Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a déclaré mardi 19 mai qu’un procureur de la Cour pénale internationale (CPI) avait demandé un mandat d’arrêt à son encontre, accusant l’Autorité palestinienne d’être à l’origine de cette démarche. Bezalel Smotrich a indiqué que sa première mesure de représailles viserait la communauté bédouine palestinienne de Khan al-Ahmar, située à l’est de Jérusalem, en Cisjordanie occupée.
« On m’a informé que le procureur pénal de la cour antisémite de La Haye avait déposé une demande de mandat d’arrêt international contre moi », a affirmé Bezalel Smotrich (extrême droite) lors d’une conférence de presse diffusée sur son compte X. « En tant qu’État souverain et indépendant, nous n’acceptons pas les diktats hypocrites d’organismes biaisés qui prennent, encore et encore, position contre l’État d’Israël », a-t-il ajouté, sans préciser les accusations motivant cette demande d’arrestation.
Le procureur de la CPI a déclaré que son bureau était « dans l’impossibilité de commenter les spéculations médiatiques ou les questions liées à une quelconque demande présumée de mandat d’arrêt ».
La CPI, qui siège à La Haye, a émis en novembre 2024 des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant. Ils sont soupçonnés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans la bande de Gaza, où Israël a livré une guerre dévastatrice après l’attaque meurtrière du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023 sur son territoire.
Un coup de force politique
C’est le retour d’un dossier hautement sensible, embourbé dans les méandres judiciaires depuis 17 ans. Khan al-Ahmar, ce village de tentes et de tôle situé à l’est de Jérusalem, est redevenu le symbole d’un bras de fer idéologique. D’un côté, les organisations de colons exigent la démolition au nom de la loi israélienne. De l’autre, les habitants, des bédouins, et les ONG dénoncent un nettoyage ethnique et un désastre humanitaire.
Mais l’annonce de Bezalel Smotrich reste avant tout un coup de force politique. Légalement, une telle évacuation dépend du Premier ministre et de l’armée. Surtout, elle intervient dans un contexte de tensions maximales avec les instances internationales comme la CPI. Le ministre d’extrême droite assume la confrontation et lie directement ce dossier aux pressions judiciaires mondiales qui visent l’exécutif israélien, précise notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul.
Bezalel Smotrich a accusé l’Autorité palestinienne d’avoir encouragé cette nouvelle procédure, fustigeant les poursuites engagées contre lui, Benyamin Netanyahu et Yoav Gallant. « L’émission de mandats d’arrêt contre le Premier ministre est une déclaration de guerre. L’émission de mandats d’arrêt contre le ministre de la Défense et contre le ministre des Finances est une déclaration de guerre. Et face à une déclaration de guerre, nous répondrons par la guerre. Je le promets à tous nos ennemis : ce n’est que le début », assure-t-il.
Une rhétorique offensive qui s’accompagne de menaces d’effets concrets sur le terrain. Reste à savoir si Benyamin Netanyahu donnera son feu vert. Un passage à l’acte à Khan al-Ahmar provoquerait une crise majeure avec l’Union européenne, qui a toujours qualifié cette perspective de ligne rouge.
Le ministre menace de représailles contre les Palestiniens
Plus de 750 personnes vivent à Khan al-Ahmar, dans un ensemble de baraques et de tentes situé à une dizaine de kilomètres de la Vieille Ville de Jérusalem, entouré de colonies israéliennes. « Le ministre de l’Expulsion et de l’Annexion cherche à se venger de La Haye et de la communauté internationale aux dépens de l’une des communautés les plus vulnérables », a réagi l’ONG anticolonisation israélienne La Paix Maintenant. « Sous ce gouvernement, nous constatons que, pour la première fois, ils ont approuvé le plan très sensible et important E1 et qu’ils se dirigent vers l’annexion de toute cette région », a déclaré son directeur Lior Amihai à l’AFP.
Khan al-Ahmar se trouve près de terrains qu’Israël prévoit d’utiliser pour son controversé projet de développement E1, destiné à faciliter l’expansion des colonies dans la zone proche de Jérusalem. Bezalel Smotrich, qui vit lui-même dans une colonie, est un fervent partisan de l’annexion de toute la Cisjordanie occupée.
L’accusation enquête depuis plusieurs années sur la colonisation des territoires palestiniens occupés. Dans les derniers mois, plusieurs sources ont confirmé que trois personnes étaient visées, dont le ministre des Finances ainsi qu’Itamar Ben Gvir, qui, il y a un an, avait assuré que rien ne l’arrêterait, précise notre correspondante à La Haye, Stéphanie Maupas. Du côté de la CPI, les spéculations autour de nouveaux mandats d’arrêt viennent raviver les craintes de sanctions américaines sur l’institution alors que Washington exige la clôture des enquêtes concernant Israël.
Par Pascal Kabeya
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