Le Président rwandais Paul Kagame était de nouveau à Paris le 10 septembre 2026, à l’occasion du premier Sommet international de l’espace organisé à l’initiative d’Emmanuel Macron. Ce déplacement intervient dans un contexte diplomatique particulier, marqué par le durcissement de la position américaine à l’égard de Kigali sur son rôle dans le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo.
Selon le décompte rapporté par la presse, cette visite constituerait le cinquième déplacement officiel de Paul Kagame en France depuis le début de l’année. Le chef de l’État rwandais s’était notamment rendu à Paris en mars pour le sommet consacré à l’énergie nucléaire, puis à Chantilly fin avril pour la World Policy Conference. Il avait également effectué un déplacement en mai avant de revenir en France à l’occasion du sommet spatial.
Cette fréquence contraste avec la période, une quinzaine d’années plus tôt, où les relations entre Kigali et Paris étaient marquées par de fortes tensions diplomatiques.
Washington durcit le ton envers Kigali

Ces déplacements interviennent alors que les relations entre le Rwanda et les États-Unis connaissent un tournant. En mars 2026, Washington a pris des sanctions contre les Rwanda Defence Forces (RDF) et plusieurs hauts responsables militaires rwandais, les accusant de soutenir l’AFC/M23 dans l’est de la RDC.
Cette décision américaine constitue un sérieux avertissement pour Kigali, alors que Washington avait fortement investi ces dernières années dans la relation avec le Rwanda et dans son rôle diplomatique sur le continent africain.
Dans ce nouveau contexte, la multiplication des rencontres entre Paul Kagame et les autorités françaises apparaît comme un élément important de la stratégie diplomatique rwandaise. Paris reste en effet l’une des principales capitales européennes à maintenir un dialogue de haut niveau avec Kigali.
L’épineux dossier de l’aéroport de Goma

Cette proximité franco-rwandaise intervient toutefois sur fond de désaccord persistant concernant la situation dans l’est de la RDC, notamment autour de Goma.
L’aéroport de la capitale du Nord-Kivu reste fermé au trafic civil depuis la prise de la ville par l’AFC/M23. Emmanuel Macron avait pourtant appelé à sa réouverture et déclaré en 2025 que les efforts nécessaires n’avaient pas été réalisés par le mouvement rebelle.
Kigali a, de son côté, rejeté l’idée de conditions imposées de l’extérieur pour permettre la réouverture de l’aéroport. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, avait notamment renvoyé la responsabilité du blocage vers Kinshasa.
Paul Kagame avait lui-même défendu, dans un entretien à Jeune Afrique en avril 2026, le maintien de ce qu’il qualifie de « mesures défensives » rwandaises dans l’est congolais.
Une équation diplomatique de plus en plus délicate
Le dossier de Goma illustre ainsi les limites de l’influence française sur Kigali. Alors que Paris affirme régulièrement soutenir l’intégrité territoriale de la RDC et appelle à une désescalade dans la région, le Rwanda continue de défendre ses positions sécuritaires et militaires.
La multiplication des rencontres entre Emmanuel Macron et Paul Kagame pourrait dès lors être interprétée comme la volonté de Paris de préserver un canal de dialogue avec Kigali, au moment où Washington adopte une position plus coercitive.
Pour Kigali, ces échanges offrent également une tribune diplomatique importante à un moment où les sanctions américaines fragilisent une partie de son dispositif international.
Reste une question centrale : jusqu’où la France est-elle prête à aller pour maintenir ce dialogue avec le Rwanda tout en défendant ses engagements en faveur de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC ? Le dossier de Goma, toujours sans solution durable, constitue à cet égard l’un des principaux tests de la politique africaine d’Emmanuel Macron.
Par Pascal Kabeya
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