Figure de la gauche française, Lionel Jospin est mort dimanche 22 mars à l’âge de 88 ans. Ancien Premier ministre de Jacques Chirac pendant près de cinq ans (1997-2002), il s’était retiré de la vie politique en 2002, après son échec à la présidentielle qui avait vu Jean-Marie Le Pen accéder au second tour. Lionel Jospin avait indiqué en janvier avoir subi « une opération sérieuse », sans divulguer de détails.
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Premier ministre pendant cinq ans à peine, Lionel Jospin reste une figure majeure de l’histoire de la gauche française. Il a tenu la barre pendant la cohabitation la plus longue de l’histoire de la Ve République et a porté une politique sociale.
Elle est simple du point de vue des rapports personnels. Je crois que ça tient aux personnalités de Jacques Chirac. J’espère aussi de moi-même. Elle s’est bien faite déjà sur des dossiers essentiels. Je pense par exemple à Amsterdam. Nous avons également bien travaillé dans l’esprit de la cohabitation sur un certain nombre de dossiers africains. Vous connaissez la situation au Congo Brazzaville. Vous connaissez la situation en Centrafrique. Tout cela se passe efficacement et en plein accord. C’est aussi d’une manière positive que nous avons abordé le sommet de l’Otan qui va se tenir à Madrid. Donc, je pense que cette cohabitation se mène comme elle doit se mener. Et en tout cas, moi, ma conception est la suivante : je veux une pratique de la cohabitation sereine et claire dans l’intérêt de la France.
Lionel Jospin, le 3 juillet 1997:« La cohabitation fonctionne bien »
Il a été à l’origine notamment de la création des 35 heures, l’une de ses principales promesses de campagne, du Pacs – à l’époque, seul contrat permettant l’union civile de deux personnes du même sexe –, de la Couverture maladie universelle, des emplois-jeunes et de la loi sur la présomption d’innocence. Tiré par la croissance mondiale, le plan de lutte contre le chômage de cet ancien professeur d’économie donne de bons résultats dans un premier temps : le taux de chômage ne cesse de baisser et passe sous la barre des 9% en 2001, avant de repartir à la hausse.
Pour gouverner, Lionel Jospin s’est appuyé sur une large alliance à gauche à l’Assemblée nationale : la « majorité plurielle » qui regroupe des socialistes, des communistes, des membres du Parti radical de gauche et des Verts. Un concept qui sied à celui qui est né dans une famille protestante de gauche.
Lionel Jospin a d’abord été trotskiste, avant de rejoindre le Parti socialiste en 1971. Dix ans plus tard, il en devient le premier secrétaire. Élu député à de nombreuses reprises du XVIIIe arrondissement de Paris et de Haute-Garonne (Cintegabelle), conseiller régional et général, ou bien encore eurodéputé (1984-1988), Lionel Jospin est ministre de l’Éducation de 1988 à 1992.
Victoire du FN et retraite politique
Au cours de sa carrière politique, Lionel Jospin, diplômé de l’Institut d’études politiques et de l’ENA, a pris sa retraite deux fois. Tout d’abord, en 1993, alors qu’il vient d’être battu aux législatives et qu’il est lassé des combats internes avec son éternel rival, Laurent Fabius.
Mais cela ne dure pas. En 1995, il se présente à l’élection présidentielle et s’incline au second tour face à Jacques Chirac (52,64% des suffrages), avant de devenir finalement son Premier ministre. La gauche remporte en effet largement les législatives anticipées de 1997.
Lionel Jospin renonce une seconde fois à la vie politique, en 2002. Il n’a alors que 65 ans. Éliminé contre toute attente par Jean-Marie Le Pen, alors à la tête du Front national, dès le premier tour de la présidentielle, Lionel Jospin jette l’éponge le soir même. « J’assume pleinement la responsabilité de cet échec », déclare le candidat malheureux devant ses partisans abasourdis rassemblés dans son QG de campagne.

Si, comme on peut le penser, les estimations sont exactes, le résultat du premier tour de l’élection présidentielle qui vient de tomber est comme un coup de tonnerre. Voir l’extrême droite représenter 20% et son principal candidat affronter celui de la droite au 2nd tour est un signe très inquiétant pour la France et notre démocratie. Après 5 années de travail entièrement vouées au service de notre pays, ce résultat est profondément décevant pour moi et ceux qui m’ont accompagné dans cette action. Je reste fier du travail accompli. Au-delà de la démagogie de la droite et de la dispersion de la gauche qui ont rendu possible cette situation, j’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique après la fin de l’élection présidentielle. (…) J’exprime mes regrets et mes remerciements à tous ceux qui ont voté pour moi et je salue les Français que j’ai servis de mon mieux…
Déclaration de Lionel Jospin, le 21 avril 2002
Ni les sondages, ni les médias, ni même la classe politique n’avaient anticipé un tel résultat. Jacques Chirac est finalement réélu avec 82,21% des voix.
Un observateur attentif de la vie politique
Depuis, la parole de l’ancien Premier ministre s’était faite rare. Mais en coulisse, Lionel Jospin, qui est toujours resté fidèle à sa famille politique, continuait à donner son avis, parfois critique. Ainsi, en 2007, il soutient Ségolène Royal, candidate à la présidentielle. Mais quelques mois plus tard, après son échec au second tour, il n’est pas tendre avec elle. Dans un livre intitulé L’impasse (Flammarion), il écrit qu’elle était « la candidate la moins capable de gagner ».
Pour les européennes de 2019, Lionel Jospin vient alors d’achever son mandat au Conseil constitutionnel (où il siégeait depuis 2015) et n’est plus soumis au devoir de réserve. Il appelle à voter pour la liste PS/Place publique portée par l’essayiste Raphaël Glucksmann. Lionel Jospin intervient à nouveau dans le débat public aux lendemains des municipales de 2020 en publiant un livre dans lequel il partage « ses réflexions sur la situation politique de la France au milieu du quinquennat d’Emmanuel Macron ».
Les années suivantes, Lionel Jospin interviendra à nouveau de façon ponctuelle dans les grands médias. En 2024, face à la fragmentation inédite de l’Assemblée nationale, et alors que Michel Barnier vient d’être censuré et François Bayrou nommé à sa place, l’ancien Premier ministre livrera sa vision de la stratégie à tenir : « La gauche doit rester dans l’opposition pour éviter une confusion politique, tout en contribuant à faire durer le gouvernement. » Sur un tout autre sujet moins d’un an plus tard, Lionel Jospin soutient Emmanuel Grégoire dans la primaire du Parti socialiste pour la mairie de Paris.








