Face à la persistance des conflits à l’Est, la République démocratique du Congo entend considérablement renforcer son budget militaire dans les années à venir. Dans sa 36ᵉ tribune publiée le 24 décembre, le vice-Premier ministre et ministre du Budget, Adolphe Muzito, a dévoilé des projections selon lesquelles près de 5 milliards de dollars pourraient être consacrés à la défense et à la sécurité nationale entre 2026 et 2030.
Un constat sécuritaire qui justifie l’effort financier
L’ancien Premier ministre inscrit explicitement cette orientation budgétaire dans un contexte de dégradation prolongée de la sécurité, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Il dresse un bilan sévère, notant que ces régions « demeurent le théâtre d’affrontements récurrents, dont l’intensité s’est accentuée depuis 2021 ».
Dès lors, la défense n’est plus présentée comme une dépense administrative, mais comme « un levier central de stabilisation et de préservation de la souveraineté nationale », élevée au rang de priorité structurelle aux côtés des investissements sociaux et des infrastructures.
À quoi serviront ces fonds ?
Selon le document, ces enveloppes budgétaires conséquentes doivent couvrir plusieurs axes majeurs :
- La masse salariale et la prise en charge des Forces armées de la RDC (FARDC) et de la Police nationale congolaise (PNC).
- Le financement des opérations militaires en cours et à venir.
- L’appui aux populations civiles affectées par les conflits et les déplacements forcés.
Une stratégie « équilibrée » entre force militaire et diplomatie
Adolphe Muzito défend une approche à deux volets. Si le renforcement des capacités militaires (équipement, efficacité opérationnelle) est jugé indispensable, il doit, selon lui, s’accompagner de « efforts diplomatiques » vigoureux. « La recherche de la paix avec les pays voisins ne saurait faire l’économie d’une armée mieux équipée et d’un dispositif de protection du territoire plus efficace », a-t-il affirmé, semblant viser implicitement les tensions avec le Rwanda.
Des projections basées sur une hypothèse de croissance
Cette ambition sécuritaire repose sur des hypothèses macroéconomiques optimistes. Le plan budgétaire table sur une progression soutenue des recettes publiques entre 2026 et 2030, notamment tirée par le secteur extractif. C’est cette croissance anticipée qui devrait, en théorie, permettre de financer le secteur de la défense « sans compromettre les autres priorités nationales ».
Un engagement chiffré dans un contexte de guerre
Cette annonce constitue la traduction budgétaire la plus concrète à ce jour de la volonté affichée par le président Félix Tshisekedi de reprendre l’initiative militaire face aux groupes armés, en particulier le M23. Elle intervient à un moment où la pression internationale pour une solution diplomatique est forte, mais où les revers sur le terrain (comme la chute d’Uvira) plaident pour un renforcement des FARDC.
La crédibilité de ce plan dépendra de la capacité de l’État à générer les recettes promises et à garantir que ces fonds colossaux soient effectivement alloués et utilisés de manière efficiente et transparente, dans un secteur historiquement miné par des défis de gouvernance.
Par Marius Bopenga
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