RDC – Rwanda – ONU : analyse critique et réflexion politique parÉric KambaAuteur-Chercheur  et Géostratège

par admin9775

La crise sécuritaire à l’Est de la République démocratique du Congo n’est plus une tragédie oubliée ni un conflit « complexe » sans responsables identifiables. Les faits sont aujourd’hui établis, documentés et reconnus au plus haut niveau international, notamment par le Conseil de sécurité de l’ONU. Pourtant, malgré deux résolutions claires et successives, l’agression se poursuit, les morts s’accumulent, les déplacés se comptent par millions, et l’impunité demeure.

1. Deux résolutions onusiennes sans ambiguïté… mais sans effet coercitif

La Résolution 2773 (février 2025) marque un tournant politique majeur. Pour la première fois de manière unanime, le Conseil de sécurité :
   •   exige le retrait immédiat des troupes rwandaises du territoire congolais,
   •   condamne explicitement l’offensive du M23 et la prise de villes stratégiques,
   •   demande au Rwanda de cesser tout soutien militaire aux rebelles, sur la base de rapports concordants d’experts de l’ONU,
   •   confie à la MONUSCO un rôle dans l’application d’un futur cessez-le-feu,
   •   soutient les efforts régionaux menés par l’Union africaine, la SADC et la Communauté d’Afrique de l’Est.

En décembre 2025, la Résolution 2808 prolonge le mandat de la MONUSCO et réitère mot pour mot les exigences de la résolution précédente, tout en constatant l’échec du cessez-le-feu et l’intensification des combats. Autrement dit : le Conseil de sécurité sait, condamne, mais ne contraint pas.

2. Doha : un accord vidé de sa substance par les faits

Le processus de Doha, signé sous médiation qatarie entre le gouvernement congolais et le M23/AFC, devait ouvrir la voie à une désescalade. Or, sur le terrain, les avancées rebelles ont continué, rendant l’accord fragile, voire illusoire.

L’expression « ne plus revenir sur Doha » traduit une lassitude légitime :
   •   lassitude face à des accords signés puis violés,
   •   lassitude face à une diplomatie circulaire où l’agresseur gagne du temps pendant que les civils paient le prix du sang.

Les résolutions onusiennes sont claires : les mécanismes existants doivent être appliqués, pas renégociés indéfiniment pendant que l’occupation progresse.

3. Pourquoi l’ONU ne contraint-elle pas le Rwanda ?

Trois raisons structurelles expliquent cette impuissance apparente :

a) Une ONU sans bras armé souverain

L’ONU ne dispose pas d’une armée propre. Toute action coercitive dépend d’un mandat robuste du Conseil de sécurité, souvent paralysé par des intérêts géopolitiques divergents entre grandes puissances.

b) Un conflit régional instrumentalisé

Le soutien rwandais au M23 est établi, tout comme l’existence d’acteurs armés congolais tels que les FDLR, souvent utilisés comme prétexte sécuritaire par Kigali. Cette complexité est exploitée pour diluer les responsabilités.

c) Une MONUSCO affaiblie

La MONUSCO opère avec :
   •   des moyens limités,
   •   un mandat politiquement contraint,
   •   une hostilité croissante sur le terrain,
ce qui la transforme davantage en force de contention qu’en instrument de dissuasion.

4. La responsabilité écrasante des États-Unis et de la communauté internationale

Le point le plus troublant – et le plus grave – réside dans l’attitude des États-Unis.
Washington a désigné publiquement et sans ambiguïté le Rwanda comme force motrice derrière le M23. Dès lors, une question s’impose :

Pourquoi cette reconnaissance politique ne se traduit-elle pas par une action ferme ?

Sous une administration se revendiquant de la force, de la dissuasion et du rapport de puissance, notamment celle de Donald Trump, l’argument du « manque de leviers » ne tient pas.
Les États-Unis disposent :
   •   de leviers diplomatiques,
   •   de leviers financiers,
   •   de leviers sécuritaires,
   •   et d’un pouvoir de sanctions ciblées redoutablement efficace.

Pourquoi ces outils ont-ils été utilisés contre le Venezuela, l’Iran ou la Russie, mais jamais sérieusement contre le Rwanda, malgré des résolutions onusiennes violées et des crimes documentés ?

5. Une guerre injuste, des crimes massifs, un silence complice

La guerre imposée à la RDC n’est pas une fatalité africaine. C’est une agression caractérisée, aux conséquences humaines dramatiques :
   •   milliers de morts,
   •   millions de déplacés,
   •   violences sexuelles systématiques,
   •   pillage organisé des ressources,
   •   destruction du tissu social.

Face à cela, le silence, l’inaction ou la prudence diplomatique excessive deviennent une forme de complicité.

Conclusion : taper sur la table ou assumer l’histoire

Le Rwanda défie ouvertement les résolutions de l’ONU.
L’ONU constate mais n’impose pas.
Les États-Unis savent mais hésitent.
La communauté internationale observe pendant que le Congo saigne.

Il est temps de poser une vérité simple et dérangeante :
si le droit international ne s’applique pas quand un pays africain est agressé, alors ce droit devient un outil sélectif, vidé de toute crédibilité.

Mettre fin à cette guerre ne relève plus de la diplomatie de communiqués, mais d’un choix politique clair.
L’histoire jugera sévèrement ceux qui, ayant le pouvoir d’arrêter l’injustice, auront choisi de ne pas « taper sur la table ».
Éric Kamba
Auteur – Chercheur – Géostratège
Analyste des questions africaines et des relations internationales.”

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