Le travail réalisé par le Service National dans la lutte contre l’insalubrité mérite, à mon sens, d’être questionné. Les opérations de nettoyage menées dans certaines grandes artères de Kinshasa donnent une visibilité immédiate à l’action publique, mais elles ne semblent pas s’attaquer aux causes profondes du problème.
Balayer les principales artères de la capitale quelques jours par semaine avec des balais traditionnels peut contribuer ponctuellement à améliorer l’apparence des rues. Mais peut-on réellement considérer cette pratique comme une politique durable d’assainissement ?
Une réponse ponctuelle à un problème structurel
L’insalubrité à Kinshasa ne se résume pas à la présence de déchets sur les grandes artères. Elle résulte d’un ensemble de facteurs : absence ou insuffisance d’un système régulier de collecte des déchets, manque d’infrastructures adaptées, insuffisance des équipements, mauvaise gestion des dépotoirs, faible sensibilisation de la population et absence de mécanismes efficaces de contrôle et de sanction.
Dans ces conditions, les opérations ponctuelles de balayage risquent davantage de traiter les conséquences que les causes.
Le risque est également financier. À force de mobiliser d’importantes ressources publiques pour des opérations répétitives qui ne règlent pas durablement le problème, le Service National pourrait finir par engager des budgets considérables sans parvenir à améliorer structurellement le système d’assainissement.
« En 2026, nous balayons encore avec les mêmes balais »
Le contraste est particulièrement frappant dans une capitale de la taille de Kinshasa.
En 2026, alors que les villes modernes s’appuient sur des systèmes mécanisés de collecte, de tri, de traitement et de valorisation des déchets, Kinshasa continue, dans plusieurs opérations de nettoyage, à recourir essentiellement à des méthodes rudimentaires.
Le problème n’est évidemment pas le balai en lui-même. C’est l’absence d’une véritable chaîne moderne et permanente de gestion des déchets qui pose question.
Une opération de nettoyage peut rendre une rue propre pendant quelques heures ou quelques jours. Mais si les déchets continuent d’être produits sans système efficace de collecte et de traitement, l’insalubrité réapparaît rapidement.
Au-delà des opérations médiatiques
La multiplication d’opérations ponctuelles et leur forte visibilité médiatique peuvent donner l’impression d’une action soutenue. Mais une politique publique efficace ne devrait pas être évaluée uniquement à travers les images diffusées après une opération de nettoyage.
Le véritable indicateur devrait être la capacité à maintenir durablement les quartiers propres, à assurer la collecte régulière des déchets et à empêcher leur accumulation.
Autrement dit, l’assainissement ne doit pas être un événement ; il doit devenir un service public permanent.
Pour une véritable politique d’assainissement
Si la RDC veut réellement s’attaquer au problème de l’insalubrité, elle doit passer d’une logique d’opérations ponctuelles à une stratégie structurée et durable.
Cela suppose notamment :
- la mise en place d’un système régulier de collecte des déchets ;
- l’acquisition d’équipements modernes adaptés aux réalités urbaines ;
- la création et la modernisation des infrastructures de traitement et de stockage ;
- l’organisation du tri et, lorsque cela est possible, de la valorisation des déchets ;
- l’entretien permanent des caniveaux et des réseaux d’évacuation des eaux ;
- la sensibilisation des populations ;
- l’application effective des règles et des sanctions ;
- et surtout, une répartition claire des responsabilités entre l’État, les provinces, les communes et les opérateurs chargés de l’assainissement.
Le temps d’une politique à long terme
Le Service National peut certes contribuer aux opérations d’assainissement. Mais il ne peut, à lui seul et avec des méthodes essentiellement traditionnelles, résoudre un problème aussi complexe que celui de la gestion des déchets dans une mégapole comme Kinshasa.
La question n’est donc pas de savoir si les rues doivent être balayées. Elles doivent évidemment l’être. La véritable question est de savoir pourquoi, après des années d’opérations de nettoyage, la capitale reste confrontée aux mêmes problèmes.
Tant que les autorités privilégieront les actions ponctuelles au détriment d’un système permanent de gestion des déchets, l’insalubrité continuera de revenir.
Kinshasa n’a pas seulement besoin de personnes pour balayer ses rues. Elle a besoin d’une véritable politique d’assainissement, moderne, structurée, financée et évaluée sur ses résultats.
Par Pascal Kabeya
CONGO PUB Online





