RDC : Jo M. Sekimonyo critique la stratégie de la BCC et appelle à une véritable architecture financière

L’économiste politique Jo M. Sekimonyo porte un regard sévère sur la manière dont la Banque centrale du Congo (BCC) conduit certaines de ses réformes et communique autour de ses initiatives.

Dans une tribune, il estime que l’institution devrait davantage se concentrer sur sa mission fondamentale : renforcer la confiance dans la monnaie, discipliner le système financier et anticiper les transformations susceptibles d’affecter le crédit et l’économie productive.

Pour l’économiste, une banque centrale ne devrait pas fonctionner comme une institution essentiellement tournée vers sa visibilité publique. Il critique notamment ce qu’il considère comme une multiplication d’initiatives de communication, de consultations et d’événements institutionnels, au détriment d’une réflexion approfondie sur l’architecture financière du pays.

Une critique de la multiplication des banques spécialisées

Jo M. Sekimonyo affirme avoir précédemment proposé au gouvernement une architecture bancaire destinée à mieux orienter les capitaux vers les secteurs insuffisamment desservis par le système bancaire traditionnel. Il associe cette réflexion à son concept de « Capitalisme Congolisé : libre marché avec une main visible ».

L’économiste se montre en revanche critique à l’égard de la réponse institutionnelle qu’il attribue au gouvernement, qu’il décrit comme une tendance à créer des établissements spécialisés pour répondre séparément aux différentes difficultés économiques : agriculture, industrie, PME, jeunesse ou encore entrepreneuriat féminin.

Selon lui, le problème n’est pas nécessairement la spécialisation bancaire en elle-même, mais le risque de voir se multiplier les structures sans qu’une architecture cohérente du crédit, du risque et de l’investissement ne soit préalablement définie.

La réforme des paiements au cœur des interrogations

L’un des principaux points de la tribune concerne la politique engagée par la BCC pour réduire progressivement l’utilisation des devises en espèces et favoriser les transactions scripturales et numériques.

Jo M. Sekimonyo estime que cette orientation peut se justifier sur le principe, mais considère que sa mise en œuvre doit être précédée par la création d’un environnement technique et réglementaire suffisamment robuste.

Il cite notamment la nécessité d’une infrastructure de paiement fiable, d’une véritable interopérabilité entre banques, opérateurs télécoms et fintechs, d’une tarification accessible, de mécanismes de règlement et de liquidité adaptés ainsi que de solutions permettant d’assurer la continuité des paiements en cas de problèmes de connectivité ou d’électricité.

L’économiste redoute ainsi qu’une modification trop rapide des habitudes de paiement ne fasse peser des coûts disproportionnés sur les acteurs économiques, particulièrement dans un pays où une part importante des échanges reste informelle.

Nzimbu, une vision qui dépasse le portefeuille numérique

La tribune accorde également une place importante au projet Nzimbu, présenté par son auteur comme bien plus qu’un simple portefeuille numérique.

Selon Jo M. Sekimonyo, l’ambition du projet est de développer une architecture congolaise permettant de faciliter la circulation de la valeur entre les économies africaines, en réduisant les coûts, les intermédiaires et les frictions dans les paiements. À terme, il envisage Nzimbu comme un instrument susceptible d’acquérir une dimension monétaire et continentale.

Pour l’économiste, les difficultés rencontrées par les innovations de ce type révèlent un décalage entre l’évolution rapide des technologies et la capacité des institutions à adapter suffisamment vite leur cadre réglementaire.

Le véritable défi : l’intelligence institutionnelle

Jo M. Sekimonyo considère que les progrès technologiques ont considérablement réduit les barrières techniques à l’innovation financière. Intelligence artificielle, API, cloud, paiements par QR code, synchronisation hors connexion et tokenisation offrent désormais, selon lui, des possibilités qui étaient encore difficiles à envisager il y a quelques années.

Mais il estime que la question essentielle ne réside plus uniquement dans la technologie.

Elle concerne désormais la capacité des institutions à répondre à des questions fondamentales : qui peut émettre, qui assume le risque de liquidité, comment garantir l’interopérabilité, comment protéger les données, comment encadrer les frais et comment éviter qu’un système numérique ne conduise à une nouvelle concentration du pouvoir financier.

Pour lui, une réforme monétaire de grande ampleur doit également reposer sur un débat intellectuel et démocratique suffisamment approfondi, intégrant les risques, les effets économiques et les conséquences distributives des décisions prises.

Une critique plus large de la gouvernance publique

Au-delà de la BCC, l’économiste porte également un regard critique sur ce qu’il considère comme une culture de l’annonce au sein des institutions publiques congolaises.

Il dénonce la multiplication des lancements, ateliers, commissions, consultations et feuilles de route qui, selon lui, peuvent donner davantage de visibilité à l’action publique sans nécessairement garantir la solidité des réformes engagées.

Dans son analyse, ce phénomène serait lié à un déséquilibre entre la récompense politique immédiate associée à l’annonce d’une réforme et les coûts, souvent différés, liés à son exécution.

Pour une pensée économique davantage tournée vers le Congo

Dans la dernière partie de sa tribune, Jo M. Sekimonyo élargit son propos à la capacité des Congolais à produire leurs propres modèles économiques, technologiques et institutionnels.

Il estime que le pays dispose de compétences capables de concevoir des solutions adaptées à ses réalités et appelle à dépasser ce qu’il décrit comme un « complexe » consistant à considérer systématiquement la sophistication comme provenant de l’extérieur.

Sa conclusion revient ainsi à son idée centrale : pour moderniser son système financier, la RDC ne manquerait pas seulement de technologies ou de capitaux, mais aurait surtout besoin d’une intelligence institutionnelle capable de transformer l’innovation en politiques publiques cohérentes, inclusives et productives.

Jo M. Sekimonyo, économiste politique hétérodoxe et chancelier de l’Université Lumumba, signe cette tribune dans laquelle il appelle à repenser en profondeur le rapport entre technologie, politique monétaire, réglementation et développement économique en RDC.

Par Marius Bopenga
CONGO PUB Online

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