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Tribunes

À la UneTribunes

RDC : Jo M. Sekimonyo critique la stratégie de la BCC et appelle à une véritable architecture financière

by admin9775 4 septembre 2026

L’économiste politique Jo M. Sekimonyo porte un regard sévère sur la manière dont la Banque centrale du Congo (BCC) conduit certaines de ses réformes et communique autour de ses initiatives.

Dans une tribune, il estime que l’institution devrait davantage se concentrer sur sa mission fondamentale : renforcer la confiance dans la monnaie, discipliner le système financier et anticiper les transformations susceptibles d’affecter le crédit et l’économie productive.

Pour l’économiste, une banque centrale ne devrait pas fonctionner comme une institution essentiellement tournée vers sa visibilité publique. Il critique notamment ce qu’il considère comme une multiplication d’initiatives de communication, de consultations et d’événements institutionnels, au détriment d’une réflexion approfondie sur l’architecture financière du pays.

Une critique de la multiplication des banques spécialisées

Jo M. Sekimonyo affirme avoir précédemment proposé au gouvernement une architecture bancaire destinée à mieux orienter les capitaux vers les secteurs insuffisamment desservis par le système bancaire traditionnel. Il associe cette réflexion à son concept de « Capitalisme Congolisé : libre marché avec une main visible ».

L’économiste se montre en revanche critique à l’égard de la réponse institutionnelle qu’il attribue au gouvernement, qu’il décrit comme une tendance à créer des établissements spécialisés pour répondre séparément aux différentes difficultés économiques : agriculture, industrie, PME, jeunesse ou encore entrepreneuriat féminin.

Selon lui, le problème n’est pas nécessairement la spécialisation bancaire en elle-même, mais le risque de voir se multiplier les structures sans qu’une architecture cohérente du crédit, du risque et de l’investissement ne soit préalablement définie.

La réforme des paiements au cœur des interrogations

L’un des principaux points de la tribune concerne la politique engagée par la BCC pour réduire progressivement l’utilisation des devises en espèces et favoriser les transactions scripturales et numériques.

Jo M. Sekimonyo estime que cette orientation peut se justifier sur le principe, mais considère que sa mise en œuvre doit être précédée par la création d’un environnement technique et réglementaire suffisamment robuste.

Il cite notamment la nécessité d’une infrastructure de paiement fiable, d’une véritable interopérabilité entre banques, opérateurs télécoms et fintechs, d’une tarification accessible, de mécanismes de règlement et de liquidité adaptés ainsi que de solutions permettant d’assurer la continuité des paiements en cas de problèmes de connectivité ou d’électricité.

L’économiste redoute ainsi qu’une modification trop rapide des habitudes de paiement ne fasse peser des coûts disproportionnés sur les acteurs économiques, particulièrement dans un pays où une part importante des échanges reste informelle.

Nzimbu, une vision qui dépasse le portefeuille numérique

La tribune accorde également une place importante au projet Nzimbu, présenté par son auteur comme bien plus qu’un simple portefeuille numérique.

Selon Jo M. Sekimonyo, l’ambition du projet est de développer une architecture congolaise permettant de faciliter la circulation de la valeur entre les économies africaines, en réduisant les coûts, les intermédiaires et les frictions dans les paiements. À terme, il envisage Nzimbu comme un instrument susceptible d’acquérir une dimension monétaire et continentale.

Pour l’économiste, les difficultés rencontrées par les innovations de ce type révèlent un décalage entre l’évolution rapide des technologies et la capacité des institutions à adapter suffisamment vite leur cadre réglementaire.

Le véritable défi : l’intelligence institutionnelle

Jo M. Sekimonyo considère que les progrès technologiques ont considérablement réduit les barrières techniques à l’innovation financière. Intelligence artificielle, API, cloud, paiements par QR code, synchronisation hors connexion et tokenisation offrent désormais, selon lui, des possibilités qui étaient encore difficiles à envisager il y a quelques années.

Mais il estime que la question essentielle ne réside plus uniquement dans la technologie.

Elle concerne désormais la capacité des institutions à répondre à des questions fondamentales : qui peut émettre, qui assume le risque de liquidité, comment garantir l’interopérabilité, comment protéger les données, comment encadrer les frais et comment éviter qu’un système numérique ne conduise à une nouvelle concentration du pouvoir financier.

Pour lui, une réforme monétaire de grande ampleur doit également reposer sur un débat intellectuel et démocratique suffisamment approfondi, intégrant les risques, les effets économiques et les conséquences distributives des décisions prises.

Une critique plus large de la gouvernance publique

Au-delà de la BCC, l’économiste porte également un regard critique sur ce qu’il considère comme une culture de l’annonce au sein des institutions publiques congolaises.

Il dénonce la multiplication des lancements, ateliers, commissions, consultations et feuilles de route qui, selon lui, peuvent donner davantage de visibilité à l’action publique sans nécessairement garantir la solidité des réformes engagées.

Dans son analyse, ce phénomène serait lié à un déséquilibre entre la récompense politique immédiate associée à l’annonce d’une réforme et les coûts, souvent différés, liés à son exécution.

Pour une pensée économique davantage tournée vers le Congo

Dans la dernière partie de sa tribune, Jo M. Sekimonyo élargit son propos à la capacité des Congolais à produire leurs propres modèles économiques, technologiques et institutionnels.

Il estime que le pays dispose de compétences capables de concevoir des solutions adaptées à ses réalités et appelle à dépasser ce qu’il décrit comme un « complexe » consistant à considérer systématiquement la sophistication comme provenant de l’extérieur.

Sa conclusion revient ainsi à son idée centrale : pour moderniser son système financier, la RDC ne manquerait pas seulement de technologies ou de capitaux, mais aurait surtout besoin d’une intelligence institutionnelle capable de transformer l’innovation en politiques publiques cohérentes, inclusives et productives.

Jo M. Sekimonyo, économiste politique hétérodoxe et chancelier de l’Université Lumumba, signe cette tribune dans laquelle il appelle à repenser en profondeur le rapport entre technologie, politique monétaire, réglementation et développement économique en RDC.

Par Marius Bopenga
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4 septembre 2026
À la UneTribunes

Dialogue national en RDC : Adolphe Muzito plaide pour une refondation de l’État autour de trois priorités

by admin9775 31 août 2026

L’ancien Premier ministre et président de Nouvel Élan, Adolphe Muzito, propose de faire du dialogue national annoncé en République démocratique du Congo un véritable moment de refondation de l’État. Dans sa 37ᵉ tribune, il identifie trois priorités majeures : la refondation institutionnelle, la construction économique du pays et le renforcement de sa capacité de défense.

Pour Adolphe Muzito, le dialogue national ne devrait pas se limiter à un règlement des tensions politiques ou à un partage des responsabilités entre acteurs. Il doit, selon lui, répondre à trois défis fondamentaux auxquels la RDC est confrontée : se doter d’une Constitution définitive, combler son retard infrastructurel et préserver son unité ainsi que son intégrité territoriale.

L’ancien chef du gouvernement inscrit cette réflexion dans une ambition économique plus large. Il rappelle son objectif de voir le produit intérieur brut de la RDC atteindre environ 215 milliards de dollars à l’horizon 2035, avec une progression des ressources budgétaires propres vers près de 40 milliards de dollars.

Pour lui, cette ambition ne peut toutefois être réalisée sans un nouveau pacte constitutionnel, une cohésion nationale effective et une capacité militaire crédible.

Une nouvelle Constitution pour refonder les institutions

Le premier pilier proposé par Muzito est institutionnel. Il estime que le pays doit engager un processus permettant au peuple congolais de se doter d’une Constitution définitive, adaptée aux défis contemporains.

Dans son analyse, l’ancien Premier ministre considère que les différentes Constitutions appliquées au Congo depuis 1960 ont été marquées par des contextes de transition, de crises politiques, de conflits ou de compromis entre protagonistes. Il qualifie cette situation de « péché originel » du système constitutionnel congolais.

Il estime que le dialogue pourrait ainsi créer les conditions d’un processus qu’il souhaite transparent, inclusif et souverain, destiné à permettre au peuple de définir un nouveau pacte constitutionnel. Celui-ci devrait notamment renforcer la protection de l’unité nationale, stabiliser les institutions, clarifier les compétences entre les différents niveaux de pouvoir et renforcer les mécanismes de contrôle démocratique et financier.

Muzito insiste également sur la nécessité de préserver le pluralisme politique. Selon lui, la cohésion nationale ne doit pas conduire à la disparition de l’opposition ni du contrôle démocratique.

Il appelle notamment la majorité au pouvoir à s’engager à appliquer les textes relatifs au financement public des partis politiques et au statut de l’opposition, tout en considérant le recours aux armes comme incompatible avec les revendications politiques dans un État démocratique.

Transformer les ressources en infrastructures et en emplois

Le deuxième axe de sa proposition concerne le développement économique.

Adolphe Muzito estime que la RDC ne pourra véritablement devenir une puissance économique qu’en transformant ses ressources naturelles en infrastructures, capital humain, industries, emplois et recettes publiques durables.

Dans cette perspective, les ressources supplémentaires que le pays chercherait à mobiliser devraient notamment financer les routes, les chemins de fer, l’électricité, les ports, les aéroports, les infrastructures numériques, l’accès à l’eau, la santé, l’éducation, l’agriculture et l’industrialisation.

Pour financer cette transformation, Muzito ne mise pas uniquement sur les recettes fiscales. Il évoque également le recours à la dette extérieure, aux partenariats public-privé, à un fonds souverain ainsi qu’aux investissements étrangers, notamment ceux liés au partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis.

Mais l’ancien Premier ministre pose une condition : la dette doit être une « dette de construction » et non de consommation, avec une priorité accordée aux projets productifs et aux financements concessionnels à long terme.

Une armée capable de défendre le territoire

Le troisième pilier du projet concerne la sécurité.

Pour Muzito, le développement économique et la stabilité institutionnelle restent fragiles si l’État ne dispose pas d’une capacité crédible pour défendre son territoire. Il plaide ainsi pour une montée en puissance progressive des FARDC, accompagnée d’une réforme du commandement, de la formation, du renseignement, de la logistique, de la maintenance et des mécanismes de contrôle.

Parmi ses propositions figurent notamment une doctrine nationale de défense, un commandement unifié placé sous l’autorité civile, une meilleure maîtrise du renseignement et des frontières, le développement des capacités en matière de cybersécurité, de drones et de communications, ainsi qu’une industrie nationale de défense progressive.

Il insiste également sur l’amélioration des conditions sociales des militaires, notamment en matière de solde, de logement, de santé et de protection sociale, tout en plaidant pour une meilleure traçabilité des dépenses militaires.

Cette puissance militaire, précise-t-il, ne devrait pas avoir une vocation expansionniste. La finalité recherchée serait avant tout la dissuasion, la protection des frontières et la préservation de la paix.

Un dialogue qui ne doit pas devenir un partage de postes

Dans sa conclusion, Adolphe Muzito fixe sa conception du dialogue national : celui-ci ne devrait pas être un simple mécanisme de répartition des responsabilités politiques, mais un processus destiné à « fonder et construire la République » et à mobiliser la Nation autour de la défense de son intégrité territoriale.

Il propose notamment que les travaux aboutissent à un pacte républicain de défense de l’intégrité territoriale, à une feuille de route consensuelle pour une nouvelle Constitution, à un plan national de construction pour la période 2026-2035 et à un pacte national de réforme et de financement des FARDC.

Il souhaite également l’exécution effective des lois relatives au financement des partis politiques et au statut de l’opposition, ainsi que la création d’un mécanisme chargé de suivre l’application des engagements issus du dialogue.

À travers cette 37ᵉ tribune, Adolphe Muzito cherche ainsi à élargir le débat sur le dialogue national. Au-delà de la crise politique et sécuritaire actuelle, il propose d’en faire un instrument de transformation structurelle du pays, articulé autour d’un nouveau pacte institutionnel, d’un programme de développement économique et d’une stratégie nationale de défense.

Son ambition, résumée dans les dernières lignes de sa tribune, est de transmettre aux générations futures une Constitution légitime et définitive, un pays doté d’infrastructures structurantes et une Nation capable de se défendre.

Par Pascal Kabeya
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31 août 2026
À la UneTribunes

RDC : Carbone Beni et Jean-Jacques Lumumba plaident pour un dialogue national distinct du processus de Doha

by admin9775 19 août 2026

Alors que la République démocratique du Congo est confrontée à une crise sécuritaire, politique et institutionnelle persistante, Carbone Beni et Jean-Jacques Lumumba proposent de clarifier les objectifs et la méthode d’un éventuel dialogue national. Dans une tribune commune publiée lundi 17 août 2026, les deux acteurs de la société civile saluent l’ouverture du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo en faveur d’un dialogue inclusif, tout en appelant à ne pas confondre ce processus avec les négociations engagées à Doha.

Président du mouvement social Patriotes en Action pour l’Émergence de la République (PACTE), Carbone Beni, et président du Collectif Restitution Afrique (RAF), Jean-Jacques Lumumba estiment que les deux démarches doivent répondre à des problématiques différentes, mais complémentaires.

Doha consacré à la crise sécuritaire

Pour les deux signataires, le processus de Doha doit demeurer prioritairement consacré à la dimension sécuritaire de la crise congolaise et aux négociations avec l’AFC/M23.

Ils appellent à la poursuite de ce processus avec des garanties, des conditionnalités et l’implication des partenaires internationaux. La cessation des hostilités, la protection des populations civiles, le désarmement et la restauration de l’autorité de l’État figurent, selon eux, parmi les objectifs prioritaires de ces négociations.

À l’inverse, le dialogue national devrait s’attaquer aux causes internes qui fragilisent la République, notamment les fractures politiques, institutionnelles, sociales et économiques, ainsi qu’aux interrogations liées à l’avenir démocratique du pays.

Les deux acteurs préconisent donc de mener les deux processus simultanément, mais en maintenant une séparation claire de leurs missions.

Ils mettent notamment en garde contre toute confusion susceptible de transformer le dialogue politique en mécanisme de légitimation de la violence armée.

« Le dialogue national ne doit pas devenir un moyen de banaliser la rébellion armée ou de transformer la prise des armes en mode d’accès à la représentation politique », préviennent-ils.

Refuser un dialogue réduit au partage du pouvoir

Carbone Beni et Jean-Jacques Lumumba se déclarent favorables au dialogue national, mais refusent qu’il reproduise les mécanismes de précédentes conférences politiques centrées essentiellement sur le partage des responsabilités.

Ils saluent dans ce contexte les démarches entreprises par la CENCO et l’ECC pour rapprocher les différentes positions et contribuer à la recherche d’une issue politique aux fractures qui traversent le pays.

Pour eux, l’enjeu dépasse largement la recomposition des institutions.

« Si le dialogue consiste simplement à redistribuer des fonctions, recomposer des équilibres politiques, calmer momentanément les tensions ou préparer les prochains positionnements électoraux, nous aurons manqué l’essentiel », écrivent-ils.

Les deux signataires défendent ainsi un dialogue destiné à refonder le pacte national, plutôt qu’à redistribuer les cartes du pouvoir.

Une démarche qui doit partir de la base

Autre proposition majeure de leur tribune : l’adoption d’une méthode « ascendante ».

Selon eux, la réflexion sur l’avenir du pays ne peut être concentrée à Kinshasa et limitée aux acteurs de la classe politique. Les populations des différentes provinces doivent pouvoir exprimer directement leur perception des crises qui affectent la République.

Ils souhaitent notamment que les Congolais puissent identifier eux-mêmes les principales fractures du pays, faire connaître leurs difficultés, leurs attentes et leurs priorités.

« Les Congolais de toutes les autres parties du pays doivent pouvoir dire eux-mêmes ce qu’ils considèrent comme les principales fractures de la République, leurs difficultés, leurs attentes et leurs priorités », soutiennent-ils.

Le sommet national devrait ensuite prendre en compte cette expression du terrain pour déterminer les réponses politiques, institutionnelles et sociales appropriées.

Une inclusivité fondée sur la représentativité

Pour Carbone Beni et Jean-Jacques Lumumba, un dialogue véritablement inclusif ne doit pas nécessairement réunir plusieurs milliers de participants.

L’essentiel, selon eux, est que les principales composantes de la Nation soient réellement entendues et que les personnes appelées à participer aux discussions disposent d’une représentativité et d’une légitimité réelles.

Ils défendent ainsi une conception de l’inclusivité fondée davantage sur la représentativité que sur le nombre de participants.

« Le dialogue peut donc être sélectif dans sa représentation tout en demeurant national dans sa légitimité : moins de représentation de convenance ; davantage de représentation réelle du pays », affirment-ils.

Vers un nouveau pacte national

Les deux signataires souhaitent enfin que le dialogue aboutisse à des résultats concrets. Ils refusent qu’il se termine par une simple déclaration politique sans mécanisme de mise en œuvre.

Ils plaident pour un pacte national assorti d’engagements précis, d’un calendrier, de responsabilités clairement définies et de mécanismes de suivi.

Dans leur conception, le processus de Doha devrait contribuer à restaurer la paix et l’autorité de l’État, tandis que le dialogue national aurait pour mission de reconstruire la confiance entre les Congolais et de revoir les règles qui régissent leur coexistence politique et institutionnelle.

La proposition de Carbone Beni et Jean-Jacques Lumumba inscrit ainsi le débat sur le dialogue national dans une perspective plus large : non pas une nouvelle négociation de partage du pouvoir, mais une démarche destinée à reconstruire la confiance, corriger les fractures internes et refonder le pacte national congolais.

Par Marius Bopenga
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19 août 2026
À la UneTribunes

Patrick Nkanga : « Nous ne pouvons pas tirer les conclusions de l’échec d’un système que nous n’avons jamais pleinement appliqué »

by admin9775 13 août 2026

Le débat sur l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo ne devrait pas faire l’économie d’une question fondamentale.

La RDC a-t-elle réellement appliqué la décentralisation consacrée par sa Constitution ?

C’est l’interrogation centrale soulevée par Patrick Nkanga, rapporteur du bureau politique du PPRD, dans une nouvelle prise de position consacrée à la gouvernance du pays.

S’appuyant sur l’article 3 de la Constitution, qui reconnaît aux provinces et aux entités territoriales décentralisées la personnalité juridique, la libre administration et l’autonomie de gestion de leurs ressources, le responsable politique estime que le modèle congolais reste largement inachevé.

Une décentralisation constitutionnelle restée théorique

Pour Patrick Nkanga, le problème ne réside pas dans l’absence de fondement juridique. La Constitution a déjà consacré le principe d’un État unitaire fortement décentralisé.

Mais dans la pratique, soutient-il, le pouvoir demeure fortement concentré à Kinshasa.

Les provinces et les entités territoriales décentralisées ne disposent pas toujours des moyens financiers, institutionnels et administratifs nécessaires pour exercer effectivement les compétences qui leur sont reconnues.

« Décentraliser, ce n’est donc pas seulement transférer des compétences sur le papier », souligne-t-il. Il s’agit également de transférer les moyens permettant d’exercer ces compétences et d’établir une véritable responsabilité des autorités locales devant leurs populations.

Cette situation, selon lui, contribue à alimenter les frustrations et à affaiblir la présence effective de l’État dans certaines parties du territoire national.

Kinshasa, miroir des limites du système

L’ancien cadre du PPRD prend Kinshasa comme exemple de cette centralisation persistante.

Les communes administrent des populations considérables, mais restent, selon lui, privées de pouvoirs et de ressources à la hauteur des défis auxquels elles sont confrontées.

Les élus locaux devraient pourtant pouvoir définir leurs priorités, mobiliser les recettes qui leur reviennent légalement et conduire des politiques publiques adaptées aux réalités de leurs territoires.

C’est dans ce contexte que Patrick Nkanga affirme :

« Nous ne pouvons pas appréhender la gouvernance d’un pays tel que le Congo depuis le boulevard du 30 Juin. »

Pour lui, même Kinshasa ne peut être efficacement gouvernée depuis le seul centre politique du pays, encore moins un territoire national aux dimensions continentales et marqué par une telle diversité géographique et sociale.

La décentralisation face au fédéralisme

Patrick Nkanga établit également un lien direct entre l’échec de la décentralisation et la progression du discours fédéraliste dans une partie de l’opinion congolaise.

Il affirme ne pas être personnellement favorable au fédéralisme, mais dit comprendre les raisons qui poussent certains Congolais à défendre cette option.

Son argument est toutefois clair : avant de remplacer le modèle institutionnel actuel, il faudrait d’abord appliquer réellement celui que la Constitution a choisi.

Selon lui, il serait difficile de conclure à l’échec de l’État unitaire décentralisé alors que celui-ci n’a jamais été pleinement mis en œuvre.

La priorité devrait donc être de donner une véritable substance à la décentralisation : pouvoirs réels, ressources financières, capacités administratives et mécanismes de péréquation efficaces.

La Caisse nationale de péréquation au cœur de l’équilibre territorial

Dans cette architecture, Patrick Nkanga accorde une importance particulière à la Caisse nationale de péréquation, appelée selon lui à réduire les disparités entre les provinces et à favoriser un développement plus équilibré du territoire.

L’objectif serait de faire en sorte que la décentralisation ne crée pas davantage d’inégalités entre entités riches et pauvres, mais permette au contraire une redistribution des ressources publiques en fonction des besoins et des réalités locales.

Réformer l’État sans perdre de vue la crise

La réflexion de Patrick Nkanga intervient alors que la RDC traverse une crise sécuritaire et politique majeure.

Il refuse toutefois de présenter la décentralisation comme une réponse unique à l’ensemble des problèmes du pays. Les conflits intercommunautaires, l’insécurité et les difficultés de gouvernance ont, selon lui, des causes multiples.

Mais une administration locale dépourvue de moyens et de capacités d’action peut contribuer à aggraver ces crises, notamment lorsque l’État peine à prévenir les tensions, arbitrer les différends ou répondre rapidement aux préoccupations des populations.

D’où son plaidoyer pour mener deux batailles simultanément : résoudre la crise immédiate et réformer les structures qui permettent à ces crises de se reproduire.

« Répondre à l’urgence tout en construisant les institutions »

Pour le responsable du PPRD, la stabilisation de la RDC ne peut donc pas être dissociée d’une réforme profonde de sa gouvernance.

La priorité immédiate reste la résolution de la crise actuelle. Mais celle-ci ne devrait pas servir de prétexte à repousser indéfiniment les réformes institutionnelles.

Son approche repose ainsi sur un principe, répondre à l’urgence tout en construisant les institutions capables d’empêcher la reproduction des mêmes crises.

Dans cette perspective, la décentralisation ne serait plus une simple disposition constitutionnelle, mais un véritable instrument de gouvernance, de responsabilisation des autorités locales et de développement.

Le débat dépasse ainsi la seule opposition entre État unitaire et fédéralisme. Pour Patrick Nkanga, la véritable question est désormais de savoir si la RDC est prête à faire vivre réellement le modèle de décentralisation qu’elle s’est elle-même donné dans sa Constitution.

Par Marius Bopenga
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13 août 2026
À la UneTribunes

Débat sur le dialogue national et la Constitution : une tribune relance la controverse

by admin9775 4 août 2026

À mesure que le débat autour d’un éventuel dialogue national et d’une réforme constitutionnelle s’intensifie en République démocratique du Congo, les prises de position se multiplient au sein de la classe politique et de la société civile.

Dans une tribune largement relayée, son auteur estime que la Constitution de la RDC aurait déjà été mise à mal depuis la résurgence de la rébellion du M23 en 2021. Selon lui, les mécanismes de gouvernance instaurés dans les territoires contrôlés par l’AFC/M23 seraient contraires à la Constitution du 18 février 2006.

Il soutient notamment que la nomination des gouverneurs, la désignation de deux vice-gouverneurs, l’organisation de prestations de serment ainsi que le projet de République fédérale défendu par l’AFC/M23 et ses alliés constitueraient autant d’atteintes à l’ordre constitutionnel, rappelant que l’article 220 de la Constitution protège notamment la forme républicaine de l’État.

L’auteur de cette tribune estime dès lors qu’il existe une contradiction entre les critiques formulées contre un éventuel référendum constitutionnel et le silence observé, selon lui, face aux changements institutionnels imposés dans les zones sous contrôle de la rébellion.

Il affirme également que le recours au référendum permettrait de redonner directement la parole au peuple congolais, estimant que ceux qui affirment bénéficier du soutien populaire devraient accepter de le démontrer par les urnes plutôt que par des mobilisations de rue. Selon lui, il convient également de distinguer le débat sur un éventuel référendum de celui relatif à un troisième mandat présidentiel, rappelant qu’un mandat ne peut être obtenu que par voie électorale.

Réagissant aux conditions récemment avancées par le mouvement Sauvons la RDC, proche de l’ancien président Joseph Kabila, pour participer au dialogue national, l’auteur juge que ces exigences rappellent les négociations politiques ayant conduit à l’Accord global et inclusif de Sun City. Il s’interroge sur le coût humain des différentes crises qu’a connues le pays, évoquant les millions de victimes, les violences sexuelles, les déplacements de populations et les traumatismes laissés par des décennies de conflits.

Selon lui, aucune architecture institutionnelle, aussi inclusive soit-elle, ne pourra satisfaire l’ensemble des ambitions politiques. Il estime que la priorité devrait demeurer l’intérêt supérieur de la nation plutôt que les intérêts individuels ou partisans.

En conclusion, l’auteur rappelle que la paix, le respect de la Constitution et la cohésion nationale devraient constituer les principaux objectifs de tous les acteurs politiques. Profitant de la commémoration du Genocost, il exprime sa solidarité envers les victimes des conflits qui ont endeuillé la République démocratique du Congo et adresse ses condoléances aux survivants et aux familles touchées par ces violences, tout en appelant à privilégier durablement la paix et l’intérêt général.

Par Pascal Kabeya
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4 août 2026
À la UneTribunes

« Si les assureurs n’écoutent pas les 50 % de femmes qui peuplent le continent, ils ne vendront rien » (Evelyne Fassinou)

by admin9775 17 juillet 2026

Quarante ans d’assurance, dont une vingtaine passés au sein de groupes internationaux en Côte d’Ivoire, puis douze années à la tête d’une compagnie qu’elle a fondée elle-même avant de la fusionner avec un acteur de référence du marché béninois.

Le parcours d’Evelyne Fassinou, présidente du conseil d’administration de SUNU Assurances Vie Bénin, se confond avec plusieurs des grandes étapes de la structuration du secteur sur le continent. Invitée du plateau de Financial Afrik à Cotonou (Bénin) dans le cadre des États généraux de l’Assurance pour tous, elle livre, sans détour, le sujet qui l’occupe désormais — et qu’elle a fait sien : faire de l’assurance des femmes le levier d’un doublement du taux de pénétration de l’assurance en Afrique d’ici 2040, porté par le Pacte panafricain de l’assurance inclusive adopté le 8 juillet 2026 par la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF).

Quarante ans de métier, entre Abidjan, Paris et Cotonou

Le récit commence par un chiffre rond, acquiescé comme on accepte un aveu mi-prudent mi-fier : « Je suis assureur de métier depuis un certain nombre d’années — je ne dirai pas le nombre. » Quatre décennies qui se racontent en trois actes. Après des études de droit et d’assurance en France, la jeune diplômée choisit la Côte d’Ivoire : « J’ai commencé à travailler en Côte d’Ivoire où j’ai travaillé dans les groupes internationaux pendant une vingtaine d’années », dit-elle.

Au bout de ces deux décennies, le pas se fait plus entrepreneurial et plus personnel. La dirigeante décide de rentrer « dans une autre grande aventure », celle de créer sa propre compagnie d’assurance vie au Bénin. « J’ai dirigé cette société pendant 12 ans et c’est un projet qui a été vraiment structurant pour moi, qui a permis effectivement de voir que l’assurance peut se rapprocher de gens qui ne connaissaient pas l’assurance. » Mais pour permettre à la compagnie d’aller « encore plus loin », elle engage la fusion avec SUNU Assurances Vie, un acteur déjà présent sur le marché béninois, dont elle préside à ce jour le conseil d’administration.

En parallèle, six ans passés au bureau exécutif de la FANAF ouvrent un autre champ de vision : « Pendant 6 ans, la fonction de membre du bureau exécutif de la FANAF […] m’a permis de regarder d’un peu plus haut les problèmes de l’assurance africaine. »

Le déclic : ce que le terrain lui a montré sur la place des femmes

C’est dans le prolongement de cette expérience continentale que germe le sujet qui, depuis, ne la lâche plus. « Je me suis employée […] à surtout me pencher sur la problématique de l’assurance africaine et des femmes, qui est devenue une passion pour moi. »

Les missions de terrain, dit-elle, ont fait le reste. Quand on parle d’assurance vie, observe-t-elle, les familles qui en bénéficient témoignent aussi de ce qui manque. « Les femmes sont mises à l’écart. En tout cas, les assureurs ne vont pas vraiment vers les femmes avec des produits adaptés. »

D’où le combat qu’elle a choisi de mener, et qu’elle formule ainsi : « J’ai voulu […] montrer que les femmes ont leur réalité et qu’il faut les écouter, connaître leur réalité pour vraiment aller vers elles et leur donner la bonne solution d’assurance. »

Pour Evelyne Fassinou, le sujet n’a rien de philanthropique. C’est même, dit-elle, une condition de croissance sectorielle : « Si nous, assureurs, nous n’allons pas plus vers la clientèle féminine qui représente quand même 50 % de la population africaine, nous aurons du mal à développer l’assurance en Afrique. Donc ce n’est pas du social qu’on veut faire, c’est quelque chose de stratégique. »

Le Pacte panafricain, et la pression de la parole donnée

Ainsi, précise-t-elle, les travaux de Cotonou ne resteront pas lettre morte : « On sait que ces travaux vont déboucher sur un pacte panafricain de l’assurance inclusive. L’objectif premier de ce pacte, le président de la FANAF l’a dit à l’ouverture, c’est de consigner un engagement. »

Car le secteur a déjà vu passer, par le passé, de bonnes intentions sans suites : « On a eu des états généraux dans le passé où on a eu beaucoup de bons vœux, on a décidé de faire plein de choses, et on se rend compte que cinq années plus tard, rien n’a été fait. »

Cette fois, l’engagement chiffré existe, et il est net : « Le doublement du taux de la pénétration de l’assurance en Afrique d’ici 2040. Quand on sait que la moyenne dans nos pays c’est maximum 1 %, ça veut dire qu’au moins […] que tous les pays africains soient au moins à 2 % de taux de pénétration d’ici 2040. » Et de marteler la condition : « Effectivement, pour qu’on y aille, il ne faut laisser personne de côté. »

Nephthali Messanh Ledy

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17 juillet 2026
À la UneTribunes

Décès du Général Norbert Likulia Bolongo : Jacques Djoli rend un vibrant hommage à son « mentor » et « père spirituel »

by admin9775 1 juillet 2026

Le Rapporteur de l’Assemblée nationale, le professeur Jacques Djoli Eseng’Ekeli, a rendu un hommage appuyé au Général d’armée Norbert Likulia Bolongo, décédé le 25 juin 2026 en France à l’âge de 86 ans. Très ému, celui qui fut son assistant à l’Université de Kinshasa, son aide de camp et son conseiller a salué la mémoire d’un homme qu’il décrit comme un « baobab » de la République.

« Ce n’est pas une étoile qui est partie, mais une constellation qui s’en va », a déclaré Jacques Djoli, évoquant la disparition de celui qu’il considère comme son mentor et son père spirituel.

Selon le rapporteur de la Chambre basse, Norbert Likulia Bolongo incarnait à la fois l’excellence académique, la rigueur militaire, l’humanisme et le sens élevé de l’État.

Une carrière exceptionnelle au service de l’État

Né le 8 juillet 1939 à Basoko, dans l’actuelle province de la Tshopo, Norbert Likulia Bolongo rejoint la Force publique en 1958, peu avant l’indépendance du Congo.

Juriste de formation, licencié en droit après des études à l’École nationale de droit et d’administration (ENDA), il mènera parallèlement une brillante carrière universitaire. Professeur ordinaire à l’Université de Kinshasa, il est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence en droit pénal spécial, droit pénal militaire, criminologie, droit pénitentiaire et droit comparé, encore largement utilisés dans les facultés de droit en République démocratique du Congo.

Militaire, homme d’État et universitaire

Au sein des Forces armées, Norbert Likulia Bolongo atteint le plus haut grade militaire, celui de Général d’armée quatre étoiles.

Sa carrière politique le conduit à exercer plusieurs fonctions de premier plan, notamment secrétaire d’État à la Défense nationale et à la Sécurité, commissaire d’État aux Affaires foncières, administrateur des services de renseignements, vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et enfin Premier ministre, du 11 avril au 17 mai 1997, durant les dernières semaines du régime du maréchal Mobutu Sese Seko.

À la tête des services de renseignements, il initie une réforme visant à humaniser cette administration en transformant l’Administration nationale de documentation (AND) en Service national d’intelligence et de protection (SNIP).

Il est également reconnu pour avoir profondément restructuré l’Auditorat général des Forces armées, en contribuant à professionnaliser la justice militaire par l’intégration de nombreux juristes de haut niveau.

Jacques Djoli évoque un homme de convictions

Revenant sur leur rencontre en 1982 à la Faculté de droit de l’Université de Kinshasa, Jacques Djoli raconte avoir été repéré par le professeur Likulia alors qu’il suivait son cours de droit pénal spécial.

Par la suite, il deviendra son assistant, avant d’intégrer, sous son impulsion, la justice militaire, où il exercera comme officier et collaborateur direct du Général.

« C’était un noble. Un officier qui avait le sens du devoir, de l’excellence et de la loyauté », témoigne Jacques Djoli, soulignant la simplicité et l’humanité de son mentor, qui entretenait une proximité rare avec ses collaborateurs.

Une figure des années de transition

Jacques Djoli rappelle également le rôle joué par Norbert Likulia Bolongo au début des années 1990, lorsqu’il plaidait en faveur d’un dialogue entre le président Mobutu et l’opposition politique, notamment avec Étienne Tshisekedi, dans l’espoir d’une transition démocratique négociée.

Selon lui, le Général appartenait au courant des « colombes », favorable à une solution politique, par opposition aux « faucons » qui prônaient une réponse sécuritaire à la crise.

Rappelé au gouvernement en 1996 comme vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale, puis nommé Premier ministre en avril 1997, il prendra les rênes du pays alors que l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) progresse vers Kinshasa. Après la chute du régime de Mobutu, il s’exile en France avant de regagner la RDC en 2000.

« Un humaniste hors du commun »

Au-delà de ses responsabilités militaires, politiques et académiques, Jacques Djoli retient avant tout la dimension humaine de Norbert Likulia Bolongo.

« Il avait un sens extraordinaire de l’humain », affirme-t-il, estimant que l’ancien Premier ministre mérite les hommages de la Nation pour l’ensemble de son parcours au service de l’État.

Avec la disparition du Général d’armée Norbert Likulia Bolongo, la République démocratique du Congo perd l’une des figures les plus marquantes de son histoire contemporaine, à la fois militaire, juriste, universitaire et homme d’État.

Par Marius Bopenga
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1 juillet 2026
Tribunes

Contenu local en RDC : la franchise, un levier pour transformer l’économie congolaise (Tribune)

by admin9775 28 juin 2026

Dans une tribune publiée vendredi 26 juin 2026 , Edwine Endundo, directrice générale de Visco Congo et avocate d’affaires, estime que l’avant-projet de loi sur le contenu local offre à la République démocratique du Congo une occasion unique : faire de la franchise un moteur de l’entrepreneuriat, de l’investissement et de la création d’emplois.

Le texte en préparation élargit le champ d’application de la loi sur la sous-traitance dans le secteur privé. Il étend les conditions de citoyenneté capitalistique à de nouveaux secteurs et applique la politique de contenu local aux marchés initiés par le secteur public. Pour les investisseurs avertis, cette évolution était prévisible.

Selon la Directrice Générale de visco congo , les franchisés représentent une catégorie particulièrement attractive de clients PME. Leur intégration dans un réseau organisé réduit les risques liés à l’asymétrie d’information et facilite l’évaluation de leur performance. Dans plusieurs pays, les banques ont développé des produits financiers spécifiques pour financer les droits d’entrée, les investissements initiaux et le fonds de roulement des franchisés.

Dans un contexte où les banques congolaises cherchent de nouveaux relais de croissance tout en maîtrisant leurs risques, la mise en place d’un écosystème structuré de franchise pourrait constituer une classe d’actifs PME intéressante à accompagner.

La tribune rappelle que le Maroc, sans réglementation spécifique sur la franchise, a réussi à attirer plus de 700 réseaux entre 1997 et 2027. Plus de la moitié des enseignes implantées y sont européennes, 12 % américaines, et chaque point de vente emploie en moyenne sept personnes. Ce modèle démontre qu’un arsenal juridique dédié n’est pas indispensable pour soutenir le déploiement de la franchise.

Pour que la franchise devienne un levier économique en RDC, plusieurs conditions doivent être réunies :

  • Un alignement stratégique politique et économique, soutenu par une fédération nationale de la franchise.
  • L’identification des secteurs stratégiques selon leur potentiel d’employabilité.
  • Un régime douanier, juridique et fiscal cohérent, incluant la défiscalisation des royalties et la sécurisation des clauses de juridiction.
  • La structuration de mécanismes de financement, avec un rôle clé du Fonds de garantie de l’entreprenariat congolais (FOGEC).
  • La mise en place de programmes de formation pour les entrepreneurs.
  • Une communication nationale et internationale coordonnée sur les opportunités offertes par la RDC.

En conclusion, Edwine Endundo plaide pour que la franchise soit pleinement intégrée dans la stratégie de contenu local. Elle y voit une opportunité unique de stimuler l’entrepreneuriat, de renforcer l’investissement et de créer des milliers d’emplois, à l’image du succès marocain.

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28 juin 2026
À la UneTribunes

Réforme constitutionnelle : Mathieu Ntolo Mutatayi accuse la CENCO de sortir de son rôle pastoral

by admin9775 28 juin 2026

Dans une tribune publiée après le message des évêques de la CENCO du 19 juin 2026 sur le débat relatif à la révision de la Constitution, l’analyste politique Mathieu Ntolo Mutatayi critique la prise de position de l’épiscopat catholique. Se présentant comme catholique engagé, il estime que la Conférence épiscopale s’est éloignée de sa mission spirituelle en intervenant sur un débat qu’il considère comme relevant exclusivement des institutions démocratiques et du peuple congolais.


L’analyste politique Mathieu Ntolo Mutatayi a vivement réagi au message publié le 19 juin dernier par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), intitulé « La Nation est en péril ! Dressons nos fronts, prenons le plus bel élan ». Dans une longue tribune, il affirme que les évêques ont franchi la frontière entre leur mission pastorale et l’engagement politique.

Ancien séminariste devenu laïc engagé, l’auteur explique que sa démarche est motivée par son attachement à l’Église catholique et à la République démocratique du Congo. Selon lui, le respect de l’institution ecclésiale n’empêche pas de critiquer certaines prises de position lorsqu’elles s’écartent, à ses yeux, de la mission évangélique.

Mathieu Ntolo reproche notamment à la CENCO d’avoir exprimé un jugement sur l’opportunité d’une révision de la Constitution, estimant qu’il appartient exclusivement au peuple souverain et aux institutions compétentes de trancher une telle question. Il considère que plusieurs passages du message épiscopal relèvent davantage d’une appréciation politique que d’un enseignement moral ou spirituel.

L’analyste s’interroge également sur la portée du document signé par 37 évêques, alors que l’épiscopat congolais compte davantage de sièges épiscopaux. Sans tirer de conclusions sur les absences, il estime que la CENCO devrait clarifier publiquement si cette déclaration reflète la position de l’ensemble de l’épiscopat.

Dans son analyse, Mathieu Ntolo critique aussi les accusations formulées par les évêques concernant le climat politique et sécuritaire du pays. Il estime que des affirmations portant sur des violations des droits humains ou sur la répression de manifestations devraient relever d’enquêtes judiciaires et d’institutions compétentes plutôt que d’un communiqué ecclésiastique.

L’auteur exprime par ailleurs son inquiétude face à l’annonce, par la CENCO, de futures « actions concrètes » destinées aux agents pastoraux. Selon lui, cette formulation, qu’il juge imprécise, pourrait être interprétée comme un appel à une mobilisation politique susceptible d’accentuer les tensions dans un contexte national déjà marqué par les défis sécuritaires.

Sur le plan théologique, Mathieu Ntolo fonde son argumentation sur plusieurs textes du Concile Vatican II, notamment Gaudium et Spes, pour rappeler le principe d’autonomie entre l’Église et la communauté politique. Il cite également plusieurs passages bibliques afin de soutenir que la mission première des pasteurs demeure l’annonce de l’Évangile et l’accompagnement spirituel des fidèles, sans se substituer aux institutions civiles.

L’analyste reproche enfin à la CENCO d’avoir invoqué l’encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV dans son argumentaire. Selon lui, ce document pontifical est consacré à l’intelligence artificielle et à la dignité humaine, et ne saurait être utilisé comme fondement doctrinal d’une prise de position sur la réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo.

En conclusion, Mathieu Ntolo Mutatayi appelle les évêques à renouer avec ce qu’il considère comme leur vocation première : être des artisans de dialogue et de réconciliation pour l’ensemble des Congolais. Il affirme que le pays a besoin d’une Église capable de rassembler au-delà des clivages politiques, plutôt que d’apparaître comme un acteur engagé dans le débat institutionnel.

Par Marius Bopenga
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28 juin 2026
À la UneTribunes

Tribune de Maman Ndombe : « Le 16 mai 1997, nous avons compris que le régime Mobutu était déjà tombé »

by admin9775 18 mai 2026

l y a des journées qui résument à elles seules l’effondrement d’un système. Le 16 mai 1997 fut de celles-là. Ce jour-là, au dernier Conseil des ministres du gouvernement dirigé par le général Norbert Likulia Bolongo, tout indiquait déjà que le régime du maréchal Mobutu Sese Seko vivait ses dernières heures.

L’atmosphère dans la salle de réunion était lourde, tendue, presque irréelle. Les ministres, nerveux et agités, réclamaient leurs émoluments qu’ils n’avaient jamais perçus depuis leur entrée en fonction. L’État était à bout de souffle. Les institutions fonctionnaient encore en apparence, mais l’autorité et les moyens avaient déjà disparu.

Ce matin-là, le Premier ministre me demanda, en ma qualité de ministre de l’Économie, de me rendre à la Banque du Zaïre afin de retirer des fonds pour payer les membres du gouvernement et leurs cabinets. Pourtant, cette mission ne relevait nullement de mes attributions. Avant même mon départ, le ministre des Finances, Kasereka Kasai, déjà en contact avec le gouverneur de la Banque du Zaïre, me glissa discrètement à l’oreille : « Mama Ndombe, il n’y a plus rien à la banque. Les caisses sont vides. »

J’appelai malgré tout le gouverneur Jean-Claude Masangu Mulongo Ndjamboleka pour lui transmettre les instructions du Premier ministre. Sa réponse résonne encore dans ma mémoire. Il se contenta de rire avant de déclarer : « Mais maman Ndombe, ici il n’y a plus rien. »

À cet instant, le Zaïre n’était déjà plus qu’un État sans ressources, suspendu au-dessus du vide.

Lorsque je regagnai la salle du Conseil, une autre scène marquante se déroulait sous nos yeux. Le général Donat Mahele Lieko Bokungu tonnait contre le Premier ministre. Sa colère était celle d’un militaire abandonné par le pouvoir politique. Il reprochait au gouvernement de n’avoir jamais débloqué les moyens nécessaires pour soutenir les soldats engagés au front.

« Pourquoi un militaire irait exposer sa vie pour 100 dollars ? », lança-t-il avec amertume. « Croyez-vous qu’on peut gagner une guerre sans moyens ? Si vous ne voulez pas de cette guerre, dites-le-moi. »

Le Premier ministre tenta à plusieurs reprises de calmer le général, mais ce dernier poursuivit, visiblement bouleversé. Il évoqua une scène vécue la veille au camp Tshatshi, où il avait conseillé au président Mobutu de quitter Kinshasa, estimant ne plus être capable d’assurer sa sécurité. Selon ses propres mots, il avait même cru ne pas sortir vivant de cette confrontation avec l’entourage présidentiel.

Pendant ce temps, les ministres continuaient de réclamer leur argent, ignorant encore que les caisses de l’État étaient totalement vides. Le Premier ministre leur répétait simplement : « Maman Ndombe va vous servir. » Je lui fis alors parvenir une note écrite confirmant les propos du gouverneur Ndjamboleka : il n’y avait plus aucun fonds disponibles à la Banque du Zaïre. Mais cette vérité ne fut jamais communiquée officiellement aux membres du gouvernement.

Peu avant la fin de la réunion, le général Mahele, assis à mes côtés, me souffla discrètement en lingala : « Petite sœur, hier au camp Tshatshi c’était grave. La famille du président m’a insulté. Je ne pensais pas sortir vivant de là-bas. »

Ce furent les derniers mots que j’entendis de lui. Quelques heures plus tard, le général Mahele tombait sous les balles, emportant avec lui l’image d’un officier qui, jusqu’au bout, avait tenté d’éviter le chaos.

Dans l’après-midi, le Premier ministre me demanda de le rejoindre à sa résidence officielle, où se trouvait également le ministre des Finances. Nous avons dîné dans une atmosphère presque déconnectée de la réalité, alors que Kinshasa sombrait progressivement dans l’effervescence et la peur. Vers 16 heures, mon directeur de cabinet adjoint m’appela en urgence pour me demander de rentrer immédiatement chez moi : les forces de l’AFDL approchaient déjà de la capitale.

Je quittai la résidence sans revoir le Premier ministre, persuadée qu’il réglerait enfin la question des émoluments puisque le ministre des Finances était présent. Plus tard dans la soirée, j’appris qu’il avait lui aussi quitté les lieux sans revoir le chef du gouvernement.

Pendant ce temps, plusieurs ministres continuaient à m’appeler pour savoir si l’argent avait finalement été retiré de la banque.

La suite appartient à l’histoire.

Le lendemain, le régime s’effondrait. Le maréchal Mobutu quittait le pouvoir après plus de trois décennies de règne. Et dans le souvenir de cette journée du 16 mai 1997 demeure l’image saisissante d’un État vidé de ses ressources, d’un pouvoir incapable de répondre aux attentes les plus élémentaires de ses propres institutions, et d’une fin de règne qui se jouait déjà dans le silence des caisses vides.

Par Pascal Kabeya
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