La riposte contre l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo est confrontée à une nouvelle alerte majeure. À Kisangani, des agents engagés au Centre de traitement Ebola (CTE) du Cinquantenaire ont menacé, samedi 8 août, de libérer les malades et de fermer le site en raison du non-paiement de leurs prestations.
Réunis devant le centre de traitement, les prestataires de première ligne ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un abandon de la part des autorités.
« Les autorités ont abandonné les prestataires de première ligne à leur triste sort. »
Ils ont annoncé qu’à partir de dimanche 9 août, seul un service minimum serait maintenu afin d’assurer la réanimation et la prise en charge des patients dans un état critique.
Selon leur déclaration, le seul appui actuellement fourni par Médecins sans frontières (MSF) se limiterait au remboursement des frais de transport. Les prestataires affirment ne pas avoir bénéficié des fonds prévus dans le cadre de la riposte depuis la prise en charge des patients atteints d’Ebola.
Leur avertissement est sans équivoque :
« S’il n’y a pas de solution, nous allons libérer les malades qui sont ici au CTE et fermer le site. »
Cinq patients sont actuellement pris en charge au CTE du Cinquantenaire. La province de la Tshopo compte déjà deux cas autochtones et sept cas importés, selon les données communiquées par les autorités sanitaires.
L’OMS : « l’épidémie progresse plus vite que nos capacités de riposte »

Cette menace intervient alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tire elle-même la sonnette d’alarme sur l’évolution de l’épidémie.
Au terme d’une mission conjointe en RDC et en Ouganda, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a estimé que, dans certaines zones de l’est de la RDC, la progression du virus dépasse actuellement les capacités de la riposte.
« Dans certaines régions de l’est de la RDC, l’épidémie d’Ebola progresse plus vite que nos capacités de riposte. »
L’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie et concentre près de 90 % des cas confirmés en RDC. Les zones de santé de Bunia, Rwampara et Mongbwalu figurent parmi les secteurs les plus affectés.
Face à cette situation, l’OMS et Africa CDC appellent à accélérer la détection des cas, le suivi des contacts, les capacités de laboratoire et de traitement, mais également l’accès aux zones touchées.
Le soutien aux agents de santé constitue également un enjeu central. Insécurité, difficultés d’accès, infrastructures dégradées et déplacements de populations compliquent déjà le travail des équipes engagées sur le terrain.
Pour Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC, l’implication des communautés sera déterminante pour interrompre les chaînes de transmission.
« C’est grâce aux communautés que nous pourrons contenir et, à terme, stopper cette épidémie. »
Une alerte Ebola aux portes de Kinshasa finalement écartée

Dans ce contexte de vigilance accrue, un bateau immobilisé à environ 65 kilomètres de Kinshasa après une alerte liée à une suspicion d’Ebola a finalement été libéré.
Le ministre de la Santé, Roger Kamba, a indiqué qu’aucun cas d’Ebola n’avait été détecté à bord. Sept personnes présentant des symptômes ont été testées et tous les résultats se sont révélés négatifs.
L’alerte avait été déclenchée après le décès, dans la province de la Mongala, d’une personne présentant notamment de la fièvre, des diarrhées et des vomissements après avoir quitté l’embarcation. La victime n’avait toutefois pas pu être prélevée avant son décès.
Le dispositif de surveillance avait initialement indiqué que le bateau provenait de Kisangani, alors que les vérifications ont établi qu’il venait en réalité de la Mongala.
« Nous n’avons pas eu du tout de cas de maladie à virus Ebola à bord, » a assuré Roger Kamba.
Les autorités ont néanmoins décidé de maintenir en permanence le dispositif de surveillance installé en amont de Kinshasa.
Une riposte désormais confrontée à un double défi
Entre les menaces de grève des prestataires, les difficultés financières, l’insécurité et la progression du virus, la RDC fait face à un défi majeur : maintenir les capacités de prise en charge tout en accélérant la réponse épidémiologique.
L’alerte de Kisangani illustre ainsi une fragilité qui dépasse la seule question du paiement des agents. Une riposte sanitaire ne peut fonctionner durablement sans personnel disponible, motivé et correctement pris en charge.
Pour l’OMS et Africa CDC, l’urgence est désormais de mobiliser rapidement davantage de ressources et de renforcer la coordination afin de reprendre l’initiative face à la transmission du virus.
À mesure que l’épidémie progresse, la capacité des autorités à répondre aux revendications des agents de première ligne pourrait donc devenir un élément déterminant de la lutte contre Ebola en RDC.
Par Marius Bopenga
CONGO PUB Online





