Dans une tribune publiée après le message des évêques de la CENCO du 19 juin 2026 sur le débat relatif à la révision de la Constitution, l’analyste politique Mathieu Ntolo Mutatayi critique la prise de position de l’épiscopat catholique. Se présentant comme catholique engagé, il estime que la Conférence épiscopale s’est éloignée de sa mission spirituelle en intervenant sur un débat qu’il considère comme relevant exclusivement des institutions démocratiques et du peuple congolais.
L’analyste politique Mathieu Ntolo Mutatayi a vivement réagi au message publié le 19 juin dernier par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), intitulé « La Nation est en péril ! Dressons nos fronts, prenons le plus bel élan ». Dans une longue tribune, il affirme que les évêques ont franchi la frontière entre leur mission pastorale et l’engagement politique.
Ancien séminariste devenu laïc engagé, l’auteur explique que sa démarche est motivée par son attachement à l’Église catholique et à la République démocratique du Congo. Selon lui, le respect de l’institution ecclésiale n’empêche pas de critiquer certaines prises de position lorsqu’elles s’écartent, à ses yeux, de la mission évangélique.
Mathieu Ntolo reproche notamment à la CENCO d’avoir exprimé un jugement sur l’opportunité d’une révision de la Constitution, estimant qu’il appartient exclusivement au peuple souverain et aux institutions compétentes de trancher une telle question. Il considère que plusieurs passages du message épiscopal relèvent davantage d’une appréciation politique que d’un enseignement moral ou spirituel.
L’analyste s’interroge également sur la portée du document signé par 37 évêques, alors que l’épiscopat congolais compte davantage de sièges épiscopaux. Sans tirer de conclusions sur les absences, il estime que la CENCO devrait clarifier publiquement si cette déclaration reflète la position de l’ensemble de l’épiscopat.
Dans son analyse, Mathieu Ntolo critique aussi les accusations formulées par les évêques concernant le climat politique et sécuritaire du pays. Il estime que des affirmations portant sur des violations des droits humains ou sur la répression de manifestations devraient relever d’enquêtes judiciaires et d’institutions compétentes plutôt que d’un communiqué ecclésiastique.
L’auteur exprime par ailleurs son inquiétude face à l’annonce, par la CENCO, de futures « actions concrètes » destinées aux agents pastoraux. Selon lui, cette formulation, qu’il juge imprécise, pourrait être interprétée comme un appel à une mobilisation politique susceptible d’accentuer les tensions dans un contexte national déjà marqué par les défis sécuritaires.
Sur le plan théologique, Mathieu Ntolo fonde son argumentation sur plusieurs textes du Concile Vatican II, notamment Gaudium et Spes, pour rappeler le principe d’autonomie entre l’Église et la communauté politique. Il cite également plusieurs passages bibliques afin de soutenir que la mission première des pasteurs demeure l’annonce de l’Évangile et l’accompagnement spirituel des fidèles, sans se substituer aux institutions civiles.
L’analyste reproche enfin à la CENCO d’avoir invoqué l’encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV dans son argumentaire. Selon lui, ce document pontifical est consacré à l’intelligence artificielle et à la dignité humaine, et ne saurait être utilisé comme fondement doctrinal d’une prise de position sur la réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo.
En conclusion, Mathieu Ntolo Mutatayi appelle les évêques à renouer avec ce qu’il considère comme leur vocation première : être des artisans de dialogue et de réconciliation pour l’ensemble des Congolais. Il affirme que le pays a besoin d’une Église capable de rassembler au-delà des clivages politiques, plutôt que d’apparaître comme un acteur engagé dans le débat institutionnel.
Par Marius Bopenga
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