Le débat sur la participation de l’opposition au Dialogue national continue de diviser la classe politique congolaise. Invité dans un entretien avec Thierry Kambundi et Éric Ambago, Lambert Mende a adopté une position particulièrement ferme à l’égard des partisans de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa, qu’il accuse d’être désormais liés à l’AFC/M23.
Pour l’ancien ministre, les acteurs qui ont choisi la lutte armée ne peuvent être considérés comme des composantes de l’opposition politique congolaise et ne devraient, à ce titre, pas prendre part au Dialogue national.
« Ils ne font pas partie de l’opposition »
Lambert Mende conteste notamment l’idée selon laquelle la plateforme « Sauvons la RDC », associée à Joseph Kabila, constituerait une composante de l’opposition susceptible de participer au processus de dialogue.
« Ils ne font pas partie de l’opposition. Parce qu’ils n’ont pas un statut au Congo. Ils sont hors circuit. Sauvons le Congo a été mis de côté parce qu’ils travaillent pour les Rwandais », a-t-il déclaré.
Une position qui s’étend également à Corneille Nangaa et aux autres acteurs de l’AFC, tant que ceux-ci poursuivent leur engagement armé.
Pour Mende, le Dialogue national ne peut être un espace destiné à intégrer des acteurs qui, parallèlement, continuent de porter les armes.
« Accuser Tshisekedi d’être le problème, c’est mentir »
Sur la crise sécuritaire dans l’Est, Lambert Mende rejette également les critiques qui attribuent au président Félix Tshisekedi la responsabilité principale de la situation actuelle.
« Accuser Tshisekedi d’être le problème, c’est mentir. La crise sécuritaire n’est pas née hier ! »
L’ancien ministre estime qu’il serait malhonnête, selon lui, d’analyser la crise actuelle sans prendre en compte les différents cycles de conflits qui ont marqué la RDC depuis les années 1990.
Il cite successivement les régimes de Mobutu Sese Seko, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila, estimant que les difficultés sécuritaires actuelles s’inscrivent dans une continuité historique beaucoup plus ancienne que l’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir.
1996 : le point de départ de son argumentaire
Lambert Mende remonte notamment à la guerre de 1996 et à l’arrivée au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, dans un contexte marqué par l’implication du Rwanda.
« Lorsque Paul Kagame a attaqué le Congo en 1996 en utilisant Laurent-Désiré Kabila, qu’il a ensuite éliminé après l’accomplissement de sa mission, Félix Tshisekedi était-il là ? », s’est-il interrogé.
Cette lecture historique lui permet de contester l’idée selon laquelle la crise actuelle serait essentiellement le résultat de la gouvernance de Félix Tshisekedi.
Son argument est que les fragilités sécuritaires, institutionnelles et politiques accumulées au fil des décennies ont créé les conditions de la crise actuelle.
Le Dialogue pour écouter une population « qui souffre »
Mais Lambert Mende ne réduit pas pour autant le Dialogue national à un simple affrontement entre camps politiques.
Il estime que la population congolaise doit être entendue, notamment sur les difficultés qu’elle rencontre et sur les faiblesses persistantes de la gouvernance.
« Cette population va certainement répéter ce qu’elle nous dit matin, midi et soir. Mais, en même temps, nous avons besoin de l’écouter pour comprendre pourquoi, chaque fois que nous faisons remonter au sommet les problèmes de la population, cela ne se traduit pas par la mise en place d’une gouvernance suffisamment vertueuse et forte pour nous permettre de résister au type d’agression que nous vivons depuis 1996. »
Cette déclaration laisse apparaître une autre dimension de son argumentaire : au-delà de la question de l’agression extérieure, la crise congolaise poserait aussi celle de la capacité de l’État à construire une gouvernance suffisamment solide pour y résister.
Une ligne dure sur le Dialogue
À travers cette intervention, Lambert Mende défend donc une conception du Dialogue national fondée sur une distinction nette entre opposition politique et acteurs engagés dans la lutte armée.
Sa position exclut de facto du processus les acteurs qu’il accuse de collaborer avec l’AFC/M23, tout en appelant à une réflexion plus profonde sur les faiblesses de la gouvernance congolaise.
Au cœur de son message demeure une conviction : la crise sécuritaire de l’Est ne peut être comprise uniquement à travers le bilan du pouvoir actuel. Pour Mende, elle est le résultat d’une histoire de conflits et de fragilités qui remonte à plusieurs décennies, mais dont la résolution exige désormais un État plus solide et une gouvernance capable de répondre aux attentes de la population.
Par Pascal Kabeya
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