L’activiste de la société civile Carbone Beni a livré sa lecture la plus approfondie du débat sur la révision constitutionnelle en République démocratique du Congo, tout en annonçant qu’il rendra publique « une position claire dans les jours à venir ».
S’exprimant sur la question sensible d’un éventuel troisième mandat présidentiel, il a tenu à distinguer la problématique du changement constitutionnel de celle du renouvellement du pouvoir.
« Le changement de la Constitution ne donne pas lieu à un troisième mandat, parce que cela peut permettre de remettre tout à zéro », a-t-il déclaré, estimant qu’une nouvelle Constitution pourrait ouvrir la voie à une nouvelle République.
Toutefois, il a rappelé que les dispositions de l’article 220 de la Constitution actuelle demeurent un verrou juridique majeur.
« Avec l’article 220 toujours en vigueur, il n’y en aura pas », a-t-il affirmé.
Au-delà de la question des mandats, Carbone Beni estime que le débat constitutionnel est aujourd’hui prisonnier de calculs politiques.
Selon lui, deux camps s’opposent dans une logique d’intérêt : ceux qui souhaitent modifier la Constitution pour consolider leur pouvoir et ceux qui s’y opposent parce qu’ils ne s’y retrouvent pas politiquement.
« Il y a une minorité qui réfléchit au-delà de Tshisekedi, au-delà des intérêts immédiats, et qui s’interroge sur le pays que nous voulons construire dans les quinze à vingt prochaines années », a-t-il expliqué.
L’activiste considère qu’il ne faut pas faire de la Constitution un sujet tabou.
« Cela ne m’embête pas que l’on parle de révision constitutionnelle, même d’une possibilité de passer à une autre République. Pensez-vous que dans vingt ans, nos enfants utiliseront toujours la même Constitution ? », s’est-il interrogé.
Pour apaiser les tensions, Carbone Beni propose que les principaux acteurs politiques prennent des engagements clairs sur leurs ambitions personnelles.
« Si le président Félix Tshisekedi signe un engagement de ne pas postuler après une nouvelle Constitution, la plupart des personnes qui refusent le changement regarderont cette Constitution de manière plus objective », a-t-il déclaré.
Il estime que la même exigence devrait s’appliquer aux responsables de l’opposition.
« Si tous ceux qui participent à ce débat disent : changeons la Constitution, mais nous ne serons pas candidats, alors la discussion deviendra enfin sereine », a-t-il ajouté.
Une condamnation ferme des violences du 12 juin
Carbone Beni a également réagi aux incidents survenus lors du sit-in de l’opposition organisé le 12 juin à Kinshasa.
Réaffirmant son engagement en faveur des libertés fondamentales, il a dénoncé toute atteinte au droit de manifester.
« Le combat contre l’oppression et les violations des droits de l’homme constitue l’ADN même de notre existence. Le droit de manifester est un droit civil, un droit fondamental », a-t-il insisté.
L’activiste a également déploré ce qu’il considère comme un traitement différencié entre les partisans et les opposants à la réforme constitutionnelle.
« C’est une question de valeurs et de principes, que l’on soit pour ou contre le changement », a-t-il souligné.
Plaidoyer pour un débat centré sur l’intérêt national
Critiquant les alliances de circonstance et les positionnements conjoncturels, Carbone Beni a appelé les acteurs politiques et sociaux à replacer l’intérêt général au cœur du débat.
« Il faut recentrer la discussion autour de la patrie. Avant tout, il faut avoir une idée de la patrie, y être attaché et avoir la capacité de se sacrifier pour elle », a-t-il déclaré.
Pour l’activiste, l’enjeu dépasse les rivalités partisanes et les ambitions individuelles.
« Ce qui m’importe le plus, c’est que l’action commune aille dans l’intérêt du peuple », a-t-il conclu.
Par Marius Bopenga
CONGO PUB Online






