La suspension des activités académiques dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur de Goma et de Bukavu continue de provoquer des réactions politiques. Après Martin Fayulu et Denis Mukwege, d’autres personnalités, dont la sénatrice honoraire Muyumba et l’ancien député Juvenal Munubo, contestent la décision de Kinshasa. Si leurs inquiétudes sur l’avenir des étudiants sont légitimes, leur prise de position soulève également une question de cohérence face aux précédentes interventions de l’AFC/M23 dans la gestion des universités.
Martin Fayulu demande au gouvernement de rapporter immédiatement l’arrêté suspendant les activités académiques dans les établissements concernés. L’opposant estime que cette décision risque d’accentuer le sentiment d’abandon des populations de l’Est et va jusqu’à évoquer le risque d’une « balkanisation » du pays.
Denis Mukwege adopte également une position critique. Tout en condamnant les nominations opérées par l’AFC/M23 dans les institutions universitaires, il dénonce la suspension décidée par Kinshasa, estimant que la jeunesse de Goma et Bukavu se retrouve prise en étau entre la guerre et les décisions politiques.
La sénatrice honoraire Muyumba et Juvenal Munubo ont, eux aussi, exprimé leurs inquiétudes quant aux conséquences de cette suspension sur les étudiants.
Une question de cohérence

Ces réactions soulèvent toutefois une interrogation qui mérite d’être posée : pourquoi ces mêmes voix ne s’étaient-elles pas manifestées avec la même vigueur lorsque l’AFC/M23 a entrepris de modifier la gouvernance de plusieurs établissements universitaires de Goma et Bukavu ?
Les nominations effectuées par le mouvement rebelle dans les comités de gestion d’établissements publics congolais constituent pourtant une intervention directe dans un secteur encadré par les lois et règlements de la République.
La question n’est pas de minimiser les conséquences de la suspension décidée par Kinshasa. La situation des étudiants mérite au contraire une attention particulière. Mais une défense crédible de l’université congolaise devrait s’appliquer aux violations commises quel qu’en soit l’auteur.
Il existe ainsi un paradoxe dans le débat actuel : certains responsables dénoncent aujourd’hui l’impact d’une décision gouvernementale sur les étudiants, tout en ayant été beaucoup plus discrets face à l’installation d’une administration universitaire parallèle dans des territoires contrôlés par une rébellion.
L’université ne devrait pas devenir un instrument de guerre

Sur le fond, une ligne devrait pourtant faire consensus : ni Kinshasa ni un mouvement armé ne devrait instrumentaliser l’université.
La sécurité des étudiants peut justifier des mesures exceptionnelles, mais celles-ci doivent être proportionnées, juridiquement fondées et accompagnées de solutions permettant la continuité des études.
De même, le contrôle militaire d’un territoire ne confère pas automatiquement à une rébellion le pouvoir légal de nommer les responsables des établissements publics de la République.
Le véritable enjeu dépasse donc la polémique entre majorité et opposition. Il s’agit de préserver l’université congolaise de la guerre, de la récupération politique et des administrations parallèles.
Dans ce contexte, les étudiants de Goma et Bukavu ne devraient pas devenir les victimes collatérales d’un affrontement institutionnel et militaire qui les dépasse.
Par Marius Bopenga
CONGO PUB Online





