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Connexion avérée entre SMB et le M23 dans le Masisi

by admin9775 15 juillet 2022
written by admin9775

En ce moment où Kinshasa a maille à partir avec Kigali qui soutient ouvertement ses proxy du M23 qui viennent de prendre la cité de Bunagana à la frontière avec l’Ouganda après des assauts infructueux quelque temps avant dans le Rutshuru, le Député national élu de Masisi Justin Ndayishimiye a, lors de la plénière du 19 mai 2022, exprimé la crainte d’une attaque à partir de son fief par des éléments armés identifiés au M23 de plus en plus nombreux dans le PE 4731 appartenant à SMB (Société Minière de Bisunzu).

En tenue de la Police nationale, ces éléments, auteurs de plusieurs exactions à l’endroit de la population locale, sont dissimulés parmi les policiers commis à la garde de cette concession amputée à celle de SAKIMA (Société Aurifère du Kivu et du Maniema) en 2000 et attribuée comme butin de guerre par le RCD, dont le CNDP et le M23 sont des excroissances. Une commission d’enquête parlementaire est en vue aux fins d’aller palper du doigt la réalité sur le terrain pour des vives recommandations au Gouvernement.

L’Est de la RDC est en ébullition à la suite du dernier développement de la situation sécuritaire avec l’avantage pris sur les FARDC dans la cité de Bunagana, à la frontière avec l’Ouganda, par les terroristes du M23, soutenus par le Rwanda qui tire des énormes bénéfices financier et géostratégique en contrôlant la province du Nord-Kivu (SLATEAFRIQUE.COM, «Pourquoi le Rwanda ne veut pas lâcher l’est de la RDC, 29/11/2012). Cela après quelques revers subis dans le Rutshuru.

En attendant l’initiative des FARDC pour reprendre le terrain perdu probablement avec l’appui de l’Ouganda qui semble ne s’être jamais départi de sa détermination à rendre l’Est moribond de la RDC en zone d’influence commerciale (Philipe BIYOYA M., cité in ELIKIA M’BOKOLO, Elections démocratiques en RDC : dynamiques et perspectives, OIF/PNUD, 2010), et le déploiement diplomatique du Gouvernement congolais dont la cause semble trouver échos sur le plan international, une autre contrée de l’Est, le Masisi, est dans le viseur des ennemis de la RDC. Sans ambages, le Député Justin Ndayishimiye l’a déclaré avec véhémence du haut de la tribune de l’Assemblée nationale lors de la plénière du 19 mai dernier. Dans une motion d’information, il a, tout en déplorant l’érection de plusieurs barrières illégales dans son fief- ce qui expose la population à moult tracasseries – alerté sur la présence de plus en plus nombreuse d’hommes armés dans les mines de Bibatama couvertes par le PE 4731. Et de soutenir : «Plusieurs combattants dans le Masisi sont identifiés comme ayant appartenu au M23. Ils sont désormais visibles, habillés en tenue de la Police nationale».

A propos de ce camouflage, dont la COOPERAMMA (Coopérative des Artisans miniers du Masisi) a administré en mars dernier la preuve à l’Auditorat Général Militaire de Kinshasa en produisant la liste desdits policiers irréguliers, le Commandant second de Police nationale/Province du Nord-Kivu, le colonel Van Kasongo Ngoy, est rappelé à Kinshasa par la hiérarchie (Cfr Lettre du Général Dieudonné Amuli Bahigwa, Commissaire Général de la PNC du 08/04/2022). Il est accusé d’avoir injecté dans les rangs de la police commis à la garde de SMB des faux policiers parmi lesquels des jeunes recrutés au Rwanda.

Au regard de ce tableau de plus en plus sombre, le Député national Justin Ndayishimiye craint une nouvelle attaque du Nord-Kivu à partir du PE 4731, à Rubaya. Il pense que l’équivoque doit être levée sur la question du financement des groupes armés, dont le M23, toujours actifs. Il établit ainsi une connexion entre SMB et M23.

Pour l’élu du Masisi, qui dénonce le fait qu’une équipe du Conseiller Spécial du chef de l’Etat en matière de sécurité ait été empêchée par lesdits policiers d’accéder dans le PE 4731, un ilot de 36 carrés amputé au PE 76 de SAKIMA, réduit présentement à 324 carrés, le début de la solution dans cette partie de la République se trouve dans la déchéance du titre minier de SMB. A l’en croire, ce titre a été non seulement attribué à SMB comme butin de guerre par le RCD, dont le patron Edouard Mwangachu Hizi était une des têtes couronnées et dont les liens avec le CNDP, puis le M23, sont avérés, mais il est aussi au cœur de l’insécurité qui sème la désolation parmi la population du Masisi.

Pour mémoire, trois corps des fils du Masisi fauchés depuis juin 2019 par la tristement célèbre garde de SMB sont sans sépulcres, car gardés à la morgue de l’Hôpital Général de Goma. Malgré les jugements rendus aux 1er et 2ème degrés à Goma, voire à la Cour de cassation, les responsables de SMB ne sont nullement inquiétés.

Vivement la Commission d’enquête parlementaire

La passe d’armes, qui a eu lieu lors de la plénière du 19 mai 2022 à l’Assemblée nationale entre les députés Justin Ndayishimiye et Edouard Mwangachuchu Hizi, a débouché sur la mise sur pied d’une Commission d’enquête parlementaire. Laquelle Commission devait être constituée avant la fin de la session parlementaire ce 15 juin. Sa mission : aller palper du doigt la réalité sur le terrain afin d’éclairer la lanterne de la représentation nationale en vue des éventuelles recommandations au Gouvernement dans la perspective de trouver l’issue à cette situation préoccupante qui prévaut dans cette partie de la République depuis des lustres.

En attendant que cette commission soit à pied d’œuvre, le Député Justin Ndayishimiye a voulu éclairer la lanterne de ses collègues sur la genèse et l’acquisition indue du PE 4731 par SMB à Rubaya. Dans sa livraison du 14 février 2020, le journal Le Phare, le retrace avec beaucoup plus d’à propos, à travers son article intitulé «Coltan : connexion avérée entre les mouvements rebelles et les groupes armés».

En effet, depuis l’invasion rwando-ougandaise sur fond de la guerre dite de libération menée par l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) en 1996, la RDC, plus particulièrement sa partie orientale, est loin d’être un oasis de paix. Des groupes armés, nationaux et étrangers, ainsi que des armées camouflées de certains pays qui écument cette partie du territoire national, continuent à y semer la mort et la désolation.

Au fil du temps, les motifs des parties belligérantes dans le conflit ont évolué (Rapport Mapping des N.U, Aout 2010). Et ces guerres de l’Est frisent la razzia à cause de l’immensité et de la variété des ressources dont regorge le pays ; lesquelles ressources font l’objet de convoitise et de compétition entre puissances et autres forces prédatrices (J. KANKWENDA MBAYA et F. MUKOKA NSENDA, La République Démocratique du Congo face au complot de la balkanisation, 2013, pp.17-18.).

Initialement (en 1996), l’implication des différentes parties au conflit était motivée essentiellement par des considérations politiques, ethniques et sécuritaires. Cependant, au cours de la deuxième guerre déclenchée en 1998 par le RCD/Goma, l’exploitation des ressources naturelles s’est avérée de plus en plus attrayante non seulement parce qu’elle a permis à ces groupes de financer leurs efforts de guerre, mais aussi du fait qu’elle a été pour un grand nombre de responsables politico-militaires le moyen de s’enrichir sur le plan personnel.

Les ressources naturelles sont donc devenues graduellement un élément moteur de la guerre et leur contrôle a été établi et maintenu par la force (Rapport Mapping des N.U). Ce qui a donné lieu, par l’imposition de systèmes de taxation formels ou semi-formels dans les sites miniers, au niveau des principaux axes routiers et aux frontières, de permis et de redevances, à des réquisitions fréquentes de stocks de minéraux et d’autres ressources.

Dans la perspective du retrait des armées étrangères (Rwanda, Ouganda) suite aux Accords de Lusaka et de Luanda conclus avec l’aide de l’Afrique du Sud et de l’Angola (30 juillet, 06 septembre 2002), d’autres systèmes plus organisés ont été mis sur pied, comme par exemple la création de sociétés écrans et de réseaux d’élite permettant aux armées dont question d’exploiter les ressources du Congo, en collaboration avec les groupes rebelles qu’elles appuyaient sans jamais apparaître en première ligne (Rapport du Groupe d’experts, 24/10/2002). Il a ainsi émergé, entre autres, dans la galaxie du RCD-Goma, en plus de Mme Aziza Kulsum Gulamali, trafiquante connue d’armes dans le conflit burundais nommée ainsi Directrice générale de SOMIGL (Société Minière des Grands Lacs) qui a rapporté au mouvement rebelle la bagatelle d’un million USD par mois, SMB, anciennement MHI, dont le véritable patron, Edouard Mwangachuchu Hizi, n’en était pas moins une tête couronnée.

Les intérêts d’Edouard Mwangachuchu Hizi vont l’aiguiller ensuite vers le CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple), énième mouvement rebelle soutenu par le Rwanda et devenu par la suite parti politique. Aussitôt après les élections générales de 2011 à l’issue desquelles il est élu Député national dans le Masisi grâce au vote imposé en sa faveur par les militaires du CNDP, Edouard Mwangachuchu Hizi est nommé Président de cette structure par  Bosco Ntanganda (Rapport d’étape du Groupe d’experts des Nations unies, Juin 2012), présentement à la CPI (Cour Pénale Internationale) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis précédemment en Ituri. Sous ce triste personnage protégé jadis par le Gouvernement Kabila, des unités majoritairement composées d’éléments du CNDP avaient été déployées dans les zones d’importance stratégique, dont le Masisi, pour garantir sa sécurité et ses intérêts économiques (Rapport d’étape du Groupe d’experts des Nations unies, Juin 2012). L’exploitation et la commercialisation des minerais, principalement du coltan, dont SMB jouissait du quasi-monopole, sont à compter parmi lesdits intérêts économiques à protéger dans le Masisi. 

Au regard sans doute de son positionnement politique sur l’échiquier national, parce que parlementaire, cette nouvelle aventure ne tente pas Edouard Mwangachuchu Hizi (Jason Stearns, «Repenser la crise au Kivu : mobilisation armée et logique du gouvernement de transition», in Politique africaine 2013/1, N°129, pp.23-49). Toutefois, ses bons rapports avec une partie de ses anciens alliés du CNPP devenus M23 lui permettent de jouer aux bons offices dans les négociations entre le Gouvernement et ces derniers (Nick Long, «DR Congo, Rwanda Agree on ‘’Partial Solution’’ to M23 Rebellion», 16/07/ 2012). Et dans sa livraison du 29 août 2012, le journal «Le Potentiel» notait : «Le président du CNDP Edouard Mwangachuchu, toujours Sénateur, demanderait au Gouvernement de comprendre ses amis rebelles du M23 en mettant en avant l’esprit de réconciliation, comme si c’est le gouvernement qui pose problème». 

La ruée vers le coltan : pourquoi le Rwanda ne veut pas lâcher l’Est du Congo ?

Dans ce nouveau tournant, il y a eu entretemps une ruée vers le coltan, dont le prix a flambé en 2000 rendant ce minerai plus attractif que tous les autres dans la partie orientale de la RDC (Rapport Mapping des N.U). En effet, avec un potentiel économique substantiel, le coltan s’avère hautement stratégique en ce que le tantale est indispensable à l’industrie aéronautique, aérospatiale et de défense, voire dans la téléphonie mobile et autres équipements électroniques (Ecole de la guerre économique, La guerre du coltan en RDC, Novembre 2008).

D’une part, le caractère lucratif de son exploitation a conduit à la militarisation des sites miniers et des régions les regorgeant, ainsi qu’à la propension de maintenir le contrôle celles-ci (Ecole de la guerre économique, idem). Conséquence : de graves violations des droits de l’homme et le coût de ce pillage, en termes de vies humaines, est énorme (Rapport Mapping). D’autre part, son caractère hautement stratégique a donné lieu à un affrontement entre puissances américano-européennes pour le contrôle de la filière assorti de celui de ses réserves. La RDC devient ainsi l’enjeu géostratégique de ces puissances qui raisonnent en termes des réserves. En effet, malgré les exportations brésiliennes et australiennes, le coltan de la région du Kivu représente 60 à 80 % des réserves mondiales de tantale et son coût d’exploitation reste faible (Ecole de la guerre économique, idem).

Point de doute. La RDC est en guerre suscitée par le contrôle des minerais stratégiques dont ses sol et sous-sol regorgent à l’Est par ces temps de transition énergétique dans le monde. Outre la guerre ouverte que mène le M23 par procuration pour le Rwanda ainsi que l’a noté de l’ONU (un récent tweet du porte-parole du SG de l’ONU), il y a une autre souterraine qui est économique. Cette dernière se joue sur plusieurs champs de bataille et place de la sorte la RDC sur une piste où se déroule la course au coltan pilotée par les Etats sans éthique (Ecole de la guerre économique, idem).

En plus des puissances américano-européennes qui se livrent une guerre qui ne dit pas son nom pour le contrôle des minerais stratégiques en RDC, il y a aussi des Etats africains qui n’entendent pas être marginalisés. Au premier rang de ceux-ci, il y a le Rwanda qui reste déterminé à transformer l’Est congolais moribond en zone d’influence politique (Philipe Biyoya). Ainsi que noté ci-haut, son régime tire des énormes bénéfices financier et géostratégique en contrôlant la province du Nord-Kivu (SLATEAFRIQUE.COM, idem).

Soutien du M23 à sa création après avoir tourné les pages du RCD et du CNDP, Kigali le soutient jusqu’à ce jour. Seulement voilà, les raisons qu’il avance à cet effet, à savoir la proximité des FARDC et des FDLR et les revendications du M23, déclaré mouvement terroriste et exclu des négociations de Nairobi, ne tiennent plus la route.

Combien des FDLR restent-ils dans le Nord-Kivu et de quelle puissance de feu dispose-t-ils 30 ans après leur venue au Congo ? C’est un secret de polichinelle que le Rwanda a occupé par deux fois l’Est de la RDC, en 1997 avec l’AFDL et de 1998 à 2003 avec le RCD, avec mission de nettoyer ces méprisables qui ont traversé de part en part la RDC et poursuivis même dans les pays voisins tels que la RCA et le Congo-Brazzaville. Non sans compter qu’un de ses ressortissants, le Général James Kabarebe, a été promu chef d’état-major général des FARDC par feu le président Laurent-Désiré Kabila. Puis, comment expliquer que ces rebelles qui ont été vaincus en 2013 et dont une poignée, 300 personnes environ, s’est réfugiée au Rwanda et en Ouganda, puissent se reconstituer, gonfler leur nombre et attaquer la RDC sans bases arrières dans les pays voisins ?

Avec l’avènement du président Félix Antoine Tshisekedi au pouvoir, les équilibres de pouvoirs et les alliances au niveau régional semblent avoir été basculés, ce qui a contribué, notamment, à exacerber en son temps les tensions entre le Rwanda et le Burundi qui s’accusaient mutuellement de soutenir des mouvements armés (Interview de Valeria Alfieri, chercheuse spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs à la Fondation Jean-Jaurès, le 18/10/2020). D’autre part, il y a d’autres pays comme le Kenya qui ont commencé à manifester des réels intérêts pour la RDC au point de se voir ouvrir le pays. Et la résurgence du M23 apparaît ainsi, selon le chercheur français Thierry Vircoulon (Son interview à RFI le 14/06/2022) comme un signal fort de Kigali à d’autres capitales, notamment Nairobi, qu’il reste incontournable dans le dénouement de la situation dans le Nord-Kivu.

L’Ouganda ne reste pas non plus en marge. Malgré la mutualisation des forces de l’UPFD et les FARDC et des accords d’ordre économique, Kampala reste aussi déterminé à transformer l’Est moribond congolais en zone d’influence commerciale (Philipe Biyoya).

Par devers ces deux pays, les Etats et ainsi que les organisations régionales africaines et sous- régionales de l’Afrique australe sont loin de renoncer à la tendance confirmée de leur soutien implicite à l’affaiblissement institutionnel congolais, ainsi qu’au piège du déclassement géopolitique du Congo (Philipe Biyoya). Ceux de l’Afrique centrale aussi. Cela expliquerait-il le récent accord entre le Congo-Brazzaville et le Rwanda où ce dernier se voit confier des terres en face de Kinshasa ?

Le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo est tenu de faire preuve de génie afin de sortir le pays de la nasse dans laquelle on veut l’enfermer. Disposer d’une armée forte, réformée, républicaine et bien équipée est une nécessité pour changer le rapport des forces dans la sous-région. Il importe aussi d’arriver à maîtriser le flux de la production minière en se rassurant des mains exploitantes. SMB rassure-t-elle ? C’est la préoccupation du Député Justin Ndayishimiye qui voudrait plutôt que le voile soit levé sur le financement des groupes armés dans le Masisi.

Qu’attendre de la Commission d’enquête parlementaire ?

Ainsi qu’il se dégage, le PE 4731 reste la pomme de discorde dans le secteur de Rubaya, dans le Masisi. La nouvelle guerre du Masisi, où l’insécurité bat déjà son plein, partira sans doute de concession où s’amassent de plus en plus, des éléments incontrôlés. Nul doute. L’enquête parlementaire projetée reste une des voies idoines pour solutionner ce double conflit foncier sur fond d’exploitation minière artisanale. C’est l’occasion pour l’Assemblée nationale, producteur des textes législatifs dont la rigueur doit s’imposer à tous, de prendre la mesure de la situation en débouchant sur des résolutions qui pourront permettre le Gouvernement de sortir de sa léthargie pour faire respecter la loi.

C’est aussi une occasion de réaliser la guerre économique qui est imposée à la RDC par des puissances, voire des pays voisins, aux fins de l’élaboration des politiques publiques adéquates permettant à la RDC de maîtriser le flux de ses minerais, d’améliorer ses exportations par des politiques fiscales incitatives et la recherche de la valeur ajoutée.

Tribune de P. Kaseraka Paluku

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Tribunes

« Nous devons investir dans nos guérisseurs » : la Dre Zolelwa Sifumba se porte à la défense des agents de santé de première ligne

by admin9775 15 juillet 2022
written by admin9775

La Dre Zolelwa Sifumba est une agente de santé, une survivante de la tuberculose multirésistante, une alliée du Fonds mondial et une militante de la santé mondiale en Afrique du Sud. Elle agit également à titre de représentante communautaire dans le dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre le COVID-19 (Accélérateur ACT). Par sa pratique de la médecine, elle a bien connu les défis auxquels sont confrontés les agents de santé de première ligne qui combattent le COVID-19. Elle nous fait part de son vécu et de sa mission : améliorer le sort des agents de santé partout dans le monde.

Je faisais mon service médical communautaire dans un hôpital du district rural de KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, lorsque j’ai appris l’arrivée du COVID-19 l’an dernier. J’ai eu la tuberculose multirésistante alors que j’étais étudiante en médecine il y a de nombreuses années ; je connais bien les dangers associés au manque de ressources dans les systèmes de santé. Cela a fait de moi une ardente militante pour l’amélioration des systèmes de santé. Quand il s’est avéré que les survivants de la tuberculose étaient considérés comme des personnes à haut risque, je suis devenue très anxieuse. Au fur et à mesure qu’on signalait de nouveaux patients présentant des symptômes du COVID-19 dans les petites villes environnant mon hôpital de district, je sentais l’étau se resserrer sur moi.

C’était terrifiant. Les images de l’étranger nous montraient des agents de santé portant une combinaison médicale complète pour se protéger contre le COVID-19. Ici, on nous avait remis des tabliers de base et des masques K95 – on ne trouvait déjà plus de masques N95. Je savais que nous n’avions pas l’espace suffisant pour accueillir le nombre de patients attendu dans les semaines à venir. Je me suis rendu compte que ça n’allait pas bien aller. J’avais peur d’être infectée par le COVID-19. J’ai fait part à la direction de l’hôpital de mes inquiétudes sur l’absence de protection adéquate des agents de santé, mais on m’a répondu que le personnel devait continuer à travailler comme d’habitude. Les éclosions de COVID-19 n’ont pas tardé à survenir parmi le personnel hospitalier.

De plus en plus de malades se présentaient à l’hôpital, et nous avons commencé à avoir des pénuries. Nous manquions d’équipements de protection individuelle (EPI), mais la directive pour les agents de santé était de continuer à s’occuper des patients, même sans la protection minimale. Nous avons aussi manqué d’oxygène pour traiter nos patients. C’était tragique de n’avoir que deux bouteilles d’oxygène pour autant de patients en hypoxémie, et de savoir que si l’on ne donnait pas d’oxygène à chacun d’entre eux, on allait en perdre au moins la moitié. Je voyais des malades admis à l’hôpital avec des saturations en oxygène à 20 %, et je me disais : « Nous n’avons pas assez de bouteilles d’oxygène, qu’allons-nous faire ? » Tellement de gens sont morts comme ça. Même certains des patients que nous avons mis sous oxygénothérapie sont morts, parce que n’arrivions pas à hausser suffisamment leur teneur en oxygène sanguin.

C’est un traumatisme accablant et omniprésent. C’est le traumatisme de ne pas être protégé soi-même, conjugué au traumatisme de ne pas avoir pu servir sa communauté adéquatement à cause des pénuries. C’est le traumatisme de savoir qu’autant d’agents de santé sont emportés par la pandémie à travers le monde, mais aussi que plusieurs s’enlèvent la vie parce qu’ils ne peuvent plus supporter le stress.

Cette situation m’a profondément affectée. Ma profession médicale m’occasionnait déjà des troubles d’anxiété depuis quelques années, et le COVID-19 est venu aggraver la situation. Mes craintes ont fini par se réaliser : j’ai contracté le COVID-19. J’étais fatiguée, je toussais, j’avais des maux de tête et de poitrine. Le simple fait de respirer demandait un surprenant effort. Ce fut une épreuve très difficile. J’ai été hospitalisée une fois pour une oxygénothérapie. Le traitement m’a aidée, mais j’ai attendu très longtemps pour l’obtenir. En fin de compte, j’ai pu louer une bouteille d’oxygène pour la maison, et mes amis et ma famille m’ont aidée pour les repas pendant que j’étais en quarantaine.

J’ai essayé de retourner au travail après ma convalescence, mais j’étais paralysée par l’anxiété. Je travaillais avec un équipement de protection de fortune, et j’ai réalisé que ça ne pouvait plus continuer comme ça. C’est en étant exposée sans protection adéquate que j’ai contracté la tuberculose multirésistante dans le passé. J’ai compris que mon rôle serait désormais d’essayer de changer le cours des choses. Au terme de mon service communautaire, j’ai quitté le front, car je savais que je ne m’en sortirais pas vivante si je ne prenais pas soin de moi. J’ai beaucoup souffert de quitter ce travail que j’aimais tant. Cependant, je savais qu’en tant que militante je pourrais user de ma voix et de mes contacts pour apporter un changement. Ma carrière en médecine a été un parcours de combattante. Aujourd’hui, ma vocation est de venir en aide aux agents de santé eux-mêmes.

Nous n’avons pas le droit de demander aux agents de santé de mettre en péril leur vie sans leur donner le minimum pour se protéger. On les applaudit, on les qualifie de « héros », mais c’est d’une aide structurelle dont ils ont besoin. Comment le monde peut-il s’attendre à vaincre le COVID-19, si on n’investit pas dans les infrastructures, si on n’investit pas dans nos guérisseurs? Il faut aussi continuer la lutte contre les autres pandémies. Les changements structurels profiteront non seulement à la lutte contre le COVID‑19, mais aussi à la lutte contre toutes les pandémies, y compris la tuberculose et le VIH.

Je prends la défense des agents de santé de première ligne, et je contribue à la prestation de services, comme l’approvisionnement en bouteilles d’oxygène. Les gens se demandent : « En quoi des bouteilles d’oxygène pour les patients bénéficieront-elles aux agents de santé? » Nous, les agents de santé, avons à cœur le bien de nos patients. C’est plus qu’un travail ! Voir guérir un patient que l’on croyait condamné est une immense source de joie et de réconfort.

J’ai créé ma propre organisation, Uxhaso Home of Hotep. Uxhaso signifie « soutien » en xhosa. Mon organisation procure aux agents de santé un espace où ils peuvent exprimer leurs besoins – qu’il s’agisse d’EPI, d’oxygène ou de soutien de toute autre nature – et où ils peuvent aussi raconter leur vécu, pour que les gens sachent ce que nous vivons. J’essaie d’établir autant de contacts que possible pour fournir des bouteilles d’oxygène aux agents de santé qui s’adressent à mon organisation. Par exemple, en collaborant avec des organismes du secteur privé, j’ai obtenu des dons d’oxygène pour des hôpitaux. J’ai beaucoup milité ces dernières années, et je peux maintenant mobiliser mon réseau pour plaider efficacement la cause d’autres personnes.

Ce sont nos guérisseurs qui nous aident à traverser cette crise. Qui pensera à leur guérison ?

Les agents de santé prennent des risques quotidiennement pour protéger nos communautés. Ils ont le droit d’être protégés. Pendant la riposte au COVID-19 en 2020, les agents de santé comptaient pour 14 % des cas signalés à l’OMS, et jusqu’à 35 % dans certains pays. Une enquête a révélé que 60 % à 80 % des établissements de santé en Afrique ne disposaient pas de suffisamment d’EPI pour protéger tous leurs agents de santé [1]. Le Fonds mondial codirige le connecteur de systèmes de santé et de riposte du dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre le COVID-19 (Accélérateur ACT). Il a alloué 791 millions de dollars US pour la fourniture d’équipement de protection individuelle (EPI) depuis le début de la pandémie, dans le but de protéger les agents de santé dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Le Fonds mondial est le premier organisme multilatéral subventionnaire des systèmes de santé, avec des investissements d’un milliard de dollars US par année dans l’établissement de systèmes résistants et pérennes pour la santé.

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Tribunes

Le rôle essentiel du secteur privé dans la lutte contre la tuberculose

by admin9775 15 juillet 2022
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La lutte contre la tuberculose est un parcours long et semé d’embûches. Depuis la création du Fonds mondial il y a 20 ans, le fardeau de la tuberculose n’a cessé de diminuer. Cependant, la tuberculose multirésistante représente toujours une lourde menace, et l’apparition du COVID-19 en 2020 a fait reculer des avancées obtenues après plusieurs décennies de lutte. Pour la première fois de notre histoire, les indicateurs clés de nos programmes ont enregistré des reculs et le nombre de victimes de la tuberculose a augmenté, en raison d’une forte augmentation des cas non diagnostiqués et non traités. La tuberculose fait plus 1,5 million de victimes chaque année, encore aujourd’hui. Rien qu’en Inde, cela représente environ 1 400 décès par jour.

Le COVID-19 nous a également appris qu’il était possible, voire essentiel, d’adapter les modèles de prestation de services, d’accroître la numérisation, d’adopter de nouveaux outils et d’investir davantage. Cet enseignement est non seulement porteur d’espoir, il est la preuve irréfutable que l’engagement du secteur privé, l’innovation et l’expertise technique sont les clés qui ouvriront la porte d’un monde libéré de la tuberculose.

Dans un grand nombre de pays lourdement touchés par la tuberculose, le secteur privé a toujours été le premier guichet d’accueil des personnes symptomatiques. Dans certains pays asiatiques, jusqu’à 70 % des patients consultent d’abord un fournisseur de soins de santé privé lorsqu’ils présentent des symptômes de la tuberculose. En plus des prestataires privés de soins de santé, les entreprises technologiques, avec leur capacité d’innovation, peuvent jouer un rôle fondamental dans l’évolution de la lutte contre la tuberculose.

Par exemple, l’utilisation de l’intelligence artificielle pour les diagnostics assistés par ordinateur est l’une des avancées révolutionnaires ayant émergé de la collaboration avec le secteur privé. Le Fonds mondial collabore avec des sociétés comme Microsoft, Qure.ai et Google Cloud Platform en Inde pour déployer cette technologie. Par exemple, avec les applications Qure.ai, il n’est plus nécessaire qu’un radiologue examine les radiographies pour l’obtention d’un diagnostic de tuberculose. La machine suffit à l’analyse. La disponibilité des radiologues étant l’un des principaux goulets d’étranglement du dépistage de la tuberculose, cette innovation approuvée par l’OMS a transformé notre façon de travailler et mis en évidence le rôle crucial du secteur privé dans la lutte contre la maladie.

L’intelligence artificielle figure dans les plans d’avenir de la lutte contre la tuberculose, et nous attendons d’autres innovations dans ce domaine. Des entreprises sont en train de développer des algorithmes capables de distinguer une toux normale d’une toux tuberculeuse, et cela révolutionnera notre mode de fonctionnement. Le manque de sensibilité des outils actuels de dépistage de la tuberculose est l’une des difficultés auxquelles nous nous butons quotidiennement. À l’heure actuelle, le diagnostic repose principalement sur l’observation des symptômes. Lorsque nous commencerons à y adjoindre les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle, le diagnostic passera à un niveau supérieur.

En matière de traitement, le secteur privé a joué un rôle clé dans le développement des outils numériques d’observance du traitement, qui servent à vérifier si les patients suivent bien leur traitement. En Inde, les technologies basées sur téléphone portable permettent de vérifier à distance si les patients observent leur schéma thérapeutique. Le Fonds mondial travaille avec les gouvernements et d’autres partenaires pour améliorer le traitement des patients en décentralisant le traitement de la tuberculose pharmacorésistante, traditionnellement assuré par les grands établissements de santé, vers les communautés et les foyers. En Géorgie, cette décentralisation passe notamment par le déploiement de l’application de suivi thérapeutique par vidéo AdhereTB, développée par le Centre national de lutte contre les maladies et de santé publique de Géorgie avec le soutien du Fonds mondial. L’application permet aux patients de gagner un temps précieux et d’économiser des coûts de transport. Les patients qui utilisent AdhereTB peuvent enregistrer et télécharger leurs vidéos au moment qui leur convient. Ils peuvent aussi voir la liste des médicaments qui leur ont été prescrits, ainsi qu’une description de chaque médicament et de ses éventuels effets secondaires.

Avant l’apparition du COVID-19, les patients atteints de tuberculose devaient, dans bien des pays, se rendre quotidiennement à leur établissement de santé local pour recevoir leurs médicaments. La pandémie a amené de nombreux pays à adopter un modèle de distribution de médicaments pour plusieurs mois. La technologie d’observance numérique, qui facilite le suivi du traitement, a rendu la chose possible. En fait, nous avons constaté que les communautés où cette technologie avait déjà été déployée étaient beaucoup mieux préparées à affronter les énormes difficultés qu’a posées le COVID-19 et y ont opposé une riposte plus rapide.

Avant le COVID-19, la numérisation du dépistage et du traitement de la tuberculose commençait à prendre de l’ampleur, mais très lentement. Le mouvement s’est accéléré à compter de 2020, et les investissements antérieurs dans la technologie numérique ont porté leurs fruits. Les pays ont été contraints d’agir promptement. En Inde, par exemple, les systèmes de santé se sont mis à recueillir et à mettre en ligne des données numériques en temps réel, alors qu’avant ils s’en remettaient principalement à une collecte annuelle de données sur la tuberculose. Tout d’un coup, il était possible d’avoir des informations sur les cas de la veille, alors qu’auparavant il fallait attendre les données pendant des mois.

Avec le recul, on constate que la pandémie de COVID-19 a constitué un point tournant dans la numérisation du dépistage et du traitement de la tuberculose. Elle a catalysé le développement de plateformes conçues pour la lutte contre la tuberculose, comme les activités de recherche des contacts, ainsi que l’utilisation des technologies d’observance numériques et le renforcement de la surveillance de la tuberculose en temps réel et cas par cas.

L’établissement de meilleurs systèmes d’information, plus intégrés, est primordial. Dernièrement, le Fonds mondial a formé un partenariat avec Microsoft Research et le Partenariat Halte à la tuberculose dans le but d’analyser le paysage des technologies numériques dans 20 pays à forte prévalence et d’y relever les lacunes. Nous travaillons avec ces pays et ces parties prenantes pour renforcer les systèmes basés sur ces technologies, intégrer les données parmi les plateformes et conduire à une prestation de soins centrés sur le patient plus rapide et complète. Voilà un excellent exemple de la contribution que le secteur privé peut apporter dans des domaines où il dispose d’un avantage comparatif : les solutions numériques. Notre aide financière, nos partenaires techniques et les capacités techniques du secteur privé, une fois combinés, constituent un puissant accélérateur du progrès pour les pays.

La tuberculose affecte principalement la population en âge de travailler. Ses conséquences sont souvent dévastatrices, car les personnes touchées se retrouvent dans l’incapacité de travailler. Le secteur privé peut donc jouer un rôle crucial en élaborant une approche responsable tout au long des chaînes de valeur et en élaborant des politiques et une structure de soutien adéquates en cas de pandémie. Ending Workplace TB est une coalition de multinationales soucieuses de la santé de leur personnel qui incite les directions d’entreprise à adapter leurs méthodes pour soutenir leurs employés et leurs fournisseurs atteints d’une maladie comme la tuberculose et s’assurer qu’ils ne subiront pas les conséquences catastrophiques d’une perte de revenu.

Nous avons collaboré avec Johnson & Johnson dans un projet de recherche de personnes atteintes de tuberculose manquant à l’appel. Son initiative de collecte de renseignements sur les habitudes de consommation a permis de cerner, à un niveau extrêmement détaillé, les motivations comportementales et culturelles derrière les cas de tuberculose qui manquent à l’appel en Indonésie. Historiquement, notre approche était résolument biomédicale. En utilisant les sondages auprès des consommateurs de nos partenaires du secteur privé, nous avons pu aborder la maladie sous un tout autre angle. 

Dans sa riposte au COVID-19, le monde a démontré qu’il pouvait rapidement mettre au point des outils pharmaceutiques, des diagnostics, des thérapies et des vaccins novateurs. Nous luttons contre la tuberculose avec des moyens vétustes, notamment un vaccin et des méthodes diagnostiques plus que centenaires. Les médicaments utilisés pour traiter la tuberculose pharmacorésistante sont encore très toxiques et partiellement efficaces. Il faut intensifier la recherche et le développement, car nous avons besoin d’un vaccin qui fonctionne pour tous les groupes d’âge, de meilleurs diagnostics au point de service et de schémas thérapeutiques plus courts et moins néfastes.

Voici mon appel au secteur privé : nous avons besoin plus que jamais de votre collaboration, de votre capacité d’innovation, de votre expertise et de vos investissements. Nous avons observé, avec le COVID-19, les conséquences économiques des maladies. Nous avons toujours su que le rendement des investissements dans la lutte contre la tuberculose serait énorme. Nous devons moderniser et révolutionner la lutte contre la tuberculose et atteindre nos objectifs à l’horizon 2030. Je suis convaincu que c’est en solide partenariat avec le secteur privé que nous y arriverons.

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