Kinshasa a perdu dans la nuit de lundi à mardi l’une de ses personnalités les plus iconiques et déroutantes : le « Docteur » Kitingitingi. Cet autodidacte, sans aucune formation médicale reconnue, s’était imposé depuis des années comme une figure incontournable et pittoresque du secteur informel, se spécialisant dans les « remèdes » aphrodisiaques et les conseils en « santé masculine ».
Avec son style flamboyant – lunettes teintées, chaînes en or et tenues voyantes – et ses slogans chocs scandés à travers la ville, Kitingitingi était devenu une véritable légende urbaine. Il sillonnait les artères de la capitale, captivant les foules par son charisme, son audace et un humour cru, souvent jugé déplacé, mais qu’il assumait pleinement.
Un personnage clivant, entre fascination et rejet

Sa rhétorique, centrée sur la virilité, la réussite par la débrouillardise en dehors des cadres établis et un rejet affiché des normes sociales conventionnelles, lui valait autant d’admirateurs que de détracteurs. Pour une partie de la jeunesse kinoise, il incarnait la réussite sans diplôme et la liberté de ton. Pour d’autres, il représentait un charlatanisme dangereux et la promotion de valeurs machistes.
Une page de la culture populaire qui se tourne
La disparition du « Docteur » Kitingitingi marque la fin d’un chapitre singulier de la culture populaire et de la rue kinoise. Au-delà de la polémique, son personnage était le reflet d’une certaine réalité sociale, économique et générationnelle de Kinshasa. Il laisse derrière lui un vide et un folklore unique qui, pendant des années, a animé, diverti et parfois irrité les habitants de la capitale congolaise. Sa légende, elle, survivra sans doute longtemps dans la mémoire collective de la ville.
Par Marc Etumba, correspondant à Kinshasa
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