Devenue une figure afro-américaine des droits civiques pour avoir refusé de céder son siège à une femme blanche dans un bus de Montgomery, en Alabama, en 1955, alors qu’elle n’avait que 15 ans, Claudette Colvin est décédée à l’âge de 86 ans, a annoncé sa fondation ce mardi 13 janvier.
« Pour nous, elle était plus qu’une figure historique. Elle était le cœur de notre famille, sage, résiliente et guidée par la foi », a écrit la fondation Claudette Colvin dans un communiqué.
Claudette Colvin, avant Rosa Parks
Neuf mois avant Rosa Parks, Claudette Colvin avait bravé les lois racistes dans un bus de Montgomery, en Alabama. Une audace qui a contribué à l’abolition de la ségrégation dans les transports en commun dans le sud des États-Unis.
Mais l’histoire a surtout retenu Rosa Parks, cette couturière noire de Montgomery dont le refus, le 1er décembre 1955, de céder son siège à un passager blanc a déclenché le premier grand mouvement de résistance passive contre la ségrégation. Responsable locale de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), elle mena alors avec Martin Luther King le boycott des bus de la ville, immobilisés pendant 381 jours.
Avant elle pourtant, dans la même ville et sur la même ligne de bus, Claudette Colvin, collégienne de quinze ans proche de la NAACP, fut la première à plaider non coupable devant la justice après avoir défié la ségrégation.
« L’histoire m’a collée au siège »
Le 2 mars 1955, raconte celle-ci à l’AFP en 2023, le conducteur du bus exige que les passagers noirs libèrent leurs sièges à mesure que des passagers blancs montent à bord. Elle refuse. « J’avais payé ma place et c’était un droit constitutionnel », explique-t-elle alors, ajoutant « l’histoire m’a collée au siège ».

Arrêtée, menottée puis emprisonnée, Claudette Colvin sera libérée après le paiement de sa caution. À son retour, ses voisins montent la garde par crainte de représailles. Elle est néanmoins condamnée pour trouble à l’ordre public, violation de la loi de ségrégation et agression sur représentant de l’ordre. Son appel échoue.
Peu après, elle apprend qu’elle est enceinte. Mineure et non mariée, elle est accusée de mœurs dissolues et écartée par les associations de défense des droits civiques. Rosa Parks, « adulte […] plus fiable qu’une adolescente », a expliqué Claudette Colvin à la radio américaine NPR, devient alors la figure centrale du mouvement. « Son grain de peau faisait qu’on l’associait avec la classe moyenne. Elle avait le bon profil et possédait une autorité naturelle ».
L’affaire qui fait tomber la ségrégation
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En plein boycott, la ville de Montgomery fait condamner en février 1956 une centaine d’organisateurs du mouvement, dont Martin Luther King et les époux Parks. Deux de leurs appels sont rejetés, et Rosa Parks, licenciée, doit quitter la ville. Le dossier étant alors bloqué devant les tribunaux locaux, la NAACP décide de porter l’affaire de Claudette Colvin et de trois autres passagères devant la justice fédérale.
Le 5 juin 1956, deux juges fédéraux déclarent la ségrégation dans les bus inconstitutionnelle. La Cour suprême confirme cette décision le 13 novembre 1956, mettant fin à la ségrégation dans les transports publics du Sud.
Mais pour Claudette Colvin, les choses ne s’arrangent guère. en raison de sa grossesse hors mariage, elle est renvoyée du collège et ne parvient pas à trouver du travail à Montgomery. En 1958, elle déménage à New York, devient aide-soignante et ne s’étendra pas sur son passé avant longtemps.
En 2005, elle déclarait au journal local de Montgomery : « Je me sens très, très fière. J’ai l’impression que ce que j’ai fait a été une étincelle ». « Que les gens sachent que Rosa Parks était la bonne personne pour le boycott. Mais qu’ils sachent aussi que les avocats ont emmené quatre autres femmes devant la Cour suprême pour contester la loi qui a conduit à la fin de la ségrégation ».
RFI







