Le sénateur républicain de Caroline du Nord, Thom Tillis, a lancé une attaque particulièrement virulente contre le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, qu’il accuse de mauvaise gestion et de fragiliser le fonctionnement des forces armées américaines.
La portée de cette critique est d’autant plus importante que Thom Tillis figure parmi les sénateurs républicains ayant voté en faveur de la confirmation de Pete Hegseth à la tête du Pentagone.
Dans un message publié sur X, le sénateur a livré un réquisitoire sévère contre la direction du département de la Défense.
« Je n’ai jamais été témoin d’une gestion aussi incompétente des hommes et des femmes courageux qui servent notre pays », a écrit Tillis.
Il accuse également Hegseth d’être « intimidé par la compétence » et de se réfugier dans les affrontements culturels plutôt que de se consacrer aux enjeux essentiels de la défense nationale ainsi qu’à la santé et au bien-être des militaires américains.
La démission de Dan Driscoll au cœur de la polémique
Les critiques de Tillis interviennent dans un contexte de tensions autour de la démission du secrétaire à l’Armée, Dan Driscoll. Son départ serait intervenu après plusieurs mois de désaccords avec Pete Hegseth, notamment concernant la mise à l’écart de plusieurs hauts responsables militaires.
Tillis a défendu Driscoll, qu’il a présenté comme « la bonne personne au bon moment pour diriger les soldats et les personnels civils de l’armée américaine ».
Le sénateur a surtout directement appelé le président Donald Trump à revoir la direction du Pentagone.
« J’exhorte le président à trouver un nouveau dirigeant au Pentagone qui conservera et donnera les moyens d’agir à nos talents militaires plutôt que de les diminuer », a-t-il déclaré.
Les départs de hauts responsables militaires inquiètent
Thom Tillis dénonce également ce qu’il considère comme une éviction systématique de responsables militaires expérimentés et respectés.
Il cite notamment le général Chris Donahue, commandant de l’armée américaine en Europe, l’ancien président des chefs d’état-major interarmées CQ Brown Jr., l’amirale Lisa Franchetti, première femme à avoir dirigé la marine américaine, le général David Allvin, ancien chef d’état-major de l’Air Force, ainsi que le général James Mingus, ancien vice-chef d’état-major de l’Armée.
Pour Tillis, ces départs ont contribué à créer un « vide de leadership au sommet de la hiérarchie militaire américaine », avec des conséquences potentielles sur l’efficacité opérationnelle et la continuité institutionnelle des forces armées.
La guerre des drones au centre des divergences
Le sénateur républicain s’est également inquiété de l’évolution de la stratégie américaine en matière de drones, devenue l’un des enseignements majeurs de la guerre en Ukraine.
Selon Tillis, Dan Driscoll et le général Randy George avaient engagé des efforts visant à adapter l’Armée américaine à la nouvelle réalité des conflits modernes, notamment en développant les capacités liées aux drones et en tirant les leçons des opérations observées en Ukraine.
Les changements intervenus dans certains programmes expérimentaux de drones en Europe alimentent désormais les interrogations de plusieurs responsables américains sur l’orientation prise par le Pentagone.
Des critiques qui viennent du propre camp de Hegseth
Thom Tillis n’est pas le seul républicain à avoir exprimé sa déception après le départ de Dan Driscoll. Le sénateur du Dakota du Sud Mike Rounds a également fait part de ses réserves.
« J’ai été déçu. Je pense que c’était quelqu’un de plutôt solide », a déclaré Rounds.
Il a par ailleurs insisté sur la nécessité pour les États-Unis de continuer à tirer les enseignements de l’utilisation massive des drones par l’Ukraine.
Le fait que les critiques les plus sévères viennent désormais du camp républicain confère une dimension particulière à la polémique. Thom Tillis, qui avait contribué à la confirmation de Pete Hegseth, appelle aujourd’hui ouvertement à une nouvelle direction au Pentagone.
Pour ses détracteurs, ces tensions dépassent désormais les traditionnelles divergences partisanes. Elles soulèvent des interrogations sur la gestion des hauts responsables militaires, la modernisation des forces armées et les priorités de la politique américaine de défense.
Reste à savoir si la contestation grandissante au sein du Parti républicain finira par pousser Donald Trump à revoir sa confiance envers Pete Hegseth.
Par Pascal Kabeya
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