Le dossier de la dette publique sénégalaise connaît un nouveau rebondissement. Les récentes déclarations de Mamadou Faye, président sortant de la Cour des comptes, ont relancé une vive controverse politique autour de la notion de « dette cachée », devenue l’un des principaux sujets de débat depuis l’alternance politique de mars 2024.
« Vous ne verrez dans aucune page du rapport qu’il est mentionné une dette cachée », a affirmé Mamadou Faye dans un entretien accordé au quotidien L’Observateur.
Cette prise de position a suscité de nombreuses réactions au sein de la classe politique, notamment de la part d’Aldiouma Sow, ministre conseiller du président de la République, qui y voit la confirmation de divergences profondes dans la gestion politique de ce dossier.
« Avec le temps, les masques tombent et révèlent les profondes divergences d’intentions qui ont entouré la gestion du dossier de la dette publique laissée par le régime précédent », a-t-il déclaré.
Selon lui, certaines prises de parole antérieures ont privilégié une approche « frontale, électoraliste et éminemment politicienne », en qualifiant publiquement la situation de « dette cachée » dans le but de fragiliser l’opposition.
À l’inverse, il estime que le président Bassirou Diomaye Faye a adopté une posture plus mesurée.
« Il a choisi de placer son discours sous le signe exclusif d’un exercice de vérité technique et transparent », a soutenu Aldiouma Sow, soulignant la volonté du chef de l’État de préserver la crédibilité financière du Sénégal auprès de ses partenaires.
Les précisions de la Cour des comptes
Dans ses explications, Mamadou Faye a insisté sur le caractère strictement technique du travail réalisé par la Cour des comptes.
Selon lui, les écarts constatés dans l’évaluation de la dette publique résultent principalement de différences méthodologiques, notamment dans l’utilisation du Tableau des opérations financières de l’État (TOFE) pour le calcul du ratio dette/PIB.
« La Cour des comptes a fait son travail, suivant les normes, en calculant, par la méthode TOFE, le ratio dette/PIB », a-t-il expliqué.
Pour les partisans de l’ancien président Macky Sall, ces clarifications remettent en cause l’idée d’une dissimulation volontaire des comptes publics.
Les déclarations d’Ousmane Sonko au cœur des débats

La polémique a été ravivée après un entretien accordé le 15 juin 2026 à RFI et France 24 par Ousmane Sonko, ancien Premier ministre et actuel président de l’Assemblée nationale.
Revenant sur ses déclarations de septembre 2024, il a reconnu qu’il ne disposait pas alors de « tous les leviers » et qu’il s’exprimait davantage en tant que responsable politique qu’en qualité de chef du gouvernement.
Pour l’opposition, notamment l’Alliance pour la République (APR), cette nuance constitue un recul significatif par rapport aux accusations formulées lors des législatives anticipées de 2024.
Toutefois, plusieurs observateurs rejettent l’idée d’un reniement.
Le professeur Amath Ndiaye, enseignant à la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université Cheikh Anta Diop, estime qu’Ousmane Sonko n’a jamais remis en cause l’existence d’irrégularités relevées par les audits.
Selon l’universitaire, la distinction opérée par le président de l’Assemblée nationale traduit davantage les contraintes institutionnelles, juridiques et diplomatiques auxquelles se heurte l’action gouvernementale en matière de dette souveraine.
Des conséquences économiques durables
Au-delà du débat sémantique, les répercussions économiques de cette controverse demeurent importantes.
À la suite des déclarations gouvernementales de septembre 2024 et de la publication du rapport de la Cour des comptes en février 2025, qui réévaluait la dette publique à près de 100 % du PIB pour l’année 2023 et le déficit budgétaire à 12,3 %, plusieurs partenaires financiers ont réagi.
Le Fonds monétaire international a suspendu son programme de facilité élargie de crédit de 1,8 milliard de dollars, tandis que les agences de notation Moody’s et Standard & Poor’s ont abaissé la note souveraine du Sénégal.
L’APR attribue cette dégradation à une communication gouvernementale jugée alarmiste, accusant l’exécutif d’avoir fragilisé la confiance des marchés.
Les autorités actuelles, de leur côté, défendent une démarche fondée sur la transparence et la nécessité d’établir un diagnostic précis de la situation financière du pays.
Entre responsabilité politique et rigueur budgétaire
Deux lectures continuent ainsi de s’opposer.
Les soutiens de Macky Sall considèrent que les précisions apportées par la Cour des comptes fragilisent le récit politique construit autour de la « dette cachée ».
Les défenseurs de la nouvelle majorité estiment, au contraire, que les écarts comptables relevés justifient pleinement les mesures de redressement engagées depuis 2024.
Alors que le Sénégal fait face à des défis économiques majeurs, notamment en matière de pouvoir d’achat, d’endettement et de financement du développement, le débat dépasse désormais la seule question technique pour interroger la responsabilité des acteurs politiques dans la gestion et la communication des finances publiques.
Par Pascal Kabeya
CONGO PUB Online






