RDC : Déo Bizibu défend le bilan de Tshisekedi et appelle à « mettre l’ennemi dehors »

Le secrétaire général adjoint de l’UDPS/Tshisekedi, Déo Bizibu, assume une lecture essentiellement sécuritaire de la crise congolaise. Invité jeudi du Space live animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, il a appelé à l’unité nationale face à ce qu’il qualifie d’« agression rwandaise », tout en rejetant l’idée que la dégradation de la situation dans l’Est puisse être imputée au seul pouvoir de Félix Tshisekedi.

« D’abord l’ennemi dehors »

Pour Déo Bizibu, la priorité du moment ne réside pas dans les querelles politiques internes, mais dans la défense du territoire national.

« Il faut d’abord mettre l’ennemi dehors. Toutes les divergences qui existeraient entre nous doivent s’effacer devant la défense de la mère patrie », a-t-il déclaré.

Le dirigeant de l’UDPS inscrit la crise actuelle dans une histoire sécuritaire qu’il fait remonter à près de trois décennies. Il accuse notamment le Rwanda d’avoir joué un rôle majeur dans les différents conflits ayant affecté la RDC et appelle la communauté internationale, particulièrement les États-Unis, à reconnaître ce qu’il considère comme une agression contre le pays.

Il avance par ailleurs le chiffre d’environ dix millions de morts liés à la guerre, une estimation régulièrement évoquée dans le débat public congolais mais qui fait l’objet de controverses sur son origine et sa méthodologie.

De 1996 à aujourd’hui, une comparaison pour défendre le régime

Pour étayer son argumentaire, Déo Bizibu s’est livré à une lecture historique des guerres congolaises.

Il a notamment rappelé l’offensive de 1996-1997 qui avait conduit à la chute du régime de Mobutu en quelques mois, avant d’évoquer la rupture entre Laurent-Désiré Kabila et ses anciens alliés rwandais, suivie d’une nouvelle rébellion.

Selon lui, la situation actuelle serait différente : malgré plusieurs années de conflit, l’avancée des forces de l’AFC/M23 n’aurait pas atteint l’ampleur territoriale observée lors des précédentes guerres.

Le responsable de l’UDPS attribue cette différence à une résistance qu’il juge plus ferme sous Félix Tshisekedi. Il critique, en revanche, les politiques de « brassage » et de « mixage » des forces armées mises en œuvre par les régimes précédents, qu’il accuse d’avoir favorisé l’infiltration des services de sécurité.

« Trente ans de destruction ne se réparent pas en huit ans »

Face aux critiques visant directement le pouvoir actuel après la prise de Goma et de Bukavu par l’AFC/M23, Déo Bizibu refuse de considérer ces revers comme la preuve d’un échec du régime.

« Vous pensez qu’en huit ans, on peut tout réparer ? Absolument pas », a-t-il répondu.

Pour lui, l’état actuel des forces armées est d’abord le résultat d’une longue dégradation institutionnelle et militaire. Il affirme néanmoins que l’armée congolaise dispose aujourd’hui de moyens qu’elle n’aurait pas eus sous les gouvernements précédents.

Cette défense place l’UDPS face à une question récurrente : jusqu’où peut-on invoquer l’héritage des décennies précédentes pour expliquer les difficultés rencontrées après près de huit ans de pouvoir ?

Le bilan économique et social mis en avant

Relancé sur cette question, Déo Bizibu a choisi de défendre le bilan général du gouvernement plutôt que de limiter son argumentaire à la situation sécuritaire.

Il a cité plusieurs réalisations infrastructurelles, notamment dans le secteur de l’eau à Kinshasa, évoquant la desserte de communes telles que Ndjili, Selembao et certaines zones de Bandalungwa et Ngaliema, ainsi que la mise en service d’une nouvelle usine de production d’eau.

Il a également évoqué des investissements dans le secteur universitaire, citant notamment le règlement d’un conflit foncier à l’Université de Bunia, ainsi que des travaux d’infrastructures aéroportuaires à Kananga et Mbuji-Mayi.

Ces exemples constituent, dans son argumentaire, la preuve que le bilan du pouvoir ne saurait être réduit aux difficultés sécuritaires dans l’Est.

Entre héritage du passé et responsabilité du présent

La ligne défendue par Déo Bizibu repose ainsi sur un double argument : la guerre actuelle serait le produit d’une crise sécuritaire ancienne, tandis que le pouvoir Tshisekedi aurait engagé un processus de redressement dont les résultats doivent être évalués sur le long terme.

Mais cette lecture se heurte à une réalité politique : après près de huit années au pouvoir, l’UDPS ne peut plus totalement dissocier son bilan de l’évolution de la situation sécuritaire nationale.

C’est précisément sur cette question que l’échange s’est tendu. Invité à préciser à quel moment le parti au pouvoir entendrait pleinement assumer sa propre part de responsabilité plutôt que de renvoyer systématiquement au passé ou à l’action du Rwanda, Déo Bizibu a amorcé une comparaison avec le discours de Mobutu sur le « mal zaïrois » en 1978.

L’échange s’est toutefois interrompu avant qu’il puisse développer cette comparaison.

Au-delà des divergences d’interprétation, son intervention traduit une ligne politique claire : face à la guerre, l’UDPS veut placer la défense du territoire au-dessus des divisions internes et présenter le bilan de Félix Tshisekedi à l’aune d’un pays qu’elle estime avoir hérité d’un appareil sécuritaire profondément affaibli. La question demeure toutefois entière : comment articuler cet héritage avec la responsabilité du pouvoir en place sur les résultats obtenus après huit années de gouvernance ?

Par Pascal Kabeya
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