Invité mercredi du Space animé par Stanis Bujakera Tshiamala, l’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi a défendu l’exclusion de l’AFC/M23 du Dialogue national tout en plaidant pour que cette concertation s’attaque aux principaux dysfonctionnements institutionnels et financiers du pays.
AFC/M23 : distinguer paix et dialogue politique

Nicolas Kazadi estime que la participation de l’AFC/M23 au Dialogue national n’est pas nécessaire, affirmant que le mouvement est déjà engagé dans plusieurs processus de négociation, notamment à Doha, Washington, au Rwanda et en Suisse.
Selon lui, il convient de distinguer le règlement du conflit armé, qui relève des négociations de paix, du dialogue politique national, qui devrait réunir les acteurs issus du processus électoral.
L’ancien ministre a également rappelé le précédent de Sun City, soulignant que l’UDPS n’avait pas été associée aux négociations dans les mêmes conditions que les autres composantes.
Concernant les craintes de l’opposition sur une éventuelle volonté de prolonger le mandat de Félix Tshisekedi, Nicolas Kazadi dit ne relever aucun élément allant dans ce sens dans le discours du chef de l’État.
Décentralisation : Kazadi dénonce des incohérences
L’ancien argentier s’est montré particulièrement critique à l’égard du système de décentralisation financière, notamment sur l’articulation entre les 40 % des recettes à caractère national revenant aux provinces et aux ETD et les 10 % destinés à la Caisse nationale de péréquation.
Il évoque des « incohérences constitutionnelles » qui rendraient, selon lui, le dispositif difficilement applicable.
« Tout cela est incohérent et impraticable. Ça a été prouvé de multiples façons », a-t-il déclaré.
Il estime également que le système fiscal provincial fragilise la viabilité économique de plusieurs provinces et critique le fonctionnement du système électoral provincial, qu’il juge fortement exposé à la corruption.
Un Dialogue pour traiter les problèmes de fond
Pour Nicolas Kazadi, le climat de méfiance politique ne devrait pas empêcher les acteurs de s’attaquer aux questions institutionnelles et économiques qui font l’objet, selon lui, d’un certain consensus parmi les experts.
Il souhaite notamment que le Dialogue national permette d’examiner les mécanismes fiscaux et institutionnels qui, à ses yeux, doivent être réformés.
« On connaît les sujets qui fâchent, mais il y a un large consensus là-dessus. Parlons-en, essayons de voir comment améliorer les choses. Sinon, on va aller de cycle électoral en cycle électoral sans rien régler », a-t-il déclaré en substance.
Corruption : soutien au principe, réserves sur les méthodes de l’IGF

Nicolas Kazadi a par ailleurs défendu le bilan du pouvoir en matière de lutte contre la corruption, tout en exprimant des réserves sur certaines méthodes de l’Inspection générale des finances (IGF).
Il considère que le rattachement de l’IGF à la présidence de la République a permis, selon lui, de renforcer son rôle et sa visibilité. Il reconnaît toutefois certaines dérives dans son fonctionnement, évoquant des abus et une forme de populisme.
L’ancien ministre affirme avoir lui-même été mis en cause par l’IGF sans avoir reçu formellement, selon son témoignage, les rapports d’audit correspondants. Il soutient que certains documents auraient été élaborés dans la précipitation avant d’être finalement abandonnés.
S’adressant au nouveau responsable de l’IGF, qui a succédé à Jules Alingete, il a appelé à davantage de rigueur dans la conduite des audits, estimant que leurs conclusions peuvent avoir des conséquences importantes sur les institutions comme sur les personnes concernées.
À travers son intervention, Nicolas Kazadi plaide ainsi pour un Dialogue national davantage consacré aux réformes structurelles qu’au seul partage des responsabilités politiques.
Par Pascal Kabeya
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