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Tribunes

À la UneTribunes

Décès du Général Norbert Likulia Bolongo : Jacques Djoli rend un vibrant hommage à son « mentor » et « père spirituel »

by admin9775 1 juillet 2026
written by admin9775

Le Rapporteur de l’Assemblée nationale, le professeur Jacques Djoli Eseng’Ekeli, a rendu un hommage appuyé au Général d’armée Norbert Likulia Bolongo, décédé le 25 juin 2026 en France à l’âge de 86 ans. Très ému, celui qui fut son assistant à l’Université de Kinshasa, son aide de camp et son conseiller a salué la mémoire d’un homme qu’il décrit comme un « baobab » de la République.

« Ce n’est pas une étoile qui est partie, mais une constellation qui s’en va », a déclaré Jacques Djoli, évoquant la disparition de celui qu’il considère comme son mentor et son père spirituel.

Selon le rapporteur de la Chambre basse, Norbert Likulia Bolongo incarnait à la fois l’excellence académique, la rigueur militaire, l’humanisme et le sens élevé de l’État.

Une carrière exceptionnelle au service de l’État

Né le 8 juillet 1939 à Basoko, dans l’actuelle province de la Tshopo, Norbert Likulia Bolongo rejoint la Force publique en 1958, peu avant l’indépendance du Congo.

Juriste de formation, licencié en droit après des études à l’École nationale de droit et d’administration (ENDA), il mènera parallèlement une brillante carrière universitaire. Professeur ordinaire à l’Université de Kinshasa, il est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence en droit pénal spécial, droit pénal militaire, criminologie, droit pénitentiaire et droit comparé, encore largement utilisés dans les facultés de droit en République démocratique du Congo.

Militaire, homme d’État et universitaire

Au sein des Forces armées, Norbert Likulia Bolongo atteint le plus haut grade militaire, celui de Général d’armée quatre étoiles.

Sa carrière politique le conduit à exercer plusieurs fonctions de premier plan, notamment secrétaire d’État à la Défense nationale et à la Sécurité, commissaire d’État aux Affaires foncières, administrateur des services de renseignements, vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et enfin Premier ministre, du 11 avril au 17 mai 1997, durant les dernières semaines du régime du maréchal Mobutu Sese Seko.

À la tête des services de renseignements, il initie une réforme visant à humaniser cette administration en transformant l’Administration nationale de documentation (AND) en Service national d’intelligence et de protection (SNIP).

Il est également reconnu pour avoir profondément restructuré l’Auditorat général des Forces armées, en contribuant à professionnaliser la justice militaire par l’intégration de nombreux juristes de haut niveau.

Jacques Djoli évoque un homme de convictions

Revenant sur leur rencontre en 1982 à la Faculté de droit de l’Université de Kinshasa, Jacques Djoli raconte avoir été repéré par le professeur Likulia alors qu’il suivait son cours de droit pénal spécial.

Par la suite, il deviendra son assistant, avant d’intégrer, sous son impulsion, la justice militaire, où il exercera comme officier et collaborateur direct du Général.

« C’était un noble. Un officier qui avait le sens du devoir, de l’excellence et de la loyauté », témoigne Jacques Djoli, soulignant la simplicité et l’humanité de son mentor, qui entretenait une proximité rare avec ses collaborateurs.

Une figure des années de transition

Jacques Djoli rappelle également le rôle joué par Norbert Likulia Bolongo au début des années 1990, lorsqu’il plaidait en faveur d’un dialogue entre le président Mobutu et l’opposition politique, notamment avec Étienne Tshisekedi, dans l’espoir d’une transition démocratique négociée.

Selon lui, le Général appartenait au courant des « colombes », favorable à une solution politique, par opposition aux « faucons » qui prônaient une réponse sécuritaire à la crise.

Rappelé au gouvernement en 1996 comme vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale, puis nommé Premier ministre en avril 1997, il prendra les rênes du pays alors que l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) progresse vers Kinshasa. Après la chute du régime de Mobutu, il s’exile en France avant de regagner la RDC en 2000.

« Un humaniste hors du commun »

Au-delà de ses responsabilités militaires, politiques et académiques, Jacques Djoli retient avant tout la dimension humaine de Norbert Likulia Bolongo.

« Il avait un sens extraordinaire de l’humain », affirme-t-il, estimant que l’ancien Premier ministre mérite les hommages de la Nation pour l’ensemble de son parcours au service de l’État.

Avec la disparition du Général d’armée Norbert Likulia Bolongo, la République démocratique du Congo perd l’une des figures les plus marquantes de son histoire contemporaine, à la fois militaire, juriste, universitaire et homme d’État.

Par Marius Bopenga
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Tribunes

Contenu local en RDC : la franchise, un levier pour transformer l’économie congolaise (Tribune)

by admin9775 28 juin 2026
written by admin9775

Dans une tribune publiée vendredi 26 juin 2026 , Edwine Endundo, directrice générale de Visco Congo et avocate d’affaires, estime que l’avant-projet de loi sur le contenu local offre à la République démocratique du Congo une occasion unique : faire de la franchise un moteur de l’entrepreneuriat, de l’investissement et de la création d’emplois.

Le texte en préparation élargit le champ d’application de la loi sur la sous-traitance dans le secteur privé. Il étend les conditions de citoyenneté capitalistique à de nouveaux secteurs et applique la politique de contenu local aux marchés initiés par le secteur public. Pour les investisseurs avertis, cette évolution était prévisible.

Selon la Directrice Générale de visco congo , les franchisés représentent une catégorie particulièrement attractive de clients PME. Leur intégration dans un réseau organisé réduit les risques liés à l’asymétrie d’information et facilite l’évaluation de leur performance. Dans plusieurs pays, les banques ont développé des produits financiers spécifiques pour financer les droits d’entrée, les investissements initiaux et le fonds de roulement des franchisés.

Dans un contexte où les banques congolaises cherchent de nouveaux relais de croissance tout en maîtrisant leurs risques, la mise en place d’un écosystème structuré de franchise pourrait constituer une classe d’actifs PME intéressante à accompagner.

La tribune rappelle que le Maroc, sans réglementation spécifique sur la franchise, a réussi à attirer plus de 700 réseaux entre 1997 et 2027. Plus de la moitié des enseignes implantées y sont européennes, 12 % américaines, et chaque point de vente emploie en moyenne sept personnes. Ce modèle démontre qu’un arsenal juridique dédié n’est pas indispensable pour soutenir le déploiement de la franchise.

Pour que la franchise devienne un levier économique en RDC, plusieurs conditions doivent être réunies :

  • Un alignement stratégique politique et économique, soutenu par une fédération nationale de la franchise.
  • L’identification des secteurs stratégiques selon leur potentiel d’employabilité.
  • Un régime douanier, juridique et fiscal cohérent, incluant la défiscalisation des royalties et la sécurisation des clauses de juridiction.
  • La structuration de mécanismes de financement, avec un rôle clé du Fonds de garantie de l’entreprenariat congolais (FOGEC).
  • La mise en place de programmes de formation pour les entrepreneurs.
  • Une communication nationale et internationale coordonnée sur les opportunités offertes par la RDC.

En conclusion, Edwine Endundo plaide pour que la franchise soit pleinement intégrée dans la stratégie de contenu local. Elle y voit une opportunité unique de stimuler l’entrepreneuriat, de renforcer l’investissement et de créer des milliers d’emplois, à l’image du succès marocain.

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Réforme constitutionnelle : Mathieu Ntolo Mutatayi accuse la CENCO de sortir de son rôle pastoral

by admin9775 28 juin 2026
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Dans une tribune publiée après le message des évêques de la CENCO du 19 juin 2026 sur le débat relatif à la révision de la Constitution, l’analyste politique Mathieu Ntolo Mutatayi critique la prise de position de l’épiscopat catholique. Se présentant comme catholique engagé, il estime que la Conférence épiscopale s’est éloignée de sa mission spirituelle en intervenant sur un débat qu’il considère comme relevant exclusivement des institutions démocratiques et du peuple congolais.


L’analyste politique Mathieu Ntolo Mutatayi a vivement réagi au message publié le 19 juin dernier par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), intitulé « La Nation est en péril ! Dressons nos fronts, prenons le plus bel élan ». Dans une longue tribune, il affirme que les évêques ont franchi la frontière entre leur mission pastorale et l’engagement politique.

Ancien séminariste devenu laïc engagé, l’auteur explique que sa démarche est motivée par son attachement à l’Église catholique et à la République démocratique du Congo. Selon lui, le respect de l’institution ecclésiale n’empêche pas de critiquer certaines prises de position lorsqu’elles s’écartent, à ses yeux, de la mission évangélique.

Mathieu Ntolo reproche notamment à la CENCO d’avoir exprimé un jugement sur l’opportunité d’une révision de la Constitution, estimant qu’il appartient exclusivement au peuple souverain et aux institutions compétentes de trancher une telle question. Il considère que plusieurs passages du message épiscopal relèvent davantage d’une appréciation politique que d’un enseignement moral ou spirituel.

L’analyste s’interroge également sur la portée du document signé par 37 évêques, alors que l’épiscopat congolais compte davantage de sièges épiscopaux. Sans tirer de conclusions sur les absences, il estime que la CENCO devrait clarifier publiquement si cette déclaration reflète la position de l’ensemble de l’épiscopat.

Dans son analyse, Mathieu Ntolo critique aussi les accusations formulées par les évêques concernant le climat politique et sécuritaire du pays. Il estime que des affirmations portant sur des violations des droits humains ou sur la répression de manifestations devraient relever d’enquêtes judiciaires et d’institutions compétentes plutôt que d’un communiqué ecclésiastique.

L’auteur exprime par ailleurs son inquiétude face à l’annonce, par la CENCO, de futures « actions concrètes » destinées aux agents pastoraux. Selon lui, cette formulation, qu’il juge imprécise, pourrait être interprétée comme un appel à une mobilisation politique susceptible d’accentuer les tensions dans un contexte national déjà marqué par les défis sécuritaires.

Sur le plan théologique, Mathieu Ntolo fonde son argumentation sur plusieurs textes du Concile Vatican II, notamment Gaudium et Spes, pour rappeler le principe d’autonomie entre l’Église et la communauté politique. Il cite également plusieurs passages bibliques afin de soutenir que la mission première des pasteurs demeure l’annonce de l’Évangile et l’accompagnement spirituel des fidèles, sans se substituer aux institutions civiles.

L’analyste reproche enfin à la CENCO d’avoir invoqué l’encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV dans son argumentaire. Selon lui, ce document pontifical est consacré à l’intelligence artificielle et à la dignité humaine, et ne saurait être utilisé comme fondement doctrinal d’une prise de position sur la réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo.

En conclusion, Mathieu Ntolo Mutatayi appelle les évêques à renouer avec ce qu’il considère comme leur vocation première : être des artisans de dialogue et de réconciliation pour l’ensemble des Congolais. Il affirme que le pays a besoin d’une Église capable de rassembler au-delà des clivages politiques, plutôt que d’apparaître comme un acteur engagé dans le débat institutionnel.

Par Marius Bopenga
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Tribune de Maman Ndombe : « Le 16 mai 1997, nous avons compris que le régime Mobutu était déjà tombé »

by admin9775 18 mai 2026
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l y a des journées qui résument à elles seules l’effondrement d’un système. Le 16 mai 1997 fut de celles-là. Ce jour-là, au dernier Conseil des ministres du gouvernement dirigé par le général Norbert Likulia Bolongo, tout indiquait déjà que le régime du maréchal Mobutu Sese Seko vivait ses dernières heures.

L’atmosphère dans la salle de réunion était lourde, tendue, presque irréelle. Les ministres, nerveux et agités, réclamaient leurs émoluments qu’ils n’avaient jamais perçus depuis leur entrée en fonction. L’État était à bout de souffle. Les institutions fonctionnaient encore en apparence, mais l’autorité et les moyens avaient déjà disparu.

Ce matin-là, le Premier ministre me demanda, en ma qualité de ministre de l’Économie, de me rendre à la Banque du Zaïre afin de retirer des fonds pour payer les membres du gouvernement et leurs cabinets. Pourtant, cette mission ne relevait nullement de mes attributions. Avant même mon départ, le ministre des Finances, Kasereka Kasai, déjà en contact avec le gouverneur de la Banque du Zaïre, me glissa discrètement à l’oreille : « Mama Ndombe, il n’y a plus rien à la banque. Les caisses sont vides. »

J’appelai malgré tout le gouverneur Jean-Claude Masangu Mulongo Ndjamboleka pour lui transmettre les instructions du Premier ministre. Sa réponse résonne encore dans ma mémoire. Il se contenta de rire avant de déclarer : « Mais maman Ndombe, ici il n’y a plus rien. »

À cet instant, le Zaïre n’était déjà plus qu’un État sans ressources, suspendu au-dessus du vide.

Lorsque je regagnai la salle du Conseil, une autre scène marquante se déroulait sous nos yeux. Le général Donat Mahele Lieko Bokungu tonnait contre le Premier ministre. Sa colère était celle d’un militaire abandonné par le pouvoir politique. Il reprochait au gouvernement de n’avoir jamais débloqué les moyens nécessaires pour soutenir les soldats engagés au front.

« Pourquoi un militaire irait exposer sa vie pour 100 dollars ? », lança-t-il avec amertume. « Croyez-vous qu’on peut gagner une guerre sans moyens ? Si vous ne voulez pas de cette guerre, dites-le-moi. »

Le Premier ministre tenta à plusieurs reprises de calmer le général, mais ce dernier poursuivit, visiblement bouleversé. Il évoqua une scène vécue la veille au camp Tshatshi, où il avait conseillé au président Mobutu de quitter Kinshasa, estimant ne plus être capable d’assurer sa sécurité. Selon ses propres mots, il avait même cru ne pas sortir vivant de cette confrontation avec l’entourage présidentiel.

Pendant ce temps, les ministres continuaient de réclamer leur argent, ignorant encore que les caisses de l’État étaient totalement vides. Le Premier ministre leur répétait simplement : « Maman Ndombe va vous servir. » Je lui fis alors parvenir une note écrite confirmant les propos du gouverneur Ndjamboleka : il n’y avait plus aucun fonds disponibles à la Banque du Zaïre. Mais cette vérité ne fut jamais communiquée officiellement aux membres du gouvernement.

Peu avant la fin de la réunion, le général Mahele, assis à mes côtés, me souffla discrètement en lingala : « Petite sœur, hier au camp Tshatshi c’était grave. La famille du président m’a insulté. Je ne pensais pas sortir vivant de là-bas. »

Ce furent les derniers mots que j’entendis de lui. Quelques heures plus tard, le général Mahele tombait sous les balles, emportant avec lui l’image d’un officier qui, jusqu’au bout, avait tenté d’éviter le chaos.

Dans l’après-midi, le Premier ministre me demanda de le rejoindre à sa résidence officielle, où se trouvait également le ministre des Finances. Nous avons dîné dans une atmosphère presque déconnectée de la réalité, alors que Kinshasa sombrait progressivement dans l’effervescence et la peur. Vers 16 heures, mon directeur de cabinet adjoint m’appela en urgence pour me demander de rentrer immédiatement chez moi : les forces de l’AFDL approchaient déjà de la capitale.

Je quittai la résidence sans revoir le Premier ministre, persuadée qu’il réglerait enfin la question des émoluments puisque le ministre des Finances était présent. Plus tard dans la soirée, j’appris qu’il avait lui aussi quitté les lieux sans revoir le chef du gouvernement.

Pendant ce temps, plusieurs ministres continuaient à m’appeler pour savoir si l’argent avait finalement été retiré de la banque.

La suite appartient à l’histoire.

Le lendemain, le régime s’effondrait. Le maréchal Mobutu quittait le pouvoir après plus de trois décennies de règne. Et dans le souvenir de cette journée du 16 mai 1997 demeure l’image saisissante d’un État vidé de ses ressources, d’un pouvoir incapable de répondre aux attentes les plus élémentaires de ses propres institutions, et d’une fin de règne qui se jouait déjà dans le silence des caisses vides.

Par Pascal Kabeya
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Samy Badibanga relance le débat stratégique sur les corridors Banana–Lobito et interpelle sur la souveraineté économique de la RDC

by admin9775 3 mai 2026
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L’ancien Premier ministre Samy Badibanga a relancé un débat stratégique majeur sur l’orientation des infrastructures économiques de la République démocratique du Congo, en mettant en garde contre une dépendance excessive au corridor de Lobito et en plaidant pour une priorisation du corridor de Banana comme axe structurant du développement national.

Dans une tribune publiée au lendemain du passage de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka à la Banque mondiale, l’ancien chef du gouvernement estime que le choix entre les deux corridors dépasse largement le cadre technique et engage directement le modèle de développement, la souveraineté économique et la sécurité territoriale de la RDC.

Pour Badibanga, la réponse est claire : « il ne s’agit pas d’un débat d’ingénieurs, mais bien d’un choix de modèle de développement ». Lors de son intervention à la Banque mondiale, Judith Suminwa a plaidé pour le redimensionnement du corridor de Lobito. Cette option, qui bénéficie déjà d’un soutien international, consiste notamment à réhabiliter la section ferroviaire Kolwezi–Dilolo, longue de 430 kilomètres, afin de faciliter l’exportation rapide des minerais congolais via le port angolais de Lobito. Une solution jugée pragmatique par certains partenaires, dans un contexte où l’Angola mobilise d’importants financements et expertises pour relancer cet axe stratégique.

Mais cette orientation n’est pas sans conséquences, avertit Samy Badibanga. Selon lui, faire du corridor de Lobito l’axe principal d’évacuation des ressources congolaises reviendrait à externaliser une part importante de la souveraineté économique du pays. Les minerais de la RDC risqueraient alors de continuer à alimenter l’industrialisation d’autres économies, sans transformation locale significative. L’ancien chef du gouvernement insiste : les ressources minières ne doivent pas être réduites à une simple rente à exporter. Elles doivent, au contraire, servir de levier pour structurer une économie nationale intégrée. Cela implique des investissements massifs dans les infrastructures de transport et d’énergie, notamment des voies ferrées performantes, des réseaux routiers, des plateformes multimodales et des centrales hydroélectriques, capables de soutenir à la fois une industrie compétitive et un secteur agricole à grande échelle.

Dans cette perspective, Badibanga met en avant le corridor de Banana, qu’il présente comme une alternative stratégique. Long de 3 300 kilomètres, cet axe pourrait relier plusieurs régions clés du pays, de Kisangani aux Kivu, en passant par le Katanga jusqu’à Kinshasa et favoriser une véritable intégration territoriale. Il permettrait également de développer des chaînes de valeur locales, en misant sur la transformation des matières premières sur le sol congolais.

Cependant, ce projet accuse un retard notable par rapport au corridor de Lobito. Un décalage que l’ancien Premier ministre attribue en partie aux trois décennies de conflits dans l’est du pays, lesquels ont affaibli les capacités d’investissement de l’État et fragilisé la cohésion nationale. Pour l’ex-PM, ce constat renforce justement l’urgence d’investir dans les infrastructures, considérées à la fois comme un moteur de développement mais aussi un outil de sécurité nationale.

Qu’on se le dise. Le temps est un facteur déterminant dans ce dossier. Badibanga souligne que les partenaires internationaux ont déjà orienté des financements significatifs vers le corridor de Lobito. En l’absence d’une stratégie claire et d’un plan décennal ambitieux de désenclavement plaçant Banana au centre, la RDC pourrait voir se développer des corridors économiques échappant à son contrôle direct. Les enjeux, selon lui, sont considérables : création de millions d’emplois, potentiel de centaines de milliards de dollars de PIB supplémentaires, mais aussi préservation de la souveraineté économique du pays. À défaut de décisions structurantes, le risque est celui d’un maintien durable dans un modèle d’exportation brute et de dépendance logistique.

Face à ces choix, Samy Badibanga appelle urgemment à l’organisation d’un large débat national associant les institutions, les experts, le secteur privé, les syndicats et la société civile. L’objectif est de « trancher clairement entre deux options, celle du raccourci pratique incarnée par Lobito, et celle d’un investissement de long terme dans des infrastructures nationales au service de la transformation économique ».

Aux yeux de l’ancien chef du gouvernement, la décision ne peut plus être différée. Elle engage, au-delà des considérations économiques, la capacité du pays à maîtriser son développement et à transformer ses ressources en richesse partagée.

Tribune

– Corridors de Banana et Lobito : ALERTE, l’avenir économique de la RDC en question –

La RDC est-elle en train de perdre son plus puissant levier de développement économique ? Nos minerais ne sont pas seulement une richesse exceptionnelle, ils sont notre principal vecteur de développement économique, d’aménagement du territoire source essentielle de prospérité, de sécurité et de souveraineté à long terme. Ce sont les minerais qui justifient et rentabilisent les investissements dans les infrastructures de transport et énergie, qui eux- mêmes constituent les fondations et la colonne vertébrale de notre développement économique et social.

Il est crucial de comprendre à quel point nous sommes aujourd’hui face à un choix qui déterminera notre avenir économique pour longtemps. Le corridor de Banana est la colonne vertébrale de notre développement économique. Lobito est un axe majeur de développement de l’Angola. Il ne manque au corridor de Lobito que la section ferroviaire de Kolwezi à Dilolo pour rejoindre le rail qui mène au port de Lobito en Angola. Le corridor de Banana, long de 3300 km avance également rapidement, sous l’impulsion du chef de l’Etat, mais accuse un retard notable par rapport à celui de Lobito. Les 30 ans de guerre d’agression à l’est n’y sont pas étrangers.

Dans le monde entier, les activités industrielles se développent toujours le long d’un axe d’infrastructures offrant une haute performance logistique et une énergie à bas coût.

C’est la réalité des plus grands corridors économiques mondiaux en Chine (Yangtsé), aux Etats-Unis (Great lakes) et en Europe (Banane Bleue). Sans infrastructures performantes de transport, il est impossible de développer la production agricole.

Or la RDC est déjà identifiée comme un des 6 pays (Brésil, RDC, Ukraine, Indonésie, Turquie, Australie) pouvant devenir une grande puissance agricole mondiale, à condition de disposer des infrastructures logistiques. Et pour l’énergie, nous avons tout le potentiel nécessaire d’hydroélectricité. Mais ce sont les minerais qui justifient la rentabilité des investissements massifs dans les infrastructures de transport et énergie, telles que les lignes ferroviaires, routes et plateformes multimodales, et les centrales hydroélectriques.

Si tous nos minerais quittent notre territoire vers l’Angola, nous risquons de perdre le levier qui justifie les investissements en infrastructures de transport- logistique et énergie qui permettront le développement industriel national. L’enjeu est immense car il s’agit de millions d’emplois et de centaines de milliards de dollars de PIB et d’investissements. Force est de constater que jusqu’à aujourd’hui, les partenaires internationaux ne se sont intéressés et n’ont financé que le corridor de Lobito. Et il ne s’agit pas seulement d’économie.

Le président de la République a dit le 8 avril que « chaque infrastructure doit être une pierre de plus posée à l’édifice de notre souveraineté économique et de notre puissance nationale ». Le corridor de Banana est la colonne vertébrale des infrastructures nationales, sur lequel pourront progressivement se connecter les autres provinces du pays, notamment Kisangani et les Kivus. Il faut rappeler que c’est l’absence d’infrastructures de transport-logistiques qui est précisément l’une des faiblesses et causes majeures de la guerre de 30 ans à l’Est. L’aménagement du territoire, et les infrastructures sont ainsi la condition sine qua none de notre sécurité et souveraineté.

La priorité à donner à notre développement national par le corridor de Banana mérite par conséquent un véritable débat national réunissant les élus, les économistes et spécialistes des infrastructures, les entreprises et les syndicats. Le risque est considérable puisque l’opportunité historique de saisir le levier de développement par nos minerais s’envole et qu’il va développer les corridors d’industrialisation des pays voisins. Il faut toujours se rappeler que personne ne défendra les intérêts de la RDC à notre place.

Au Katanga, choisir de développer et réhabiliter le rail qui mène de Kolwezi à la frontière angolaise à Dilolo, sur environ 430 km, c’est faire le choix d’une solution temporaire pour l’évacuation des minerais, qui risque de devenir une réalité à long terme.

A la place, construire une voie ferrée performante de Kolwezi au Kasaï, puis vers Kikwit et Kinshasa, c’est faire le choix de disposer de nos propres infrastructures de souveraineté et développe la multimodalité indispensable à la performance d’un corridor, ceci demeure la priorité des priorités, car c’est à partir de ces infrastructures que nous pourrons développer notre agriculture et les industries minières et agroalimentaires, sans compter la valeur ajoutée d’un secteur logistique puissant. Le général américain Eisenowher disait que «l es amateurs discutent de stratégie, les professionnels parlent de logistique ». Ouvrons sans tarder le débat de la logistique et mettons en œuvre en priorité un véritable plan décennal de développement de corridor économique et industriel sur notre territoire.

Samy BADIBANGA

Ancien Premier ministre

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Réformer la Constitution en RDC : une nécessité historique et souveraine (Tunda Ya Kasende)

by admin9775 31 mars 2026
written by admin9775

Un débat intense anime actuellement la République démocratique du Congo autour de l’opportunité de réviser ou de remplacer la Constitution du 18 février 2006. Cette discussion, loin d’être anodine, engage l’avenir institutionnel, politique et social de notre pays.

J’interviens dans ce débat à double titre : d’une part, en tant que témoin direct ayant participé aux assises de Sun City en février 2002, qui ont jeté les bases de cette loi fondamentale ; d’autre part, en tant que chercheur dont les travaux doctoraux ont porté sur la souveraineté et la gouvernance de la RDC.

Sur le plan des principes, rien, ni en théorie du droit ni en philosophie juridique, n’interdit à un État souverain de modifier ou de remplacer sa Constitution. Il serait d’ailleurs contraire à la logique démocratique qu’une génération impose indéfiniment ses choix aux suivantes. Comme le rappelle l’adage latin « Nemo populum in perpetuum obligare potest » : nul ne peut engager un peuple pour toujours. Toute réflexion sur une réforme constitutionnelle devrait s’inscrire dans cette évidence.

La RDC doit aujourd’hui adapter ses institutions à ses réalités propres. Son histoire, sa diversité ethnique et linguistique, l’étendue de son territoire, ses traditions de résolution des conflits — notamment sous l’arbre à palabres — ainsi que ses défis de développement exigent une approche contextualisée de la démocratie. Faute de quoi, nous risquons de fragiliser davantage notre souveraineté, notamment face aux intérêts extérieurs attirés par nos immenses ressources.

Il convient également de rappeler que la Constitution de 2006 est née d’un compromis entre anciennes forces belligérantes issues du dialogue intercongolais. À ce titre, elle peut être perçue comme une « Constitution des belligérants », façonnée dans un contexte de sortie de crise, avec l’implication d’acteurs étrangers.

Or, les objectifs assignés à cette Constitution n’ont pas été pleinement atteints. La paix reste fragile, particulièrement dans l’Est du pays, en proie à des conflits persistants. L’unité nationale demeure également inachevée, tandis que certaines entités échappent encore au contrôle effectif des institutions légitimes.

Sur le plan institutionnel, la complexité et le coût élevé de l’appareil étatique constituent un frein au développement. L’abondance des structures administratives et politiques, ainsi que l’importance des effectifs institutionnels, pèsent lourdement sur les ressources nationales. À titre de comparaison, des institutions plus légères ont, par le passé, permis l’adoption de réformes structurantes dans des domaines clés comme les mines, les investissements ou les forêts.

Dès lors, la RDC doit assumer pleinement son destin en se dotant d’un modèle de gouvernance adapté à ses réalités. Une réforme constitutionnelle bien pensée pourrait insuffler une nouvelle dynamique, en levant les blocages institutionnels et en favorisant l’émergence d’un État plus efficace, stable et prospère.

L’histoire constitutionnelle comparée montre que de telles réformes peuvent être décisives. En France, par exemple, les transitions vers les IVe et Ve Républiques ont permis de refonder l’État à des moments critiques de son histoire.

Depuis son accession au pouvoir, Félix Tshisekedi a manifesté sa volonté de répondre aux attentes de la population, notamment sur les plans sécuritaire, économique et social. Toutefois, face à l’ampleur des défis — en particulier dans l’Est du pays — des ajustements juridiques et politiques s’avèrent nécessaires pour accompagner efficacement les efforts de reconstruction et de développement.

En définitive, toute réforme constitutionnelle doit être portée par la volonté souveraine du peuple congolais, à l’abri de toute ingérence extérieure. Il ne s’agit pas d’un exercice académique, mais d’une réponse concrète aux aspirations profondes de la nation.

Dans cette perspective, il est essentiel que les Congolais se rassemblent autour d’une vision commune, orientée vers la construction d’un État plus juste, plus fort et véritablement au service de son peuple.


Maître Tunda ya Kasende Célestin (PhD)
Professeur et chercheur
Vice-Premier ministre honoraire et ancien ministre de la Justice

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Infractions numériques en RDC : Me Honoré Mvula Kabala appelle à renforcer les bases techniques de la justice digitale

by admin9775 5 mars 2026
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La récente communication du ministre de la Justice relative à la mise en œuvre des poursuites en matière d’infractions numériques marque une volonté claire de l’exécutif congolais de renforcer la lutte contre les abus commis sur les réseaux sociaux. L’initiative vise notamment à poursuivre systématiquement des faits tels que la diffusion de fausses informations, la diffamation, les injures, le harcèlement en ligne ou encore l’incitation à la haine.

Cette démarche traduit une préoccupation légitime : le cyberespace congolais ne peut constituer une zone de non-droit. Les libertés fondamentales, tout comme les responsabilités juridiques, doivent s’y appliquer avec la même exigence que dans l’espace physique. La protection de la dignité humaine, de la réputation des citoyens et de l’ordre public demeure une obligation pour l’État.

Cependant, l’efficacité d’une telle politique répressive ne saurait reposer uniquement sur l’affirmation d’une volonté politique, aussi déterminée soit-elle. En matière numérique, la question centrale reste celle de la preuve : son authenticité, son intégrité et sa traçabilité.

Dans l’environnement digital, les contenus peuvent être modifiés, manipulés ou supprimés avec une grande facilité. Dès lors, toute action judiciaire doit s’appuyer sur des mécanismes techniques solides permettant de garantir la fiabilité de la preuve électronique. Sans ces garanties, les procédures risquent de se heurter à des fragilités probatoires susceptibles d’affaiblir l’action publique devant les juridictions.

À cet égard, le Code du numérique de la République démocratique du Congo prévoit déjà plusieurs instruments structurants. Parmi eux figurent notamment l’autorité de certification ainsi que les dispositifs d’authentification sécurisée. Ces mécanismes ne sont pas accessoires : ils constituent le socle de la sécurité juridique dans l’écosystème numérique.

Une infrastructure de confiance numérique pleinement opérationnelle permettrait notamment d’assurer la certification des identités numériques, la fiabilité des signatures électroniques et la conservation sécurisée des preuves digitales. Autant d’éléments indispensables pour garantir que les poursuites engagées reposent sur des bases techniques incontestables.

La question dépasse donc le simple cadre de la répression. Elle renvoie à un enjeu plus large : celui de la souveraineté numérique de l’État congolais. Affirmer cette souveraineté implique non seulement de rappeler l’application de la loi dans l’espace numérique, mais aussi de mettre en place les infrastructures technologiques et institutionnelles capables d’en assurer l’effectivité.

Cela suppose également un investissement important dans la formation spécialisée des magistrats, des enquêteurs et des experts appelés à traiter les infractions numériques. La maîtrise des techniques de collecte, de conservation et d’analyse de la preuve électronique devient aujourd’hui une condition essentielle pour garantir l’efficacité de la justice dans l’univers digital.

De la même manière, la coopération internationale doit être renforcée afin de faire face aux infractions commises depuis l’étranger, phénomène fréquent dans le domaine du cybercrime.

La lutte contre la cybercriminalité constitue donc un chantier complexe qui exige une approche globale. Elle ne peut se limiter à l’énoncé de sanctions ou à la multiplication des poursuites. Elle doit s’inscrire dans une stratégie cohérente associant cadre juridique, infrastructures technologiques et renforcement des capacités institutionnelles.

C’est à cette condition que la répression des infractions numériques pourra s’exercer dans le respect du principe de légalité, de proportionnalité des peines et des droits de la défense, tout en garantissant une protection efficace des citoyens dans l’espace numérique.

Me Honoré Mvula Kabala
Chercheur en droit du numérique.

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François Rubota : « Vingt ans après, repenser l’esprit de la Constitution du 18 février 2006 »

by admin9775 21 février 2026
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Vingt ans après sa promulgation, la Constitution du 18 février 2006 continue d’alimenter débats et interrogations en République démocratique du Congo. À l’occasion de son vingtième anniversaire, célébré ce 18 février 2026, l’acteur politique François Rubota dresse un bilan critique de ce texte fondamental, adopté dans l’espoir de tourner la page d’une longue séquence de crises institutionnelles.

Depuis l’indépendance, proclamée le 30 juin 1960, le pays a connu des turbulences politiques récurrentes, marquées par la contestation de la légitimité des institutions et de leurs dirigeants. Cette instabilité a culminé durant les guerres ayant ravagé le territoire entre 1996 et 2003. C’est dans ce contexte que les forces politiques et sociales congolaises, réunies dans le cadre du Dialogue intercongolais, ont signé l’Accord global et inclusif le 17 décembre 2002 à Pretoria, en Afrique du Sud. Cet accord ouvrait la voie à un nouvel ordre politique fondé sur une Constitution démocratique, destinée à permettre au peuple de choisir souverainement ses dirigeants à travers des élections libres, pluralistes, transparentes et crédibles.

Quatre résultats majeurs étaient attendus de cette nouvelle architecture institutionnelle : mettre fin aux guerres récurrentes, résoudre la crise de légitimité, assurer l’alternance par des élections régulières et crédibles, et engager la reconstruction du pays.

Deux décennies plus tard, François Rubota estime que ces objectifs ne sont que partiellement atteints. Selon lui, l’esprit de la Constitution a été fragilisé par des violations répétées. Il observe que la RDC demeure confrontée à une guerre persistante, notamment dans sa partie orientale, ce qui traduirait l’incapacité du cadre constitutionnel à prévenir durablement les prises de pouvoir par la force.

Sur le plan politique, les cycles électoraux successifs n’ont pas mis un terme aux contestations. Les scrutins, comme les institutions qui en sont issues, continuent d’être remis en cause par une partie de la classe politique et de l’opinion, entretenant la crise de légitimité que la Constitution ambitionnait de résorber.

Dans l’Est du pays, malgré les efforts de reconstruction entrepris après les conflits successifs, la situation sécuritaire et humanitaire reste préoccupante. Pour François Rubota, ce constat illustre l’écart entre les promesses initiales du pacte constitutionnel et leur mise en œuvre effective.

Il s’interroge également sur l’application de l’article 64, qui consacre le devoir de tout citoyen de faire échec à toute prise de pouvoir par la force ou à l’exercice du pouvoir en violation des dispositions constitutionnelles. À ses yeux, la responsabilité de la classe politique est engagée dans la persistance des crises. Il estime en substance que si la gouvernance politique était plus respectueuse des principes constitutionnels, le pays ne serait pas plongé dans une insécurité durable.

Alors que certains évoquent l’idée d’une « conférence de Berlin 2 » pour redéfinir les équilibres territoriaux et que d’autres appellent à un nouveau dialogue global et inclusif, François Rubota rappelle que les conclusions de l’Accord de Pretoria ayant conduit à l’adoption de la Constitution actuelle ne sont, selon lui, pas respectées dans leur esprit.

Parvenue à ce qu’il qualifie de « majorité d’âge » constitutionnelle, la Loi fondamentale pourrait, selon lui, faire l’objet d’une réforme afin de mieux s’adapter aux réalités contemporaines du pays. Il cite notamment la révision de 2011 ayant instauré l’élection présidentielle à un seul tour, une disposition qu’il juge aujourd’hui sujette à débat.

Par Pascal Kabeya
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20 ans de la Constitution : Olivier Kamitatu défend l’esprit du texte et accuse ses fossoyeurs

by admin9775 19 février 2026
written by admin9775

Promulguée le 18 février 2006 par l’ancien président Joseph Kabila, à l’issue d’un référendum crédité de 84,31 % de suffrages favorables, la Constitution de la République démocratique du Congo célèbre aujourd’hui ses 20 ans.

Président de l’Assemblée nationale durant la transition (2003-2006), Olivier Kamitatu fut l’une des figures de proue de l’élaboration de cette loi fondamentale, issue des travaux du Dialogue intercongolais de Sun City.

Dans une tribune publiée ce 18 février, il est revenu sur les fondements et l’esprit du texte, estimant que la Constitution n’a pas failli, mais que ceux chargés de la faire respecter l’ont trahie.

« Celui qui veut changer la Constitution de 2006 ne veut pas améliorer la République. Il veut se débarrasser des limites que la République lui impose. On ne change pas les règles du jeu quand on a perdu la confiance du peuple. On rend les clés. »,

« Il faut le dire sans détour : la Constitution de 2006 n’a pas échoué. Ce sont ceux qui devaient l’appliquer qui ont trahi », écrit l’ancien ministre du Plan.

Dans un argumentaire pédagogique, il énumère les écarts entre les principes consacrés par la loi fondamentale et leur mise en œuvre par les régimes successifs. Il rappelle que la Constitution consacre la séparation des pouvoirs, alors que la pratique aurait instauré leur confusion. Elle prévoit la rétrocession de 40 % des recettes nationales aux provinces, mais celles-ci recevraient, selon lui, moins de 10 %. Elle proclame le caractère sacré de la personne humaine, tandis que les réalités évoquent massacres, misère et impunité. Elle institue un Premier ministre chargé de conduire la politique de la Nation, mais la pratique en aurait fait un simple exécutant de la présidence.

Dans la suite de sa tribune, l’actuel directeur de cabinet de Moïse Katumbi a également évoqué la fin du second mandat de l’ancien chef de l’État « Il fut grand, aussi, lorsque après avoir caressé la tentation de se maintenir au pouvoir au-delà du terme constitutionnel il a entendu le refus du peuple et n’a pas forcé le destin. D’autres, sur ce continent et ailleurs, ont fait ce choix funeste. Lui ne l’a pas fait. Et ce renoncement, quelles qu’en aient été les circonstances, mérite d’être inscrit à son crédit. »

Proche de Moïse Katumbi, Olivier Kamitatu dénonce une gouvernance qu’il qualifie de « petit despotisme », estimant que le problème ne réside pas dans le texte lui-même, mais dans le non-respect du serment constitutionnel par ceux qui exercent le pouvoir.

Il revient également sur l’épisode de 2015, lorsque, avec ses collègues du G7, il s’était opposé aux velléités de maintien au pouvoir de Joseph Kabila au-delà de ses deux mandats constitutionnels. Révoqué de ses fonctions de ministre du Plan, il dit avoir assumé ce choix comme un honneur. Il cite notamment Pierre Lumbi, Charles Mwando, Dieudonné Bolengetenge, Jean-Claude Kibala, Sama Lukonde et Moïse Katumbi parmi ceux qui avaient refusé de cautionner une révision jugée anticonstitutionnelle.

Il évoque aussi les mobilisations citoyennes qui ont coûté la vie à plusieurs jeunes Congolais, citant notamment Rossy Tshimanga et Thérèse Kapangala, tombés, selon lui, pour défendre l’intangibilité de l’article 220.

Le débat sur une éventuelle révision constitutionnelle demeure d’actualité. L’actuel chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, autrefois farouche opposant à toute modification destinée à prolonger le mandat présidentiel, avait évoqué fin 2024 la possibilité d’amender ou de revoir la Constitution, qu’il qualifiait d’« œuvre conçue à l’étranger ». Il avait annoncé la mise en place d’une commission pluridisciplinaire chargée d’examiner l’opportunité d’un tel changement, une initiative compliquée par la guerre impliquant l’Alliance Fleuve Congo/M23 dans l’est du pays.

Vingt ans après sa promulgation, la Constitution congolaise demeure ainsi au cœur du débat politique national, entre défense de son esprit originel et interrogations sur son adaptation aux défis contemporains.

Par Marc Etumba, correspondant à Kinshasa
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RDC – Rwanda – ONU : analyse critique et réflexion politique parÉric KambaAuteur-Chercheur  et Géostratège

by admin9775 9 janvier 2026
written by admin9775

La crise sécuritaire à l’Est de la République démocratique du Congo n’est plus une tragédie oubliée ni un conflit « complexe » sans responsables identifiables. Les faits sont aujourd’hui établis, documentés et reconnus au plus haut niveau international, notamment par le Conseil de sécurité de l’ONU. Pourtant, malgré deux résolutions claires et successives, l’agression se poursuit, les morts s’accumulent, les déplacés se comptent par millions, et l’impunité demeure.

1. Deux résolutions onusiennes sans ambiguïté… mais sans effet coercitif

La Résolution 2773 (février 2025) marque un tournant politique majeur. Pour la première fois de manière unanime, le Conseil de sécurité :
   •   exige le retrait immédiat des troupes rwandaises du territoire congolais,
   •   condamne explicitement l’offensive du M23 et la prise de villes stratégiques,
   •   demande au Rwanda de cesser tout soutien militaire aux rebelles, sur la base de rapports concordants d’experts de l’ONU,
   •   confie à la MONUSCO un rôle dans l’application d’un futur cessez-le-feu,
   •   soutient les efforts régionaux menés par l’Union africaine, la SADC et la Communauté d’Afrique de l’Est.

En décembre 2025, la Résolution 2808 prolonge le mandat de la MONUSCO et réitère mot pour mot les exigences de la résolution précédente, tout en constatant l’échec du cessez-le-feu et l’intensification des combats. Autrement dit : le Conseil de sécurité sait, condamne, mais ne contraint pas.

2. Doha : un accord vidé de sa substance par les faits

Le processus de Doha, signé sous médiation qatarie entre le gouvernement congolais et le M23/AFC, devait ouvrir la voie à une désescalade. Or, sur le terrain, les avancées rebelles ont continué, rendant l’accord fragile, voire illusoire.

L’expression « ne plus revenir sur Doha » traduit une lassitude légitime :
   •   lassitude face à des accords signés puis violés,
   •   lassitude face à une diplomatie circulaire où l’agresseur gagne du temps pendant que les civils paient le prix du sang.

Les résolutions onusiennes sont claires : les mécanismes existants doivent être appliqués, pas renégociés indéfiniment pendant que l’occupation progresse.

3. Pourquoi l’ONU ne contraint-elle pas le Rwanda ?

Trois raisons structurelles expliquent cette impuissance apparente :

a) Une ONU sans bras armé souverain

L’ONU ne dispose pas d’une armée propre. Toute action coercitive dépend d’un mandat robuste du Conseil de sécurité, souvent paralysé par des intérêts géopolitiques divergents entre grandes puissances.

b) Un conflit régional instrumentalisé

Le soutien rwandais au M23 est établi, tout comme l’existence d’acteurs armés congolais tels que les FDLR, souvent utilisés comme prétexte sécuritaire par Kigali. Cette complexité est exploitée pour diluer les responsabilités.

c) Une MONUSCO affaiblie

La MONUSCO opère avec :
   •   des moyens limités,
   •   un mandat politiquement contraint,
   •   une hostilité croissante sur le terrain,
ce qui la transforme davantage en force de contention qu’en instrument de dissuasion.

4. La responsabilité écrasante des États-Unis et de la communauté internationale

Le point le plus troublant – et le plus grave – réside dans l’attitude des États-Unis.
Washington a désigné publiquement et sans ambiguïté le Rwanda comme force motrice derrière le M23. Dès lors, une question s’impose :

Pourquoi cette reconnaissance politique ne se traduit-elle pas par une action ferme ?

Sous une administration se revendiquant de la force, de la dissuasion et du rapport de puissance, notamment celle de Donald Trump, l’argument du « manque de leviers » ne tient pas.
Les États-Unis disposent :
   •   de leviers diplomatiques,
   •   de leviers financiers,
   •   de leviers sécuritaires,
   •   et d’un pouvoir de sanctions ciblées redoutablement efficace.

Pourquoi ces outils ont-ils été utilisés contre le Venezuela, l’Iran ou la Russie, mais jamais sérieusement contre le Rwanda, malgré des résolutions onusiennes violées et des crimes documentés ?

5. Une guerre injuste, des crimes massifs, un silence complice

La guerre imposée à la RDC n’est pas une fatalité africaine. C’est une agression caractérisée, aux conséquences humaines dramatiques :
   •   milliers de morts,
   •   millions de déplacés,
   •   violences sexuelles systématiques,
   •   pillage organisé des ressources,
   •   destruction du tissu social.

Face à cela, le silence, l’inaction ou la prudence diplomatique excessive deviennent une forme de complicité.

Conclusion : taper sur la table ou assumer l’histoire

Le Rwanda défie ouvertement les résolutions de l’ONU.
L’ONU constate mais n’impose pas.
Les États-Unis savent mais hésitent.
La communauté internationale observe pendant que le Congo saigne.

Il est temps de poser une vérité simple et dérangeante :
si le droit international ne s’applique pas quand un pays africain est agressé, alors ce droit devient un outil sélectif, vidé de toute crédibilité.

Mettre fin à cette guerre ne relève plus de la diplomatie de communiqués, mais d’un choix politique clair.
L’histoire jugera sévèrement ceux qui, ayant le pouvoir d’arrêter l’injustice, auront choisi de ne pas « taper sur la table ».
Éric Kamba
Auteur – Chercheur – Géostratège
Analyste des questions africaines et des relations internationales.”

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