Dans une homélie de Noël à forte portée politique, le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, a appelé à une « paix véritable et durable » pour la République démocratique du Congo, tout en pointant les limites des initiatives diplomatiques en cours face à la crise sécuritaire. Son intervention, prononcée mercredi 24 décembre à la cathédrale Notre-Dame du Congo, intervient dans un climat de profondes tensions à l’Est et de blocage politique autour de l’idée d’un dialogue national.
Un constat sévère sur les limites de la diplomatie internationale
Le cardinal Ambongo a directement mis en cause l’efficacité des processus de paix actuels. Il a déclaré que « les récentes évolutions de la situation sécuritaire dans l’Est du pays mettent en évidence les limites des initiatives de paix actuellement en cours, notamment les processus diplomatiques de Washington et de Doha ». Il a rappelé que la prise d’Uvira par le M23 est intervenue après la signature des Accords de Washington, soulignant l’échec de ces démarches à produire des résultats concrets.
La paix, un « don de Dieu » qui exige une « conversion sincère »
Pour le prélat, la paix ne peut être le seul fruit de calculs diplomatiques. « Noël nous rappelle que la paix véritable et durable est avant tout un don de Dieu, et non le simple fruit des calculs humains », a-t-il affirmé. Il a posé trois conditions pour y parvenir en RDC : une « conversion sincère », une « réconciliation authentique » et un « engagement résolu dans un dialogue vrai et constructif ».
Il a lancé un appel pressant à la « cohabitation pacifique » entre les communautés, invoquant « le retour de la paix et de la justice ».
Un soutien au « Pacte social pour la paix » de l’Église et une critique de la gestion économique
Le cardinal a réaffirmé son soutien au « Pacte social pour la paix dans la région des Grands Lacs », une feuille de route portée par les Églises, qu’il estime être une réponse plus appropriée à la crise. Il a estimé que si les appels conjoints de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC) avaient été écoutés plus tôt, le pays aurait pu être épargné.
Parallèlement, à Lubumbashi, Mgr Fulgence Muteba, président de la CENCO, a violemment critiqué la gestion économique du pays. Il a dénoncé ce qu’il qualifie de « colonialisme économique », fustigeant les accords sur les minerais conclus avec les États-Unis : « Brader les minerais pour sauver un régime, c’est sacrifier toute une nation ».
Le dialogue national, un point de blocage politique
Ces prises de parole interviennent alors que les confessions religieuses ont publié une feuille de route pour un dialogue national destiné à soutenir les efforts diplomatiques internationaux. Cependant, le président Félix Tshisekedi maintient sa position : tout dialogue doit émaner de son initiative, créant ainsi une impasse politique.
L’Église, une voix morale et politique incontournable
Les homélies de Noël des principaux prélats congolais illustrent le rôle de plus en plus politique et critique que joue l’Église catholique, institution restée l’une des plus crédibles aux yeux de la population. Elle se pose en conscience morale de la nation, proposant sa propre voie (« Pacte social », dialogue inclusif) face à ce qu’elle perçoit comme l’échec des élites politiques et de la diplomatie internationale à apporter la paix et une gouvernance juste. Ce discours place l’exécutif dans une position délicate, entre la nécessité du dialogue et la volonté de garder le contrôle du processus politique.
Par Marius Bopenga
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