Cameroun : plus de six semaines après son départ pour l’Europe, l’absence prolongée de Paul Biya relance le débat sur la continuité du pouvoir

3 views

Parti du Cameroun le 7 juin 2026 pour ce que la Présidence avait présenté comme un « court séjour privé en Europe », le président Paul Biya n’est toujours pas rentré dans son pays plus de six semaines après son départ. Cette absence prolongée du chef de l’État, âgé de 93 ans, alimente les spéculations sur son état de santé et ravive le débat sur les mécanismes constitutionnels de continuité du pouvoir.

Alors qu’une partie de l’opposition a saisi le Conseil constitutionnel afin qu’il examine la question d’une éventuelle vacance du pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, affirme que le président continue d’exercer pleinement ses fonctions.

Une absence qui suscite interrogations et spéculations

Quarante-quatre jours après son départ du Cameroun, aucune date officielle de retour n’a été annoncée par les autorités. Depuis plusieurs semaines, les rumeurs concernant l’état de santé du président circulent abondamment dans les médias et sur les réseaux sociaux.

En dehors de plusieurs messages diplomatiques publiés par les services de communication de la Présidence, aucune apparition publique ni communication officielle relative au déroulement de son séjour n’ont été diffusées.

Cette situation nourrit les interrogations d’une partie de l’opinion publique et de la classe politique sur la capacité du chef de l’État à exercer effectivement ses responsabilités.

L’opposition demande au Conseil constitutionnel de constater une vacance du pouvoir

Face à cette absence prolongée, le député de l’opposition Jean-Michel Nintcheu a saisi le Conseil constitutionnel afin qu’il examine la possibilité de constater une vacance du pouvoir.

Cette initiative intervient dans un contexte où plusieurs formations politiques s’interrogent sur les mécanismes institutionnels applicables lorsqu’un président demeure durablement absent du territoire national.

L’Union démocratique du Cameroun (UDC) s’est également exprimée sur cette question. Sans spéculer sur la situation personnelle de Paul Biya, le parti estime que la continuité de l’État et l’exercice effectif des prérogatives présidentielles doivent être pleinement garantis par les institutions de la République.

Une Constitution qui ne fixe aucune durée maximale d’absence

Pour l’UDC, une absence prolongée du territoire national ne constitue pas, à elle seule, une vacance du pouvoir.

Le parti souligne qu’aucune disposition de la Constitution ou de la législation camerounaise ne fixe une durée maximale pendant laquelle le président peut séjourner à l’étranger ni ne prévoit qu’une telle absence entraîne automatiquement la vacance de la présidence.

Cette situation met toutefois en lumière un vide juridique concernant les modalités d’exercice du pouvoir en cas d’empêchement temporaire ou d’absence prolongée du chef de l’État.

L’UDC rappelle également que la révision constitutionnelle d’avril 2008 avait introduit la possibilité de créer un poste de vice-président de la République afin d’assurer une meilleure continuité des institutions.

Près de deux décennies après cette réforme, cette disposition n’a jamais été appliquée et aucun vice-président n’a été nommé.

Le parti plaide ainsi pour l’ouverture d’une réflexion institutionnelle visant à préciser les mécanismes de continuité du pouvoir exécutif.

Le RDPC rejette toute idée de vacance du pouvoir

Le parti présidentiel rejette catégoriquement les accusations de vacance du pouvoir.

Pour Christophe Mien Zok, directeur de la propagande du RDPC, les institutions continuent de fonctionner normalement.

« Le pouvoir n’est pas vacant » et « le Lion n’est pas parti », a-t-il déclaré, dénonçant les critiques formulées par certains responsables de l’opposition.

Le responsable du RDPC reproche notamment à ses adversaires de suivre quotidiennement la durée du séjour du président à l’étranger afin d’alimenter la polémique.

Selon lui, le chef de l’État continue d’assumer ses responsabilités à travers les actes officiels diffusés par la Présidence.

Une activité diplomatique maintenue

Depuis son départ, les services de la Présidence ont continué de publier plusieurs messages adressés à des chefs d’État étrangers.

Paul Biya a notamment adressé ses félicitations au président français Emmanuel Macron à l’occasion de la fête nationale du 14 juillet, ainsi qu’au président du Monténégro lors de la célébration de la fête nationale de ce pays le 13 juillet.

Ces communications sont mises en avant par le pouvoir comme la preuve de la continuité de l’exercice des fonctions présidentielles.

Toutefois, elles n’ont pas mis fin aux interrogations sur l’absence prolongée du chef de l’État, aucun élément officiel n’ayant été communiqué concernant son état de santé ou la date de son retour.

Plus de quarante ans à la tête du Cameroun

Paul Biya dirige le Cameroun depuis le 6 novembre 1982, date à laquelle il a succédé au premier président du pays, Ahmadou Ahidjo.

Avec plus de quatre décennies au pouvoir, il figure parmi les chefs d’État en exercice ayant la plus grande longévité au monde.

Au cours des dernières années, plusieurs de ses séjours privés à l’étranger avaient déjà suscité des interrogations en raison de leur durée et des rumeurs récurrentes sur son état de santé.

À chaque fois, les autorités camerounaises avaient affirmé qu’il s’agissait de déplacements privés, tout en assurant que les activités institutionnelles de la Présidence se poursuivaient normalement.

Aujourd’hui, alors que son absence dépasse les six semaines, le débat dépasse la seule question de son séjour en Europe. Il porte désormais sur les garanties constitutionnelles permettant d’assurer la continuité de l’État et sur l’opportunité d’adapter le cadre institutionnel camerounais aux situations d’absence prolongée du chef de l’État.

Par Marius Bopenga
CONGO PUB Online

9 Vues