luxe britannique et un important service de renseignement occidental ». Un patrimoine d’une valeur de plus de 100 millions de dollars, qui inclut des hôtels haut de gamme, à Londres, Francfort, ou encore à Marbella en Espagne. Reste que la propriété de ces biens immobiliers est difficile à prouver, en raison du manque de transparence financière, qui prévaut, dans les affaires des dirigeants iraniens. Toujours selon l’agence Bloomberg, cette fortune s’appuierait sur un vaste réseau de sociétés écrans, basées à l’étranger, avec notamment des comptes en Suisse.

Le fils d’Ali Khamenei est souvent considéré comme à l’origine de l’ascension fulgurante du ⁠président ultraconservateur Majhmoud Ahmadinejad, élu en 2005, dont il a soutenu la réélection contestée par une vague de manifestations quatre ans plus tard. Il a été, en 2022, une cible privilégiée des manifestants ⁠du mouvement « Femme, vie, liberté » protestant contre ​la mort en détention de l’étudiante Mahsa Amini après son arrestation par la police des mœurs.

Son épouse, fille d’une figure de la ligne dure, l’ancien président du Parlement, Gholamali Haddadadel, a été tuée le 28 février dans les bombardements israélo-américains, ainsi que d’autres membres de sa famille.

RFI

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