La situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo reste marquée par une forte confusion, entre mouvements d’armes, retraits de troupes et déclarations divergentes des acteurs impliqués.
Selon plusieurs sources locales, un important convoi militaire a été observé samedi 28 mars à la frontière congolo-rwandaise de Kabuhanga, en territoire de Nyiragongo (Nord-Kivu). Des engins et munitions en provenance des axes de Rutshuru et Lubero auraient traversé vers le Rwanda.
Parmi le matériel aperçu figureraient des camions transportant des lance-roquettes multiples, communément appelés « 48 tubes », ainsi que des véhicules de type Kamaz, des jeeps chargées de munitions et des blindés. Certaines sources évoquent la possibilité que ces équipements proviennent des Forces armées de la République démocratique du Congo, notamment après leur capture lors de la prise de Goma en janvier 2025 par les rebelles du M23, soutenus selon Kinshasa par Kigali.
Des retraits signalés sur plusieurs fronts
Parallèlement, des mouvements de retrait attribués aux forces rwandaises ont été signalés dans plusieurs localités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, notamment à Pitakongo, Bunyatenge (territoire de Lubero) et Minova (territoire de Kalehe).
Dans le territoire de Walikale, les groupes d’autodéfense dits wazalendo auraient pris le contrôle de plusieurs villages, dont Mpeti, après le retrait des rebelles vers des positions plus reculées comme Buleusa et Miriki.
Selon une source au sein de la rébellion, ce repli pourrait atteindre une profondeur d’environ 30 kilomètres, dans le cadre de mesures de confiance visant à favoriser un climat de désescalade.
Des versions contradictoires au sein du M23
Ces mouvements sont toutefois interprétés différemment par les responsables rebelles. Le maire de Goma, Katembo Ndalieni, a évoqué une désescalade concertée : « les FARDC vont reculer de 30 km et nous allons également reculer de 30 km », en lien avec des négociations en cours.
À l’inverse, le gouverneur rebelle du Nord-Kivu, Bahati Musanga, a minimisé la portée de ces mouvements, les qualifiant de simple rotation des troupes. Une position relayée par son entourage, notamment Manzi Willy.
Ces divergences traduisent un malaise interne au sein du M23. Certains cadres exprimeraient des inquiétudes quant à leur avenir, redoutant un désengagement militaire sans garanties.
Le porte-parole du gouverneur rebelle, Kambere Lumumba, a lui-même laissé transparaître ce climat d’incertitude en déclarant : « Certains n’aiment pas vraiment la paix. Ils veulent nous voir souffrir dans les camps de réfugiés ».
Soulagement prudent des populations
Sur le terrain, ces retraits partiels sont accueillis avec un certain soulagement par les populations locales. Des scènes de liesse ont été signalées notamment à Uvira (Sud-Kivu), à Kipese (Lubero) et dans certaines zones de Walikale.
Mais malgré ces signes encourageants, l’opacité entourant les mouvements de troupes et les contradictions entre acteurs militaires entretiennent une forte incertitude sur l’évolution réelle de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC.
Par Basengezi Ntomo, correspondant à Goma
CONGO PUB Online








