Les promesses de développement faites par les autorités installées par la rébellion du M23 dans le Nord-Kivu se heurtent à une réalité implacable : l’abandon et la dégradation. Lancés en grande pompe il y a huit mois, les travaux de réhabilitation de l’axe stratégique Sake–Masisi–Walikale sont dans l’impasse, illustrant le fossé entre la communication rebelle et la situation vécue par les populations.
Le 2 mai 2025, Musanga Erasto, désigné gouverneur du Nord-Kivu par le M23, inaugurait solennellement le chantier à Sake. Devant une foule assemblée, il promettait une transformation radicale : des routes asphaltées, l’ouverture imminente des axes vers Kanyabayonga et Kitshanga, et le désenclavement durable du territoire de Masisi.

« Dans quelques jours, nous viendrons ouvrir la route Sake–Kanyabayonga, et cette route sera asphaltée. Après, la route Sake–Masisi que nous lançons aujourd’hui sera également asphaltée », avait-il déclaré, annonçant même l’extension asphaltée jusqu’à Walikale.
Un constat d’échec sur le terrain

Huit mois plus tard, l’ambition a cédé la place à un paysage de désolation. La route Sake–Masisi–Nyabyondo est aujourd’hui décrite comme quasi impraticable. Le passage intensif de convois de camions transportant des minerais, notamment en provenance de la zone minière de Rubaya, a laminé la chaussée. Bourbiers profonds, ravines et effondrements partiels caractérisent désormais cet axe vital, loin de toute trace d’asphaltage.
Selon des sources locales et des observations sur place, un détail révélateur est souligné : les travaux de réhabilitation avaient effectivement débuté avant que la zone ne tombe sous le contrôle total du M23. Depuis l’installation de l’administration rebelle, les chantiers sont à l’arrêt. Aucun engin de construction n’est visible, aucune équipe active, aucune avancée tangible.
Des taxes sans services
L’axe promis vers Walikale subit le même sort : les travaux n’y ont jamais commencé. En revanche, les habitants et les transporteurs dénoncent la multiplication des barrières et taxes illégales imposées le long de ces routes délabrées. Cette économie de prédation, où la perception fiscale se substitue à la prestation de services, alourdit le quotidien des populations déjà confrontées à l’insécurité et à l’enclavement.
Pour les communautés de Masisi, cette route est devenue le symbole d’une double peine : l’abandon des promesses de développement et l’exploitation de leur territoire. Le désenclavement annoncé n’a pas eu lieu. À la place, l’extraction minière s’intensifie, priorisant le transport des ressources au détriment des infrastructures et du bien-être des civils.
Une crédibilité mise à mal
Ce fiasco porte un coup sévère à la narration du M23 et de ses représentants, qui cherchent à se présenter comme une autorité de gouvernance légitime et capable de développement. Les engagements ambitieux du 2 mai, présentés comme un tournant, relèvent désormais du discours sans suite, érodant la crédibilité des promesses politiques dans une région épuisée par des décennies de conflit et de négligence.
La route Sake-Masisi cristallise ainsi l’amère réalité : dans les zones sous contrôle rebelle, les priorités semblent orientées vers le contrôle des ressources et des populations, bien loin des projets d’infrastructure et de prospérité locale affichés. Les habitants, eux, restent pris au piège entre un État central distant et une administration de fait qui ne tient pas ses engagements fondamentaux.
Par Basengezi Ntomo, correspondant à Goma
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