Le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a salué la décision de la République démocratique du Congo de saisir la Cour internationale de Justice (CIJ) contre le Rwanda pour des violations présumées du droit international. Tout en qualifiant cette initiative d’étape majeure dans la quête de justice pour les victimes des conflits dans l’Est de la RDC, il appelle à aller plus loin en renforçant les poursuites devant la Cour pénale internationale (CPI), en activant le principe de compétence universelle et en mettant en place un Tribunal pénal spécial pour le Congo.
Dans une déclaration publiée dimanche 28 juin 2026 sur le réseau social X, le Prix Nobel de la paix et ancien candidat à l’élection présidentielle, Denis Mukwege, a exprimé son soutien à la requête introduite par la République démocratique du Congo contre le Rwanda devant la Cour internationale de Justice (CIJ).
Pour le célèbre gynécologue congolais, cette procédure constitue une avancée importante dans la recherche de la vérité, de la justice et de la réparation pour les millions de victimes des violences qui secouent l’Est de la RDC depuis plusieurs décennies.
« Nous saluons le dépôt de la requête soumise auprès de la Cour internationale de Justice par le ministre de la Justice et garde des Sceaux de la RDC, dénonçant les violations du droit international et des droits humains commises par le Rwanda directement et par le truchement des groupes armés sous son contrôle (AFDL, RCD, CNDP, M23/AFC) en RDC de 1996 à nos jours », a déclaré Denis Mukwege.
S’il soutient pleinement cette action engagée devant la plus haute juridiction des Nations unies chargée de régler les différends entre États, le Prix Nobel estime toutefois que cette démarche ne saurait, à elle seule, répondre aux attentes des victimes.
Il exhorte ainsi la Cour pénale internationale (CPI) à intensifier ses enquêtes afin d’établir les responsabilités pénales individuelles des auteurs présumés de crimes internationaux, en remontant jusqu’aux chaînes de commandement militaires et politiques.
« En complément de cette procédure initiée devant la CIJ, nous continuons à exhorter la Cour pénale internationale à poursuivre ses enquêtes et ses poursuites pour établir la responsabilité pénale individuelle des auteurs présumés des crimes relevant du Statut de Rome, en privilégiant la responsabilisation des chaînes de commandement militaire et politique », a-t-il plaidé.
Denis Mukwege appelle également les États à faire usage du principe de compétence universelle afin de poursuivre les personnes soupçonnées d’avoir commis des crimes internationaux, quel que soit le lieu où ils ont été perpétrés.
Dans le même esprit, il invite les autorités congolaises à engager une véritable stratégie nationale de justice transitionnelle, incluant notamment la création d’un Tribunal pénal spécial pour le Congo, conformément aux recommandations formulées dans le Rapport Mapping des Nations unies.
« Nous appelons les États à exercer le principe de la compétence universelle et le gouvernement congolais à mettre en œuvre une stratégie nationale de justice transitionnelle, incluant l’établissement d’un Tribunal pénal spécial pour le Congo tel que proposé par le Rapport Mapping des Nations unies », a-t-il poursuivi.
Pour le lauréat du Prix Nobel de la paix, la justice constitue un pilier essentiel de la prévention des conflits et de la consolidation d’une paix durable en République démocratique du Congo.
« Il y a urgence à établir les liens étroits entre la prévention des conflits, la justice transitionnelle et la consolidation de la paix », a-t-il insisté.
La réaction de Denis Mukwege intervient deux jours après le dépôt, par le gouvernement congolais, d’une requête introductive d’instance devant la Cour internationale de Justice contre la République du Rwanda. À travers cette procédure, Kinshasa demande à la juridiction de constater la responsabilité internationale de Kigali pour des violations présumées de plusieurs conventions internationales relatives notamment au génocide, à la discrimination raciale, aux droits des femmes et à l’interdiction de la torture.
Selon le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, qui a porté cette requête à La Haye, cette initiative traduit la volonté de la RDC de privilégier le droit international comme moyen de règlement des différends et de lutter contre l’impunité des auteurs des crimes les plus graves.
Depuis la résurgence de la rébellion de l’AFC/M23 et l’intensification des tensions dans l’Est du pays, les autorités congolaises affirment vouloir compléter les actions diplomatiques et militaires par un renforcement du front judiciaire international, avec pour objectif d’obtenir justice pour les victimes, d’établir les responsabilités des auteurs présumés des crimes de guerre et crimes contre l’humanité, et de documenter le pillage des ressources naturelles de la République démocratique du Congo.
Par Pascal Kabeya
CONGO PUB Online






