Dans un contexte marqué par les discussions autour d’un éventuel changement de la Constitution en République démocratique du Congo, l’ancien ministre de l’Industrie et président du regroupement politique Le Centre, Germain Kambinga, a livré une analyse critique du rôle joué par l’Église catholique dans ce débat.
Dans une interview accordée à Actu30.cd le 23 juin, l’homme politique estime que les récentes prises de position de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) ne s’expliquent pas uniquement par des considérations institutionnelles ou constitutionnelles, mais également par une volonté de préserver une influence historique dans la vie politique congolaise.
Une institution historiquement influente
Pour Germain Kambinga, l’implication de l’Église catholique dans les débats politiques n’a rien de nouveau. Il rappelle que cette institution a toujours joué un rôle majeur dans l’évolution des sociétés et des systèmes politiques.
« L’Église catholique adore la politique. C’est son histoire. L’Église catholique est une institution vieille de deux mille ans qui a toujours influencé la politique et les sociétés. Aujourd’hui, elle voit émerger d’autres acteurs et elle ne veut pas perdre cette position », a-t-il déclaré.
Selon lui, l’opposition affichée par la CENCO à une éventuelle révision ou modification de la Constitution constitue également une manière pour l’Église de réaffirmer sa place dans l’espace public.
Le contexte a changé depuis 2015 et 2017
L’ancien ministre rappelle que les grandes mobilisations populaires organisées en 2015 et 2017 contre le maintien au pouvoir de l’ancien président Joseph Kabila avaient bénéficié d’un contexte politique particulier.
D’après lui, la force de mobilisation de l’Église catholique reposait alors en partie sur l’appui de l’opposition politique, notamment celui de l’UDPS, aujourd’hui au pouvoir.
« En 2015 et 2017, l’Église catholique a pu mobiliser massivement la population, mais il ne faut pas oublier qu’elle comptait sur une force politique importante, notamment l’UDPS. Aujourd’hui, avec l’UDPS au pouvoir, cet équilibre a changé et l’Église catholique a perdu une partie de son influence dans la société », a-t-il affirmé.
Une bataille d’influence plus large
Pour Germain Kambinga, le débat actuel dépasse largement la seule question constitutionnelle. Il y voit une recomposition du paysage politique et religieux congolais où plusieurs acteurs cherchent à renforcer leur poids dans l’opinion.
Il évoque notamment la montée en puissance des Églises de réveil et d’autres mouvements religieux qui occupent désormais une place importante dans la société congolaise.
« Ce que nous voyons aujourd’hui, ce n’est pas simplement un débat autour de la Constitution. C’est une véritable bataille d’influence entre différentes forces qui cherchent à peser sur la société. L’Église catholique, forte de son histoire, ne veut pas perdre cette position et tente de se repositionner face à l’émergence d’autres acteurs », a-t-il analysé.
Vers une campagne référendaire ?
Alors que la CENCO a récemment réaffirmé son opposition à toute modification de la Constitution, Germain Kambinga estime que le débat doit désormais être porté devant le peuple souverain.
Selon lui, si un référendum venait à être organisé, les partisans et les opposants au changement constitutionnel devraient défendre leurs positions dans le cadre d’une campagne démocratique.
« L’Église catholique et l’opposition doivent se préparer à battre campagne pour le non lors du référendum. Le peuple congolais sera appelé à départager les défenseurs du changement de la Constitution et ceux qui s’y opposent », a-t-il conclu.
Cette sortie de Germain Kambinga intervient alors que les tensions autour du débat constitutionnel continuent d’alimenter les discussions au sein de la classe politique, de la société civile et des confessions religieuses, illustrant les profondes divergences qui traversent actuellement la scène politique congolaise.
Par Pascal Kabeya
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