La reprise des activités académiques et para-académiques dans les onze établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire de Goma et de Bukavu reste suspendue. Le gouvernement congolais conditionne leur réouverture à une amélioration de la situation dans ces deux villes du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, actuellement sous contrôle de l’AFC-M23.
Cette précision a été apportée vendredi 28 août 2026 par le secrétaire général à l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU), Pacifique Ilosyo Imonano, au cours d’une mise au point consacrée à l’application de l’arrêté ministériel suspendant les activités dans les établissements concernés.
Selon le responsable de l’administration de l’ESU, la mesure n’a pas vocation à être définitive. Son maintien ou sa levée dépendra de l’évolution de la situation sur le terrain et de la possibilité de rétablir des conditions normales de fonctionnement.
« Seule une évolution vers la normalisation permettra d’évaluer l’opportunité d’une levée de ces mesures et d’envisager la reprise des activités académiques et para-académiques », a déclaré Pacifique Ilosyo Imonano.
Une suspension, et non une fermeture
Le secrétaire général a également tenu à clarifier la portée de l’arrêté ministériel. Contrairement à certaines interprétations, celui-ci ne prévoit pas la fermeture administrative des universités et instituts concernés.
La mesure porte plutôt sur la suspension des principales activités académiques, notamment les inscriptions, réinscriptions, enseignements, évaluations et délibérations.
« Il s’agit d’une suspension des activités d’inscription, de réinscription, d’enseignement, d’évaluation et de délibération, et non d’une fermeture des établissements concernés », a-t-il précisé.
L’ESU justifie cette décision par la nécessité de préserver la régularité des parcours universitaires et la validité des diplômes délivrés dans le pays.
La question de la reconnaissance des diplômes au centre des préoccupations
Pour l’administration de l’ESU, le fonctionnement des établissements en dehors du cadre légal pourrait avoir des conséquences directes sur les étudiants.
Le secrétaire général estime notamment que le non-respect des normes régissant l’organisation des études et la délivrance des titres académiques pourrait compromettre la reconnaissance des diplômes et, par conséquent, la mobilité académique et professionnelle des étudiants concernés.
« Tout écart par rapport aux exigences légales en matière de délivrance des diplômes risque de compromettre la mobilité académique et l’employabilité des étudiants », a-t-il averti.
Cette position intervient alors que la gestion des établissements universitaires dans les zones contrôlées par l’AFC-M23 fait l’objet de controverses. L’ESU entend ainsi rappeler que les institutions d’enseignement supérieur doivent continuer à fonctionner dans le respect des textes légaux et réglementaires en vigueur en République démocratique du Congo.
L’administration des établissements également concernée
Pacifique Ilosyo Imonano a par ailleurs évoqué la situation administrative des institutions visées par la suspension.
Selon lui, la régularité de la gestion universitaire ne concerne pas uniquement l’organisation des cours et des examens. Elle implique également que les responsables placés à la tête des établissements disposent d’une qualité reconnue conformément aux textes en vigueur.
« Il n’est pas acceptable que des établissements soient pilotés par des responsables dont la qualité n’est pas reconnue, au détriment de la carrière et des droits du personnel », a-t-il déclaré.
L’administration de l’ESU présente donc la suspension comme une mesure destinée à préserver à la fois la régularité institutionnelle, les droits du personnel et les intérêts académiques des étudiants.
Onze établissements concernés à Goma et Bukavu
L’arrêté ministériel concerne onze établissements publics répartis entre les deux principales villes du Sud-Kivu et du Nord-Kivu.
Cinq établissements situés à Goma et six à Bukavu sont concernés par la suspension pour l’année académique 2026-2027.
Les activités suspendues comprennent notamment les inscriptions et réinscriptions, les enseignements, les évaluations ainsi que les délibérations.
Une dérogation est toutefois prévue pour les étudiants finalistes de l’année académique 2025-2026 dont le cursus n’a pas encore pu être achevé.
Une décision au cœur d’un débat politique
La clarification de l’ESU intervient dans un contexte où la suspension des activités universitaires à Goma et Bukavu suscite de nombreuses réactions politiques et sociales.
Des opposants et plusieurs personnalités publiques ont dénoncé les conséquences de la mesure sur les étudiants et y voient une décision susceptible d’accentuer le sentiment d’abandon des populations de l’Est.
Le gouvernement, de son côté, maintient qu’il s’agit avant tout d’une mesure liée aux conditions de sécurité, au respect du cadre légal de l’enseignement supérieur et à la nécessité de garantir la valeur des diplômes délivrés en RDC.
La question demeure désormais de savoir à quelles conditions concrètes la situation pourra être considérée comme suffisamment normalisée pour permettre la reprise des activités.
Pour l’ESU, une chose est toutefois claire : la suspension n’est pas présentée comme une rupture définitive avec les établissements concernés, mais comme une mesure conditionnée par l’évolution de la situation sur le terrain.
Par Marius Bopenga
CONGO PUB Online





