La justice néerlandaise a annoncé le 10 mars 2026 que Fleurette Properties Limited, ancienne holding néerlandaise du groupe de l’homme d’affaires israélien Dan Gertler, a accepté de payer 25,8 millions d’euros pour mettre fin à l’enquête dite « Samos », ouverte en 2018 pour des soupçons de corruption liés à des activités minières en République démocratique du Congo.
Cette enquête portait sur des versements de plusieurs dizaines de millions de dollars effectués entre 2010 et 2011 au profit de Augustin Katumba Mwanke, ancien proche conseiller de l’ex-président Joseph Kabila. Les paiements auraient été réalisés dans le but d’obtenir des licences minières de cuivre et de cobalt à des prix inférieurs au marché, dans le cadre d’opérations impliquant le groupe minier Glencore.
Une affaire close sans poursuites individuelles
L’ordonnance pénale émise le 6 mars 2026 par le ministère public néerlandais qualifie ces actes de corruption d’agents publics étrangers, mais aucune poursuite n’a été engagée contre des personnes physiques, y compris contre Dan Gertler.
Par ce règlement financier, Fleurette met ainsi fin à plusieurs années d’investigations liées à l’exploitation minière en RDC. L’enquête visant Glencore avait déjà été abandonnée en 2024 après un règlement similaire conclu en Suisse.
La position de Fleurette
Dans un communiqué, le groupe Fleurette Group a confirmé accepter ce règlement, tout en maintenant ses réserves sur certains éléments du dossier.
La société affirme que sa décision vise essentiellement à clore définitivement une procédure longue et coûteuse.
« Fleurette a informé le ministère public néerlandais que, bien qu’elle maintienne ses objections à l’égard de certains aspects du dossier de preuves constitué au cours de l’enquête, elle ne s’opposera pas à l’ordonnance pénale afin de mettre un terme définitif à cette longue affaire et d’éviter des procédures judiciaires fastidieuses », indique le communiqué.
Selon Fleurette, les paiements effectués à Augustin Katumba Mwanke ne concernaient pas un agent public et étaient principalement destinés à financer des projets communautaires locaux.
La société précise également que l’acceptation de l’ordonnance pénale s’est faite sans reconnaissance formelle de culpabilité, dans une démarche qualifiée de « pragmatique » au regard de l’ancienneté du dossier et des ressources nécessaires pour poursuivre les procédures judiciaires.
Un paradoxe qui alimente les interrogations
Malgré la clôture officielle de l’affaire, ce règlement soulève un paradoxe juridique et politique. Si l’homme d’affaires a été juridiquement innocenté et si les paiements avaient une finalité sociale, certains observateurs s’interrogent sur les raisons qui ont conduit à accepter une amende de près de 26 millions d’euros.
La question du statut d’agent public de Augustin Katumba Mwanke alimente également le débat. Ce dernier a été député national en RDC entre 2006 et 2011, période qui recoupe les années visées par l’enquête.
Par ailleurs, il occupait une position d’influence importante dans l’appareil politique congolais en tant que proche conseiller du président Joseph Kabila et ancien vice-gouverneur du Katanga, région stratégique pour l’exploitation minière.
Un contexte toujours sensible autour de Gertler
Cette affaire intervient alors que Dan Gertler reste sous sanctions américaines depuis 2017, Washington l’accusant d’avoir conclu des contrats miniers opaques ayant entraîné une perte estimée à 1,36 milliard de dollars de recettes fiscales pour la RDC.
En février 2022, un accord amiable conclu avec l’État congolais avait déjà permis la restitution d’actifs miniers et pétroliers évalués à plus de 2 milliards de dollars au profit de la République démocratique du Congo.
Si le règlement néerlandais met officiellement un terme à l’enquête « Samos », le dossier Gertler continue ainsi d’alimenter les débats sur la transparence dans la gestion des ressources minières congolaises et les relations entre pouvoir politique et intérêts économiques internationaux.
Par Marius Bopenga
CONGO PUB Online






