Les dirigeants de la région des Grands Lacs se sont réunis dimanche à Entebbe, en Ouganda, pour un sommet extraordinaire consacré à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Le président congolais Félix Tshisekedi, intervenant par visioconférence, a vigoureusement contesté la réalité du retrait annoncé par le M23 de la ville d’Uvira, tandis que le secrétaire d’État américain Marco Rubio a évoqué l’utilisation de nouveaux « leviers » de pression diplomatique.
Tshisekedi : « Un retrait ni effectif, ni vérifié »

Au sommet du Mécanisme de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), Félix Tshisekedi a balayé l’annonce du M23. « Le prétendu retrait de l’AFC/M23 d’Uvira ne correspond ni aux faits ni aux observations recueillies sur le terrain », a-t-il déclaré, affirmant que des éléments armés restaient présents dans la ville.
Il a défini les conditions d’un retrait crédible : « Un retrait annoncé, mais ni effectif, ni vérifié, ni suivi du rétablissement de l’autorité des forces régulières, ne saurait être considéré comme un retrait réel. La crédibilité de tout processus de paix repose sur des actes vérifiables ». Il a réitéré l’exigence centrale de Kinshasa : « le retrait effectif, complet et sans équivoque des troupes rwandaises de l’ensemble du territoire » congolais.
Rubio : Les accords non respectés, un levier pour Washington

Lors de sa conférence de presse de fin d’année, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a présenté une vision pragmatique de la diplomatie américaine. Concernant la RDC et le Rwanda, il a reconnu que les engagements signés (notamment les Accords de Washington) « ne sont pas respectés », mais y a vu une opportunité : « au moins ils existent. Nous pouvons demander des comptes et pousser au respect de ce qui a déjà été accepté ».
Cette posture confirme que Washington considère désormais ces accords violés comme une base légale pour exercer des pressions concrètes. Rubio a aussi révélé avoir sollicité des élus du Congrès, tant républicains que démocrates, pour qu’ils engagent des discussions directes avec les dirigeants concernés, soulignant un intérêt bipartisan soutenu pour le dossier.
Convergence des positions internationale et régionale
La position américaine, exigeant un retrait du M23 d’au moins 75 km d’Uvira, a été réaffirmée au Conseil de sécurité. Elle trouve un écho dans le scepticisme affiché par Tshisekedi à Entebbe. Le sommet, présidé par l’Ougandais Yoweri Museveni – dont le pays est militairement engagé en RDC contre les ADF – a réuni les membres de la CIRGL, l’Union africaine, l’UE, l’ONU et les États-Unis.
Une pression qui se structure, mais une issue incertaine
Cette journée illustre la structuration d’une pression multilatérale croissante, combinant diplomatie régionale (CIRGL), onusienne et américaine. Cependant, un fossé majeur persiste entre, d’une part, les exigences de retrait vérifiable et, d’autre part, la réalité d’une occupation militaire partielle et d’avancées rebelles ailleurs (comme à Fizi). La crédibilité des processus de paix (Washington, Doha) dépendra de la capacité à transformer ces déclarations en mécanismes contraignants de vérification et de sanction, capables de modifier les calculs de Kigali et du M23 sur le terrain.
Par Marius Bopenga
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