Belgique : Claude Pero Luwara agressé pour la deuxième fois, la piste d’un règlement de comptes liée au M23 évoquée

Le journaliste congolais Claude Pero Luwara, connu pour ses prises de position très critiques à l’égard du pouvoir de Kinshasa, a été violemment agressé jeudi 3 septembre 2026 sur la Grand-Place de Tirlemont (Tienen), en Belgique. Il s’agit de la deuxième agression dont il est victime en un peu plus d’un an.

Selon les premiers témoignages rapportés par la presse belge, trois hommes masqués l’auraient attaqué par derrière alors qu’il se trouvait sur la place publique. Frappé notamment à la tête, le journaliste a été laissé au sol, blessé et en sang. Des passants lui ont porté secours avant l’arrivée de la police et des services d’urgence.

Le bourgmestre de Tirlemont a confirmé l’agression, suscitant l’inquiétude dans cette commune où Luwara réside.

Une précédente agression déjà jugée

Cette attaque intervient un peu plus d’un an après celle du 27 août 2025. À l’époque, Luwara avait été suivi jusqu’à son domicile par plusieurs individus venus de Bruxelles. Des témoins, parmi lesquels le bourgmestre Jonathan Holslag, étaient intervenus après l’agression.

L’enquête judiciaire avait abouti à la condamnation de quatre personnes. La justice belge avait établi qu’elles avaient agi contre rémunération. En revanche, les éléments judiciaires rendus publics n’avaient pas permis d’établir l’existence d’une chaîne de commandement directement liée aux autorités congolaises.

Le dossier avait pris une dimension politique en raison du profil de Luwara. Le journaliste, très critique envers Kinshasa, avait notamment été accusé par les autorités congolaises de proximité avec l’AFC/M23, accusations qu’il a rejetées.

L’affaire Denise Dusauchoy relance les interrogations

La nouvelle agression intervient également dans un contexte marqué par l’arrestation de Denise Dusauchoy en Tanzanie et son transfert vers la RDC. Présentée comme proche de l’AFC/M23, elle fait l’objet d’accusations et de procédures dont les circonstances ont suscité de nombreuses réactions dans les milieux liés à la rébellion.

Dans les réseaux proches de l’AFC/M23, des soupçons auraient récemment été formulés à l’encontre de Claude Pero Luwara. Certains cadres ou communicateurs du mouvement l’accuseraient d’avoir joué un rôle dans la localisation ou la remise de Denise Dusauchoy aux autorités congolaises.

Ces accusations n’ont toutefois pas été établies par une enquête judiciaire indépendante. Luwara les aurait également rejetées lors d’une récente intervention médiatique.

Elles interviennent néanmoins dans un climat de tensions qui aurait opposé, ces derniers temps, plusieurs communicateurs et acteurs de l’environnement médiatique proche de l’AFC/M23. Cette situation alimente aujourd’hui une nouvelle hypothèse : celle d’un éventuel règlement de comptes lié aux tensions autour de l’affaire Dusauchoy.

À ce stade, rien ne permet cependant d’affirmer que cette piste est à l’origine de l’agression de Tirlemont. L’enquête devra notamment déterminer l’identité des agresseurs, leur éventuel lien avec la victime et le mobile exact de l’attaque.

Une question plus large sur la sécurité des exilés congolais

Au-delà de la personnalité de Claude Pero Luwara, cette deuxième agression soulève une question plus large sur la sécurité des journalistes, opposants et acteurs politiques africains installés en Europe.

Lorsque les conflits politiques et militaires de la RDC se prolongent au-delà de ses frontières, les rivalités entre différents camps peuvent également atteindre les communautés de la diaspora. La succession d’agressions contre un même journaliste, dans un contexte où celui-ci fait l’objet d’accusations croisées de la part de différents protagonistes, renforce les interrogations sur sa protection.

La priorité demeure désormais l’établissement des faits. Les enquêteurs belges devront déterminer si l’attaque constitue un acte isolé, une agression motivée par des considérations politiques ou un éventuel règlement de comptes lié aux tensions apparues autour de l’affaire Denise Dusauchoy.

Pour l’heure, aucun élément public ne permet d’attribuer cette nouvelle agression à l’AFC/M23, à Kinshasa ou à un autre acteur politique.

Par Marius Bopenga
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