L’ancien Premier ministre et président de Nouvel Élan, Adolphe Muzito, propose de faire du dialogue national annoncé en République démocratique du Congo un véritable moment de refondation de l’État. Dans sa 37ᵉ tribune, il identifie trois priorités majeures : la refondation institutionnelle, la construction économique du pays et le renforcement de sa capacité de défense.
Pour Adolphe Muzito, le dialogue national ne devrait pas se limiter à un règlement des tensions politiques ou à un partage des responsabilités entre acteurs. Il doit, selon lui, répondre à trois défis fondamentaux auxquels la RDC est confrontée : se doter d’une Constitution définitive, combler son retard infrastructurel et préserver son unité ainsi que son intégrité territoriale.
L’ancien chef du gouvernement inscrit cette réflexion dans une ambition économique plus large. Il rappelle son objectif de voir le produit intérieur brut de la RDC atteindre environ 215 milliards de dollars à l’horizon 2035, avec une progression des ressources budgétaires propres vers près de 40 milliards de dollars.
Pour lui, cette ambition ne peut toutefois être réalisée sans un nouveau pacte constitutionnel, une cohésion nationale effective et une capacité militaire crédible.
Une nouvelle Constitution pour refonder les institutions
Le premier pilier proposé par Muzito est institutionnel. Il estime que le pays doit engager un processus permettant au peuple congolais de se doter d’une Constitution définitive, adaptée aux défis contemporains.
Dans son analyse, l’ancien Premier ministre considère que les différentes Constitutions appliquées au Congo depuis 1960 ont été marquées par des contextes de transition, de crises politiques, de conflits ou de compromis entre protagonistes. Il qualifie cette situation de « péché originel » du système constitutionnel congolais.
Il estime que le dialogue pourrait ainsi créer les conditions d’un processus qu’il souhaite transparent, inclusif et souverain, destiné à permettre au peuple de définir un nouveau pacte constitutionnel. Celui-ci devrait notamment renforcer la protection de l’unité nationale, stabiliser les institutions, clarifier les compétences entre les différents niveaux de pouvoir et renforcer les mécanismes de contrôle démocratique et financier.
Muzito insiste également sur la nécessité de préserver le pluralisme politique. Selon lui, la cohésion nationale ne doit pas conduire à la disparition de l’opposition ni du contrôle démocratique.
Il appelle notamment la majorité au pouvoir à s’engager à appliquer les textes relatifs au financement public des partis politiques et au statut de l’opposition, tout en considérant le recours aux armes comme incompatible avec les revendications politiques dans un État démocratique.
Transformer les ressources en infrastructures et en emplois
Le deuxième axe de sa proposition concerne le développement économique.
Adolphe Muzito estime que la RDC ne pourra véritablement devenir une puissance économique qu’en transformant ses ressources naturelles en infrastructures, capital humain, industries, emplois et recettes publiques durables.
Dans cette perspective, les ressources supplémentaires que le pays chercherait à mobiliser devraient notamment financer les routes, les chemins de fer, l’électricité, les ports, les aéroports, les infrastructures numériques, l’accès à l’eau, la santé, l’éducation, l’agriculture et l’industrialisation.
Pour financer cette transformation, Muzito ne mise pas uniquement sur les recettes fiscales. Il évoque également le recours à la dette extérieure, aux partenariats public-privé, à un fonds souverain ainsi qu’aux investissements étrangers, notamment ceux liés au partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis.
Mais l’ancien Premier ministre pose une condition : la dette doit être une « dette de construction » et non de consommation, avec une priorité accordée aux projets productifs et aux financements concessionnels à long terme.
Une armée capable de défendre le territoire
Le troisième pilier du projet concerne la sécurité.
Pour Muzito, le développement économique et la stabilité institutionnelle restent fragiles si l’État ne dispose pas d’une capacité crédible pour défendre son territoire. Il plaide ainsi pour une montée en puissance progressive des FARDC, accompagnée d’une réforme du commandement, de la formation, du renseignement, de la logistique, de la maintenance et des mécanismes de contrôle.
Parmi ses propositions figurent notamment une doctrine nationale de défense, un commandement unifié placé sous l’autorité civile, une meilleure maîtrise du renseignement et des frontières, le développement des capacités en matière de cybersécurité, de drones et de communications, ainsi qu’une industrie nationale de défense progressive.
Il insiste également sur l’amélioration des conditions sociales des militaires, notamment en matière de solde, de logement, de santé et de protection sociale, tout en plaidant pour une meilleure traçabilité des dépenses militaires.
Cette puissance militaire, précise-t-il, ne devrait pas avoir une vocation expansionniste. La finalité recherchée serait avant tout la dissuasion, la protection des frontières et la préservation de la paix.
Un dialogue qui ne doit pas devenir un partage de postes
Dans sa conclusion, Adolphe Muzito fixe sa conception du dialogue national : celui-ci ne devrait pas être un simple mécanisme de répartition des responsabilités politiques, mais un processus destiné à « fonder et construire la République » et à mobiliser la Nation autour de la défense de son intégrité territoriale.
Il propose notamment que les travaux aboutissent à un pacte républicain de défense de l’intégrité territoriale, à une feuille de route consensuelle pour une nouvelle Constitution, à un plan national de construction pour la période 2026-2035 et à un pacte national de réforme et de financement des FARDC.
Il souhaite également l’exécution effective des lois relatives au financement des partis politiques et au statut de l’opposition, ainsi que la création d’un mécanisme chargé de suivre l’application des engagements issus du dialogue.
À travers cette 37ᵉ tribune, Adolphe Muzito cherche ainsi à élargir le débat sur le dialogue national. Au-delà de la crise politique et sécuritaire actuelle, il propose d’en faire un instrument de transformation structurelle du pays, articulé autour d’un nouveau pacte institutionnel, d’un programme de développement économique et d’une stratégie nationale de défense.
Son ambition, résumée dans les dernières lignes de sa tribune, est de transmettre aux générations futures une Constitution légitime et définitive, un pays doté d’infrastructures structurantes et une Nation capable de se défendre.
Par Pascal Kabeya
CONGO PUB Online





