À la tribune du Conseil de sécurité des Nations Unies, la République démocratique du Congo a lancé un cri d’alarme sur la fragilisation de l’ordre international face aux conflits armés. Lors de la 10096ᵉ séance consacrée à l’État de droit dans le maintien de la paix, l’ambassadrice adjointe Jocelyne Kabengele Lukundula a pointé du doigt l’agression persistante du Rwanda à l’Est de son pays comme un exemple flagrant de l’échec du système multilatéral à faire respecter ses propres principes.
Un constat sévère 80 ans après la Charte de l’ONU
Dans une intervention percutante, la diplomate congolaise a dressé un bilan amer, 80 ans après l’adoption de la Charte des Nations Unies. « L’érosion progressive de ce socle normatif fragilise le multilatéralisme et alimente une crise de confiance à l’égard des institutions internationales », a-t-elle déclaré, soulignant que les violations répétées de la Charte, notamment le respect de la souveraineté et l’interdiction du recours à la force, « compromettent la crédibilité de l’ordre juridique international ».
La RDC, cas d’école de l’impuissance multilatérale
Le cœur de son plaidoyer a porté sur la situation dans l’Est de la RDC, où l’activisme du M23, soutenu par le Rwanda selon l’ONU et les partenaires occidentaux, perdure malgré les engagements diplomatiques. « La situation sécuritaire persistante à l’est de la République démocratique du Congo illustre les défis auxquels fait face le système multilatéral lorsque les principes fondamentaux de la Charte ne sont pas pleinement respectés », a martelé l’ambassadrice.
Elle a rappelé que malgré l’adoption, à l’unanimité en février 2025, de la résolution 2773 – qui exigeait le retrait du M23 et des forces rwandaises –, « la situation sur le terrain équivaut, voire s’aggrave ». Cette résolution, portée par la France, « condamnait fermement » l’offensive du M23 et exigeait le démantèlement des administrations parallèles.
Le fossé entre les décisions et la réalité sur le terrain
Le discours de la RDC a mis en lumière le profond découplage entre les décisions de New York et la réalité dans le Kivu. « Malgré l’engagement de mon pays dans des mécanismes régionaux (…) les résultats sur le terrain demeurent en deçà des attentes », a déploré Mme Kabengele Lukundula. Elle a insisté sur « l’importance de l’application effective des décisions du Conseil de sécurité », appelant au « respect strict de l’intégrité territoriale et à la cessation de toute présence militaire étrangère non consentie ».
Un appel à l’action face à la « crise de confiance »
Au-delà du cas congolais, l’intervention a visé une remise en cause plus large. La diplomate a évoqué une « fragilisation » du multilatéralisme, marquée par la « recrudescence des conflits armés, la montée de l’unilatéralisme et les effets des crises globales ». En pointant l’inaction relative face aux violations dont elle s’estime victime, Kinshasa questionne la capacité même du Conseil de sécurité à assurer la sécurité collective.
Analyse : Une stratégie de judiciarisation du conflit
Ce discours s’inscrit dans une stratégie diplomatique constante de la RDC : judiciariser le conflit en l’élevant du niveau opérationnel au niveau des principes fondamentaux du droit international. En se plaçant comme la victime d’une violation flagrante de la Charte, Kinshasa cherche à :
- Isoler diplomatiquement le Rwanda en le présentant comme un « État voyou » du droit international.
- Contraindre les membres du Conseil, notamment les puissances occidentales, à passer de la condamnation verbale à des actions coercitives pour préserver la crédibilité du système.
- Préparer le terrain pour d’éventuelles poursuites devant des instances judiciaires internationales.
Face à l’inefficacité relative des processus de paix (Washington, Doha) et à la récente reconnaissance par le Rwanda de sa coordination avec le M23, la RDC utilise la tribune la plus solennelle pour rappeler que la crise congolaise n’est pas qu’un conflit local, mais une épreuve de vérité pour l’ordre international fondé sur des règles. Le message est clair : sans application des résolutions, la crédibilité du Conseil de sécurité et de l’ensemble du système onusien continue de s’éroder.
Par Marius Bopenga
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