RDC : à Rome, le cardinal Ambongo plaide pour un dialogue inclusif et suscite des interrogations

Le cardinal Fridolin Ambongo a de nouveau défendu la nécessité d’un dialogue inclusif en République démocratique du Congo, estimant qu’aucune solution durable à la crise ne peut être construite en excluant les parties avec lesquelles le pays est en conflit. Une position qui relance le débat sur les limites du dialogue politique, notamment lorsque certains acteurs ont recours aux armes pour contester les institutions établies.

S’exprimant à Rome, le prélat a déclaré : « Un dialogue qui exclut ceux avec qui l’on est en guerre n’est pas un dialogue : c’est un monologue. » Pour lui, la paix suppose la capacité de parler avec ses adversaires, y compris ceux que l’on considère comme des ennemis.

Sans citer directement le président Félix Tshisekedi, le cardinal a insisté sur la nécessité de reconnaître l’adversaire comme un interlocuteur afin de parvenir à une solution durable à la crise congolaise.

Dialoguer avec les groupes armés, mais à quelles conditions ?

La position du cardinal soulève toutefois une question centrale dans l’opinion : comment promouvoir un dialogue inclusif avec des acteurs politiques ou militaires qui prennent les armes contre les autorités légalement établies ?

Pour une partie de l’opinion, le dialogue constitue un passage nécessaire pour mettre fin aux violences et éviter de nouvelles pertes humaines. Mais cette démarche ne devrait pas, selon cette sensibilité, conduire à banaliser la rébellion ni à faire abstraction de la responsabilité des acteurs dans le conflit.

Le défi consiste donc à concilier la recherche de la paix avec le respect de la souveraineté nationale, de l’ordre constitutionnel et du principe de responsabilité. Autrement dit, dialoguer ne signifie pas nécessairement renoncer à la justice ou accorder une légitimité politique automatique à ceux qui ont choisi la voie des armes.

Des réactions partagées dans l’opinion

Les réactions suscitées par la déclaration du cardinal Ambongo illustrent les divisions qui entourent la question du dialogue en RDC.

Certains internautes soutiennent son appel, estimant que les compromis se négocient avec les adversaires et non uniquement avec les alliés. D’autres rappellent que la recherche de la paix doit s’accompagner de conséquences pour ceux qui ont pris les armes contre leur propre pays.

Des commentaires interrogent également les modalités d’un éventuel dialogue, notamment la représentativité des participants et la place des principales figures politiques congolaises. D’autres, enfin, reprochent au cardinal de défendre une démarche qu’ils jugent susceptible de favoriser certains acteurs engagés dans le conflit.

La paix sans renoncer aux principes républicains

Au-delà des divergences, le débat porte sur une question fondamentale : quelles conditions doivent encadrer un dialogue national pour qu’il contribue réellement à la paix ?

L’inclusivité peut permettre de réunir les acteurs nécessaires à un règlement politique. Mais sa crédibilité dépend aussi des objectifs poursuivis, des garanties offertes et de la capacité à préserver les principes républicains.

L’appel du cardinal Ambongo remet ainsi au centre du débat la recherche d’un équilibre difficile entre l’ouverture au dialogue, le respect des institutions et l’exigence de justice. Car si la paix exige souvent des compromis, la question demeure de savoir comment les construire sans donner le sentiment que le recours aux armes constitue un moyen ordinaire d’accéder à la table des négociations.

Par Pascal Kabeya
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