Seize ans après les assassinats de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, la quête de vérité et de justice reste toujours d’actualité en République démocratique du Congo. Les familles des victimes et les organisations de défense des droits humains continuent de réclamer que toutes les responsabilités soient établies, y compris celles des personnes soupçonnées d’avoir commandité ces crimes.
Jeudi 20 août, les représentants des familles et de la société civile ont sollicité l’implication du ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, dans la poursuite de ce dossier qui demeure l’un des cas les plus emblématiques de la lutte contre l’impunité en RDC.
Ils ont rappelé que les procédures judiciaires engagées jusqu’ici avaient déjà permis d’établir l’implication d’agents publics dans les meurtres de Floribert Chebeya et de son collaborateur Fidèle Bazana.
Les responsabilités à tous les niveaux doivent être établies
Le ministre Samuel Mbemba a reconnu que les procédures menées jusqu’à présent n’avaient pas permis de juger l’ensemble des personnes soupçonnées d’être impliquées dans cette affaire.
« Mais les hauts placés sont encore en cavale et pas encore jugés », a-t-il expliqué.
Pour le membre du gouvernement, l’enjeu consiste désormais à permettre à la justice d’aller plus loin afin que les responsabilités puissent être établies à tous les niveaux.
Cette déclaration intervient alors que plusieurs hauts responsables cités dans le dossier n’ont toujours pas comparu devant les juridictions congolaises.
Me Jean-Claude Katende appelle à accélérer la procédure

De son côté, Me Jean-Claude Katende, vice-président de la Fédération internationale des droits de l’homme, a salué la disponibilité du ministre et son engagement personnel dans ce dossier.
Pour l’avocat, l’une des priorités est désormais d’obtenir la fixation du procès dans les meilleurs délais afin de permettre à la justice de poursuivre son travail.
Me Katende insiste également sur l’importance de préserver la mémoire de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, particulièrement auprès des jeunes générations.
Il souhaite ainsi voir se multiplier les actions de sensibilisation autour de leur combat pour les droits humains et des circonstances dans lesquelles ils ont trouvé la mort.
La VSV réclame la réouverture du procès

Lors de la commémoration du 16e anniversaire de l’assassinat des deux activistes, le 1er juin à Kinshasa, la Voix des sans voix avait déjà demandé la réouverture du procès.
L’organisation estime que les récentes réformes de la justice militaire ont désormais levé certains obstacles qui empêchaient les poursuites contre des hauts gradés cités dans cette affaire.
Selon son directeur exécutif, Rostin Manketa, l’ordonnance-loi n°26/003 du 31 janvier 2026, modifiant le Code judiciaire militaire, permet désormais à des magistrats de grade inférieur de juger des prévenus de grade supérieur lorsque les juges normalement compétents sont indisponibles.
Pour la VSV, cette réforme ouvre donc la voie à une reprise de la procédure.
John Numbi pourrait être jugé par contumace

La VSV estime que le procès peut reprendre, y compris par contumace contre le général John Numbi, actuellement en fuite.
L’organisation demande également que la justice se prononce définitivement sur le sort du général Zelwa Katanga, alias « Djadjidja », ainsi que sur celui des autres prévenus actuellement détenus.
Pour la société civile, il est désormais nécessaire d’éviter que cette affaire ne demeure indéfiniment sans conclusion judiciaire.
L’inquiétude autour du colonel Paul Mwilambwe
La situation du colonel Paul Mwilambwe, considéré comme un témoin clé dans cette affaire, préoccupe également la VSV.
Présent à Kinshasa et sans protection après avoir été relevé de ses fonctions à Boma, il resterait exposé, selon l’organisation.
La VSV estime que ses témoignages sont essentiels pour contribuer à établir les circonstances exactes de la disparition et de l’assassinat de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana.
Une affaire emblématique de la lutte contre l’impunité
Seize ans après les faits, l’affaire Chebeya-Bazana demeure ainsi un test majeur pour la justice congolaise.
Pour les familles et les défenseurs des droits humains, établir la vérité ne signifie pas seulement poursuivre les exécutants déjà condamnés ou identifiés. Il s’agit également de déterminer les responsabilités de ceux qui auraient ordonné, organisé ou facilité ces assassinats.
La demande formulée auprès du ministre des Droits humains marque ainsi une nouvelle étape dans la mobilisation autour de ce dossier.
Pour les familles de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, comme pour les organisations de défense des droits humains, la justice ne pourra véritablement être considérée comme rendue que lorsque toutes les responsabilités auront été établies et que les principaux responsables auront répondu de leurs actes devant la justice.
Par Pascal Kabeya
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