La polémique sur l’accord de partenariat entre la RDC et les États-Unis prend une nouvelle dimension politique. Après la sortie critique de Mgr Fulgence Muteba, archevêque de Lubumbashi, et la réplique cinglante du gouvernement, la figure de l’opposition Olivier Kamitatu est entrée dans l’arène pour défendre le prélat et élargir le débat à la gestion sécuritaire du pays.
Kamitatu : « Attaquer l’archevêque, c’est insulter des millions de fidèles »
Dans un message publié sur X, le directeur de cabinet de l’opposant Moïse Katumbi a vivement réagi à la mise en cause de Mgr Muteba par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. Il a élevé le débat en présentant l’Église catholique comme la « conscience de la Nation ».
« Attaquer l’archevêque de Lubumbashi et président de la CENCO, c’est insulter des millions de fidèles catholiques », a écrit Kamitatu, rappelant le poids historique et moral de l’institution. Il a défendu les propos de l’évêque, les qualifiant de « message spirituel et citoyen » et insistant sur son appel à la paix : « Monseigneur Muteba a rappelé que le refus de la paix équivaut, aux yeux du Christ, au refus de Dieu ».
Le gouvernement maintient son démenti et propose un débat
Face à ces accusations, l’exécutif campe sur ses positions. Patrick Muyaya a réitéré son démenti catégorique : « Il n’existe ni accord de 99 ans, ni cession de ressources, ni perte de souveraineté ». Il a présenté le partenariat avec Washington comme une coopération « gagnant-gagnant » respectueuse des intérêts nationaux. Le gouvernement se dit toutefois ouvert à un échange public avec l’Église pour clarifier les termes de l’accord.
Kamitatu élargit la charge à la sécurité et à l’économie de guerre
Saisissant l’occasion, Olivier Kamitatu a porté la controverse sur le terrain sécuritaire. Dans une attaque plus frontale, il a accusé les autorités d’être responsables de la dégradation à l’Est :
- Affaiblissement de l’armée nationale (FARDC).
- Recours à des forces étrangères et tolérance envers des mercenaires.
- Transformation de la guerre en « enjeu économique » pour certains acteurs.
Il a aussi invoqué l’appel du pape François lors de sa visite en RDC contre « l’exploitation du continent », donnant une résonance internationale et morale à la critique. Pour Kamitatu, l’alerte de Mgr Muteba est avant tout un « appel à la vigilance et à la conscience nationale » dans un contexte où souveraineté et ressources sont en jeu.
Une crise qui cristallise les lignes de fracture
Cette escalade verbale dépasse la simple dispute sur un contrat. Elle cristallise trois fractures majeures :
- Gouvernement vs Église : L’exécutif défend sa politique économique face à une institution religieuse qui s’érige en gardienne de l’intérêt national et de la souveraineté.
- Majorité vs Opposition : L’opposition de Moïse Katumbi utilise la crédibilité de l’Église pour attaquer la légitimité et la gestion du pouvoir en place.
- Narratifs sur la guerre : Le débat glisse de l’économie vers la sécurité, permettant à l’opposition d’attaquer la stratégie gouvernementale dans l’Est, un sujet de forte sensibilité.
La crédibilité de l’Église, le détail de l’accord avec les USA et la gestion de la guerre à l’Est sont désormais inextricablement liés dans un débat public de haute intensité, où chaque camp mobilise ses ressources symboliques et politiques.
Par Pascal Kabeya
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