Nord-Kivu : une accalmie précaire sur les lignes de front pendant que le mécanisme de vérification du cessez-le-feu se met en place

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Après plusieurs semaines de combats particulièrement violents, une relative accalmie est observée depuis environ une semaine sur plusieurs lignes de front situées à la frontière entre les territoires de Walikale et Masisi, dans la province du Nord-Kivu. Si les affrontements ont momentanément cessé dans plusieurs secteurs, la situation demeure extrêmement fragile, les différentes forces poursuivant le renforcement de leurs positions en prévision d’une éventuelle reprise des hostilités.

Une trêve de fait sur plusieurs axes

Dans le groupement Kisimba, en territoire de Walikale, les derniers combats remontent au 7 juillet 2026 dans la localité de Mindjendje. Ce jour-là, les rebelles de l’AFC/M23 avaient tenté de reprendre cette agglomération, mais leur offensive avait été repoussée par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par les combattants wazalendo. Depuis, aucun affrontement majeur n’a été signalé dans cette partie du secteur des Wanianga.

La même tendance est observée dans le groupement voisin de Bashali Mokoto, en territoire de Masisi. Les derniers combats y ont été enregistrés les 12 et 13 juillet dans les villages de Nkingwe et Malemo. À l’issue de ces affrontements, les FARDC et leurs alliés wazalendo se sont repliés de plusieurs positions, ouvrant une période de calme relatif.

Sur l’axe Kashebere-Kibati, dans le groupement Luberike, aucune confrontation importante n’a été rapportée ces derniers jours. Toutefois, plusieurs sources locales indiquent que les rebelles de l’AFC/M23 renforcent progressivement leurs positions en hommes, en munitions et en équipements militaires depuis le week-end dernier, alimentant les craintes d’une nouvelle offensive.

Une situation similaire prévaut sur la ligne séparant le groupement Waloa Yungu (Walikale) du secteur d’Osso Banyungu (Masisi), où les deux camps restent solidement retranchés sur leurs positions respectives, chacun surveillant les mouvements de l’adversaire.

Sur l’axe Katoy, les FARDC et les wazalendo conservent le contrôle de la localité depuis la reprise de Katoy Centre, il y a près de deux semaines. Selon plusieurs sources locales, les lignes militaires sont demeurées pratiquement inchangées depuis cette avancée.

Une accalmie qui pourrait masquer une phase de réorganisation

Pour plusieurs analystes indépendants, cette diminution des combats ne traduit pas nécessairement une amélioration durable de la situation sécuritaire.

Ils estiment que cette période de calme relatif pourrait permettre aux différents protagonistes de réorganiser leurs unités, de renforcer leurs capacités logistiques et de préparer de nouvelles opérations militaires.

Les mouvements de troupes signalés sur plusieurs axes, ainsi que les informations faisant état d’un renforcement des positions de l’AFC/M23, illustrent la fragilité de cette accalmie.

Pendant ce temps, les populations civiles continuent de vivre dans une grande incertitude, redoutant une reprise soudaine des affrontements après plusieurs mois de déplacements, de destructions et de crise humanitaire.

Le mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu entre dans sa phase opérationnelle

Cette relative accalmie intervient alors que les partenaires internationaux engagés dans les efforts diplomatiques pour mettre fin au conflit souhaitent accélérer le déploiement du Mécanisme conjoint élargi de vérification du cessez-le-feu (EJVM+).

Kinshasa a récemment désigné trois officiers des FARDC pour intégrer cette structure, qui comprend également des représentants de l’AFC/M23, de la MONUSCO et de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL).

Créé dans le cadre du processus de paix de Doha, sous la médiation de l’État du Qatar, ce mécanisme est chargé de surveiller l’application du cessez-le-feu, d’enquêter sur les violations signalées et d’en assurer le suivi. L’Union africaine, le Qatar et les États-Unis y participent en qualité d’observateurs.

Formalisé lors des pourparlers de Montreux, en Suisse, en avril dernier, l’EJVM+ constitue aujourd’hui l’un des principaux instruments prévus pour tenter de stabiliser durablement les lignes de front entre les parties.

Patrick Muyaya : « Le dialogue national ne suspend pas le processus de Doha »

L’annonce, par le président Félix Tshisekedi, de la tenue prochaine d’un dialogue national inclusif avait suscité des interrogations sur l’avenir du processus de Doha.

Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a tenu à lever toute ambiguïté lors d’un briefing de presse organisé le 17 juillet.

« Ce n’est pas suspensif », a-t-il déclaré, soulignant que le dialogue national et les négociations de Doha poursuivent des objectifs complémentaires.

Le ministre a également confirmé le début des opérations préparatoires du mécanisme de vérification.

« Certains de nos officiers se trouvent à Goma dans le cadre de cette mission pour la mise en place du mécanisme de vérification du cessez-le-feu », a-t-il précisé.

Selon le gouvernement, des avancées sont également enregistrées concernant le mécanisme d’échange de prisonniers entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23.

La MONUSCO autorisée au Nord-Kivu, mais pas encore au Sud-Kivu

Le déploiement de l’EJVM+ bénéficie de l’appui logistique et technique de la MONUSCO, conformément à la résolution 2808 (2025) du Conseil de sécurité des Nations unies, qui prolonge le mandat de la Mission jusqu’au 20 décembre 2026.

Cette résolution autorise notamment la MONUSCO à soutenir la mise en œuvre du cessez-le-feu permanent ainsi que les activités du mécanisme conjoint de vérification.

Toutefois, son mandat opérationnel demeure principalement limité au Nord-Kivu et à l’Ituri, après son retrait du Sud-Kivu en 2024.

Cette situation soulève une difficulté majeure, puisque les combats opposant les FARDC, leurs alliés wazalendo et les rebelles de l’AFC/M23 se poursuivent également dans plusieurs territoires du Sud-Kivu.

Pékin et Moscou rappellent les limites du mandat de la MONUSCO

Lors de la réunion du Conseil de sécurité consacrée à la RDC le 26 juin 2026, plusieurs membres permanents ont rappelé que tout déploiement de la MONUSCO au Sud-Kivu nécessiterait une nouvelle autorisation du Conseil.

Au nom de la Chine, l’ambassadeur Fu Cong a insisté sur le strict respect du mandat actuel.

« Conformément à son mandat, la MONUSCO devrait utiliser ses capacités existantes pour fournir un appui logistique et technique au mécanisme conjoint. S’agissant du Sud-Kivu, une approbation préalable du Conseil de sécurité est indispensable », a-t-il déclaré.

Une position partagée par la Russie.

La représentante russe, Anna Evstigneeva, a rappelé que toute extension du rôle de la Mission devait être approuvée par le Conseil de sécurité.

« Toute modification importante de sa participation à la surveillance du cessez-le-feu, notamment un éventuel déploiement au Sud-Kivu, doit être examinée par le Conseil de sécurité », a-t-elle affirmé.

Elle a également mis en garde contre toute interprétation qu’elle juge « arbitraire » de la résolution 2808, estimant qu’une décision formelle du Conseil demeure indispensable.

Une question toujours en suspens

Alors que le mécanisme conjoint élargi de vérification du cessez-le-feu est désormais pratiquement opérationnel, une interrogation demeure : pourra-t-il exercer pleinement sa mission au Sud-Kivu sans une nouvelle décision du Conseil de sécurité des Nations unies ?

Cette question apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux enjeux diplomatiques des prochaines semaines.

Pour de nombreux observateurs, une clarification rapide du Conseil de sécurité serait indispensable afin de permettre une surveillance effective du cessez-le-feu sur l’ensemble des zones concernées par les affrontements.

Cette perspective revêt une importance particulière alors que la République démocratique du Congo assure, durant ce mois de juillet, la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies et que les parties continuent de s’accuser mutuellement de violations du cessez-le-feu malgré les efforts de médiation engagés à Doha et à Washington.

Par Pascal Kabeya
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