Royaume-Uni: le «roi du Nord» Andy Burnham, grand favori à la succession de Keir Starmer

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Le maire sortant du Grand Manchester, Andy Burnham, élu député vendredi dernier, apparaît comme le grand favori pour succéder à Keir Starmer à la tête du Parti travailliste et du 10 Downing Street.

Cet homme de 56 ans, qui se décrit comme partisan d’un « socialisme pro-business », pourrait faire son entrée à Downing Street dans les semaines qui viennent. Arrivé lundi en train de Manchester, il a fait son entrée tout sourire au Parlement de Westminster – étape nécessaire pour briguer la direction du Parti travailliste et du pays.

Politicien de carrière à l’aise dans la communication, le travailliste a remporté vendredi 19 juin haut la main, devant le parti anti-immigration Reform UK, la législative partielle à Makerfield dans son fief de la région de Manchester. « C’est la dernière chance pour changer » le Labour, a proclamé Andy Burnham à l’annonce de sa victoire. Devant ses soutiens rassemblés sur un terrain de foot, ce supporter d’Everton, club de Liverpool, s’est engagé à « tracer une nouvelle voie » pour le pays et a promis « l’équité pour les régions » que le pouvoir central à Londres a « négligées ».

Son retour au Parlement de Westminster le contraint à abandonner la mairie du Grand Manchester, agglomération de 2,8 millions d’habitants qu’il a conquise en 2017 et où il a su se faire apprécier, se faisant réélire deux fois. C’est à la tête de ce centre urbain majeur qu’il a forgé sa stature politique et sa réputation, lui valant aujourd’hui d’être la personnalité politique la plus populaire du pays, selon l’institut YouGov.

Andy Burnham, député nouvellement élu de Makerfield sous la bannière du Parti travailliste britannique, réagit après sa victoire lors de l'élection partielle de Makerfield, organisée à la suite de la démission du député travailliste John Simons, au « The Edge Wigan », à Wigan, en Grande-Bretagne, le 19 juin 2026.
Andy Burnham, député nouvellement élu de Makerfield sous la bannière du Parti travailliste britannique, réagit après sa victoire lors de l’élection partielle de Makerfield, organisée à la suite de la démission du député travailliste John Simons, au « The Edge Wigan », à Wigan, en Grande-Bretagne, le 19 juin 2026. © Temilade Adelaja / Reuters

Le « roi du Nord »

Dans ce bastion industriel qui connaît depuis 2015 une croissance économique deux fois supérieure à la moyenne nationale, la principale réussite d’Andy Burnham est d’avoir amélioré les transports, en reprenant sous contrôle public le système de bus pour l’intégrer dans un réseau avec trams et trains, à des tarifs abordables. 

« Il a encouragé la création de Bee Network, un réseau de transports publics entièrement intégré, ce qui a réduit les coûts et amélioré la connectivité de la ville, résume Alma-Pierre Bonnet, maître de conférences en civilisation britannique à l’Université Jean Moulin Lyon 3, dans son article sur The Conversation. Sous sa direction, le centre-ville a aussi connu un essor économique phénoménal, grâce à de nombreux investissements, même si la périphérie n’en a pas toujours bénéficié. »

Lors de ses deux mandats, Burnham s’est battu pour le transfert de certains pouvoirs hors de l’influence de Londres, afin de redonner aux collectivités locales les leviers pour contrôler leurs dépenses en matière d’infrastructures, d’éducation ou de logement. Il a promis de faire à « l’échelle nationale » ce qu’il a accompli dans sa ville, avec une stratégie orientée sur la décentralisation et le contrôle accru de l’État sur les services publics. Certains doutent néanmoins de sa capacité à transposer son modèle à tout le pays. 

Pendant la pandémie de Covid-19, il a accusé le gouvernement de traiter le nord du pays avec « mépris ». Il s’est alors évertué à obtenir davantage de fonds pour soutenir les entreprises et employés de cette région touchée par la crise. Son opposition véhémente à Londres sur cette question et l’essor économique de Manchester lui ont valu de gagner en popularité et le surnom de «roi du Nord », en référence à la série Game of Thrones.

Programme vague

S’il promeut « une nouvelle dynamique de réindustrialisation » et a promis d’œuvrer pour réduire le coût de la vie, il est pour l’instant resté vague sur un potentiel programme. En janvier, il énonçait « les quatre cavaliers de l’apocalypse britannique : dérégulation, privatisation, austérité et Brexit ». Des adversaires qu’il entend combattre tout en rassurant des marchés inquiets. Il s’est en effet engagé à tenir les objectifs d’équilibre budgétaire fixés par l’actuel gouvernement, mais en évitant d’alourdir la pression fiscale sur les travailleurs.

Ce « bon communicant » aura néanmoins « peu de marge de manœuvre » sur les finances publiques, alerte Tony Travers, politologue à la London School of Economics interrogé par l’AFP. Le maire sortant de Manchester « n’est pas beaucoup plus à gauche que Starmer » et se situe comme lui au « centre-gauche », souligne l’expert. Les opinions politiques de Burnham ont changé au cours de sa carrière, passant de la frange du centre-droit blairiste pour évoluer plus à gauche. Ses détracteurs n’hésitent d’ailleurs pas à le surnommer « capitaine flip-flop » pour la versatilité de ses positions. 

Sur la question de l’immigration, cheval de bataille de l’extrême droite, l’ancien maire de Manchester s’aligne sur les mesures restrictives mises en place ces derniers mois par l’actuel gouvernement. Il souhaite également un durcissement pour lutter contre les traversées illégales mais veut une prise en charge plus rapide des migrants installés dans le pays. Opposé au Brexit, Andy Burnham s’est dit favorable à une réintégration du pays dans l’Union européenne, tout en affirmant qu’il respecterait la décision prise lors du référendum qui vient de célébrer son dixième anniversaire, avec un bilan pour le moins contrasté.

Intérêt précoce pour la politique

Né le 7 janvier 1970, Andy Burnham est le fils d’un technicien des télécommunications et d’une secrétaire médicale. Enfant de cette région au passé industriel, il a grandi dans la petite ville de Culcheth, à mi-chemin entre Liverpool, où il est né, et Manchester. Il entre au Labour à 14 ans, « radicalisé », dit-il, par la grève des mineurs de 1984-85, écrasée par le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher, et touché par un téléfilm de la BBC sur un chômeur de Liverpool. Il étudie la littérature anglaise à Cambridge et débute sa carrière professionnelle dans le journalisme, en travaillant pour des revues spécialisées à Londres. 

Andy Burnham prête serment en tant que député à la Chambre des communes, le 22 juin 2026
Andy Burnham prête serment en tant que député à la Chambre des communes, le 22 juin 2026 © House of Commons

Il fait ses premiers pas en politique en tant qu’assistant parlementaire pour la députée Tessa Jowell, qui deviendra par la suite ministre sous Tony Blair et Gordon Brown, et gravit les échelons. En 2001, il est élu député de Leigh, dans l’agglomération de Manchester. Il entre ensuite au gouvernement de Tony Blair, d’abord comme sous-secrétaire d’État au ministère de l’Intérieur. Il devient secrétaire en chef au Trésor dans le gouvernement de Gordon Brown, puis secrétaire d’État à la Culture et aux Sports en 2008 et secrétaire d’État à la Santé (2009-2010). Après la défaite de Brown aux élections générales, il tentera à deux reprises de prendre la tête du Labour, en 2010 face à Ed Miliband, puis en 2015, face à Jeremy Corbyn. La troisième pourrait désormais être la bonne.

Selon notre correspondante à Londres, Emeline Vin, Andy Burnham aurait d’ores et déjà le soutien des trois quarts du groupe parlementaire. Il s’agirait alors de ce qu’on appelle un « couronnement », une transition sans élection. Inconvénient : il n’y aurait pas de débat d’idées, parfois utile pour construire un consensus. Les députés travaillistes réfléchissent donc en ce moment même à la nécessité d’un scrutin interne, rapporte la BBC, alors que les candidatures d’autres membres du parti semblent pour l’instant incertaines. Ils ont jusqu’au 9 juillet pour se déclarer, date d’ouverture des nominations.

S’il reste le seul candidat, Andy Burnham pourrait être désigné dès le 16 juillet, début de la pause estivale du Parlement, et entrer à Downing Street le 17 ou 18 juillet, selon plusieurs médias. « Si ses convictions politiques actuelles restent floues, il est perçu au sein du Parti travailliste comme la meilleure chance pour le parti de reconquérir des voix face à Reform UK de Nigel Farage, et aux Verts », analyse The Guardian. Avec le départ de Keir Starmer, son successeur pourrait devenir le septième Premier ministre du Royaume-Uni en dix ans, une instabilité sans précédent dans l’histoire moderne du pays.

RFI

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