Réunis le 24 juin 2026 à Londres dans le cadre de la sixième réunion du Comité mixte de surveillance (CMS), la République démocratique du Congo (RDC) et la République du Rwanda ont réaffirmé leur engagement à accélérer la mise en œuvre des Accords de Washington, sous la facilitation des États-Unis, de l’État du Qatar, de la République togolaise en sa qualité de médiateur de l’Union africaine, ainsi que de la Commission de l’Union africaine.
Cette nouvelle rencontre diplomatique intervient alors que les violences persistent dans l’est de la RDC, mettant en évidence le contraste entre les avancées enregistrées sur le plan diplomatique et les difficultés persistantes sur le terrain.
Vers un renforcement des mécanismes de vérification
À l’issue des travaux, les deux délégations ont convenu de renforcer les instruments chargés de surveiller la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre des Accords de Washington.
Selon le communiqué publié par le Département d’État américain, Kinshasa et Kigali ont demandé l’élargissement du mandat du Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus (EJVM+), afin qu’il puisse désormais contrôler le respect des engagements issus des Accords de Washington.
Les deux pays ont également convenu d’appuyer le déploiement rapide du mécanisme sur le terrain afin qu’il puisse effectuer sa première mission de vérification dans les meilleurs délais.
Ils ont en outre exhorté l’ensemble des acteurs présents dans les zones concernées à coopérer pleinement avec cette mission, tout en s’engageant à créer un environnement politique et sécuritaire favorable au bon déroulement des opérations de vérification.
Coopération sécuritaire et échange de renseignements
Sur le plan sécuritaire, les deux États ont décidé de renforcer leur coopération à travers le Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité (JSCM).
Cette structure aura notamment pour mission de faciliter les échanges de renseignements entre les deux pays et de coordonner les prochaines étapes opérationnelles nécessaires à l’application des Accords de Washington.
Cette décision s’inscrit dans la continuité des engagements pris à Doha, où le gouvernement congolais et l’AFC/M23 avaient adopté, le 2 février 2026, les termes de référence du mécanisme conjoint chargé de superviser et de vérifier le respect du cessez-le-feu permanent.
Deux mécanismes complémentaires
Le dispositif repose sur deux organes distincts.
Le premier est le Mécanisme de supervision et de vérification du cessez-le-feu (COVM), chargé des décisions stratégiques. Il réunit, à parité, des représentants du gouvernement congolais et de l’AFC/M23, avec la participation d’observateurs de l’Union africaine, du Qatar, des États-Unis, de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) ainsi que de la MONUSCO.
Le second est le Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus (EJVM+), qui constitue le bras technique et opérationnel du dispositif.
Sa mission consiste à surveiller l’application du cessez-le-feu, enquêter sur les violations présumées, produire des rapports réguliers, observer la situation sécuritaire et humanitaire et contribuer aux mesures de confiance entre les parties.
Les équipes de vérification, composées de représentants des deux parties ainsi que d’observateurs lorsque cela est possible, disposeront d’un accès aux zones concernées afin de documenter les incidents signalés. La MONUSCO assurera l’appui logistique nécessaire au fonctionnement du mécanisme.
Soutien renouvelé au processus de Doha
Au cours des discussions de Londres, Kinshasa et Kigali ont également réaffirmé leur soutien aux négociations en cours entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 dans le cadre du processus de Doha.
Les deux délégations se sont engagées à contribuer activement à la réussite de ces discussions et à éviter toute déclaration ou initiative susceptible de compromettre les efforts diplomatiques engagés.
Les parties ont notamment promis de s’abstenir de toute rhétorique hostile, y compris dans les enceintes internationales, afin de préserver un climat favorable à la poursuite du dialogue.
Une situation sécuritaire toujours alarmante
Malgré ces engagements, le Comité d’opérations conjoint (COC) a exprimé sa vive inquiétude face à la dégradation continue de la situation dans l’est de la RDC.
Les participants ont souligné l’intensification des affrontements ainsi que les conséquences des frappes de drones sur les populations civiles.
Le comité a également alerté sur l’aggravation de la crise humanitaire, aggravée par la poursuite de l’épidémie d’Ebola dans plusieurs zones affectées par le conflit.
Face à cette situation, les participants ont insisté sur la nécessité de rendre effectif le cessez-le-feu afin d’améliorer la protection des populations civiles et de créer les conditions favorables au retour de la stabilité.
Neutralisation des FDLR et désengagement des forces
Au cours de cette réunion, la RDC a présenté les progrès réalisés dans les opérations de neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), conformément aux engagements pris dans les accords.
De son côté, le Rwanda a informé les participants de l’évolution du processus de désengagement progressif de ses forces ainsi que de la levée graduelle de ses dispositifs défensifs.
Les deux pays ont salué l’accompagnement des États-Unis, du Qatar, du Togo, de la Commission de l’Union africaine ainsi que du Royaume-Uni, qui accueillait cette sixième réunion du Comité mixte de surveillance.
La prochaine réunion du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité (JSCM) devrait se tenir dans les quinze prochains jours afin d’évaluer les progrès accomplis et d’assurer le suivi des engagements pris.
Le défi de la mise en œuvre
Si les initiatives diplomatiques engagées depuis plusieurs mois témoignent d’une volonté commune de restaurer la paix dans la région des Grands Lacs, leur traduction sur le terrain demeure limitée.
Les combats se poursuivent dans plusieurs territoires de l’est de la RDC, tandis que chaque partie continue d’interpréter les accords selon sa propre lecture, compliquant leur application effective.
Dans ce contexte, le principal défi reste de réduire l’écart entre les engagements diplomatiques et la réalité sécuritaire, afin que les mécanismes de vérification, les cessez-le-feu successifs et les processus de négociation produisent enfin des résultats concrets pour les populations civiles durement affectées par plusieurs années de conflit.
Par Pascal Kabeya
CONGO PUB Online






