L’audience du procès du général Philémon Yav, ancien commandant de la 3e zone de défense couvrant l’Est de la RDC, s’est tenue dans un climat de tension juridique mardi 6 janvier à la Haute Cour militaire de Kinshasa. Le débat s’est focalisé sur une demande de la défense visant à obtenir sa relaxation pour raisons de santé et en raison de la durée de sa détention préventive, une requête que le parquet général militaire a demandé à la cour de rejeter.
Le lieutenant-général magistrat Lucien René Likulia, chef du parquet général militaire, a plaidé pour que la Haute Cour rejette les arguments des avocats de la défense et ordonne la poursuite de l’instruction. Il a estimé que les conseils du général Yav n’avaient pas suffisamment détaillé les faits à l’origine des poursuites. « Avant de soumettre le mémoire unique à la Haute Cour militaire, les avocats auraient dû expliquer amplement les faits pour lesquels le prévenu est attrait devant la justice », a-t-il déclaré.
Il a conclu son réquisitoire en demandant à la cour de déclarer les moyens de la défense « non fondés, les rejeter et poursuivre l’instruction ».
La défense dénonce une détention préventive « inacceptable » de plus de trois ans
Face à cette position du parquet, la défense a défendu avec fermeté la requête en relaxation. Maître Parfait Kanyanga, coordonnateur du collectif des avocats du général Yav, a dénoncé avec vigueur la longueur de la détention préventive de son client, arrêté le 19 septembre 2022.
« Le parquet général militaire a violé la loi en gardant en détention notre client pendant plus de trois ans. C’est inacceptable, monsieur le premier président », a-t-il lancé à la barre. Il a demandé à la Haute Cour militaire « d’ordonner la mainlevée de la détention », arguant que cette prolongation sans jugement définitif portait atteinte aux droits fondamentaux de l’accusé et que sa situation devait être réexaminée à la lumière des principes de la justice.
Des accusations graves au cœur du procès
Le général Philémon Yav Irung, qui commandait les opérations militaires dans cinq provinces de l’Est (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri, Maniema, Tshopo) au moment de son arrestation, est poursuivi pour des charges graves : trahison, incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline, et participation à une insurrection. Ces accusations sont au centre d’un procès qui revêt une haute importance symbolique pour l’armée et la justice militaire congolaises.
Après avoir entendu les parties, la Haute Cour militaire a décidé de prendre la demande en délibéré. La juridiction a annoncé que sa décision sera rendue le 20 janvier prochain. En attendant ce verdict, le lieutenant-général Philémon Yav demeure en détention, tandis que l’opinion publique et les milieux judiciaires suivent de près l’évolution de ce dossier sensible.
Par Marius Bopenga
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